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Un recadrage du dialogue inter-religieux : la déclaration Dominus Iesus de la Congrégation pour la doctrine de la foi (2000)

lundi 21 août 2017 par Phap

Table des matières


1§ Le Concile avait ouvert le chantier de la théologie des religions en valorisant positivement les autres religions à l’intérieur d’un cadre ecclésiocentré où l’Église apparaissait comme la dépositaire à qui avait été confiée la pleine lumière de la révélation, dont les autres religions n’avaient qu’un rayon.

2§ Trente cinq ans plus tard, ce cadre a été rappelé par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi dans son document du 6 août 2000 intitulé Dominus Iesus et abrégé en D.I. : « Sur l’unicité et l’universalité de Jésus-Christ et de l’Église ». Ce document avait alors suscité l’attention surtout dans les cercles de dialogue œcuménique en raison, entre autres, de l’expression : « subsistance de l’unique Église du Christ dans l’Église catholique » (D.I. N°4.16-17). Le développement par le document Dominus Iesus d’une cartographie ecclésiale centrée sur l’Église avait alors irrité les autres confessions chrétiennes [1]. Il ne nous semble pas que le document ait eu autant de retentissement en théologie des religions, alors qu’il préconisait aussi un recadrage de la théologie des religions.


a) La dénonciation du relativisme

3§ Le Magistère y dénonce ce qu’il appelle des « théories relativistes, qui entendent justifier le pluralisme religieux, non seulement de facto, mais aussi de jure » [2].

Le Magistère développe plus loin ce qu’il entend par relativisme :

« il serait clairement contraire à la foi catholique de considérer l’Église comme un chemin de salut parmi d’autres. Les autres religions seraient complémentaires à l’Église, lui seraient même substantiellement équivalentes, bien que convergeant avec elle vers le Royaume eschatologique de Dieu. » (D.I. N°21)

Plus loin au n°22 de D.I. :

« elle [cette vérité de foi] exclut radicalement la mentalité indifférentiste « imprégnée d’un relativisme religieux qui porte à considérer que “toutes les religions se valent” ».[citation de Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio, n°36]

4§ Si l’on reprend l’analogie du modèle cosmologique de Copernic, la planète Terre (l’Église du Christ qui subsiste dans l’Église catholique) n’est pas une planète parmi d’autres qui, elles aussi, tournent autour du soleil. S’il fallait adapter cette représentation en fonction de Dominus Iesus, il faudrait dire que la lumière pleine du soleil n’atteint les autres planètes qu’à travers la Terre. La pleine lumière désignant ici le salut de l’homme par Dieu en Jésus-Christ.


b) L’accent sur la médiation indispensable de l’Église et le rôle du baptême

5§ La médiation unique et indispensable de Jésus-Christ ET de l’Église est ici rappelée : le couplage est rappelé dans la mention prégnante du baptême et plus généralement des sacrements chrétiens [3] : Dominus Iesus commence par la citation de l’Évangile de Marc :

« Le Seigneur Jésus, avant de monter aux cieux, a transmis à ses disciples le commandement d’annoncer l’Évangile au monde entier et de baptiser toutes les nations : ’ Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné’ » [4]

Dominus Iesus cite encore à la suite :

« Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin de l’âge » [5].

Dominus Iesus entend ainsi rappeler la vocation missionnaire qui est constitutive de l’Église, et que remettrait en cause une mentalité relativiste : le salut n’advient que par la médiation du Christ ET de son Église, définie comme son corps : c’est dans l’incorporation au Corps du Christ – par le sacrement du baptême qui fait entrer dans l’Église – que l’homme est sauvé par Jésus-Christ, le seul nom par lequel les hommes soient sauvés (Ac 4,12 [6]).


c) Dans la ligne de Vatican II, plus du côté de Lumen gentium que de Nostra Aetate

Dominus Iesus ne nous semble pas s’écarter de la pensée conciliaire de Vatican II :

  • il reprend le modèle ecclésiocentré d’une Église identifiée au Peuple de Dieu, et à laquelle sont ordonnées les autres religions ;
  • il répète une « théologie de l’accomplissement » [7] selon laquelle le vrai et le bon et le saint qui peuvent se trouver dans les autres religions existent de manière achevée, complète, parfaite, dans l’Église qui est la seule, de ce fait, à pouvoir discerner les parcelles de vérité et de bonté chez les autres.

8§ On peut tout au plus signaler que le document Dominus Iesus est plus proche du pessimisme de la constitution Lumen Gentium que de la confiance de la déclaration Nostra Aetate. Tout en reconnaissant des « éléments [toujours l’idée d’une incomplétude] de religiosité qui procèdent de Dieu » dans les autres traditions religieuses, Dominus Iesus signale qu’ils ne jouent qu’à titre de « préparation évangélique » [8]- autrement dit, ils ne font sens que par rapport à l’Évangile qui accomplit ce qu’ils peuvent contenir de vrai et de bon et de saint – et surtout, le document signale la présence d’éléments négatifs, comme le faisait Lumen gentium en son temps :

« Par ailleurs, on ne peut ignorer que d’autres rites naissent de superstitions ou d’erreurs semblables (cf. 1 Co 10,20-21 [9]) et constituent plutôt un obstacle au salut » (D.I. 21)

9§ Si la déclaration de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi n’apporte rien de fondamentalement nouveau par rapport au Concile, quelle est alors son utilité ? Nous l’avons dit, elle se veut un recadrage par rapport à des recherches théologiques qui entendent fonder de jure la diversité des religions qui s’impose de facto à nos yeux dans un monde toujours plus conscient de sa diversité.


© esperer-isshoni.fr, avril 2011
© esperer-isshoni.info, mai 2014

[1Rappelons les caractéristiques de la cartographie ecclésiale de Dominus Iesus au n°17 :

  • un centrage sur « l’Église catholique, gouvernée par le successeur de Pierre et les Évêques en communion avec lui », dans laquelle subsiste l’unique Église du Christ,
  • des « véritables Églises particulières » dans lesquelles l’Église du Christ « est présente et agissante »,
  • et enfin les « Communautés ecclésiales » dont les baptisés sont « incorporés au Christ par le baptême » et « dans une certaine communion bien qu’imparfaite avec l’Église [sous-entendu du Christ] »
    Voir le texte sur le site du Vatican

[2Citons D.I. (Dominus Iesus) :

« La pérennité de l’annonce missionnaire de l’Église est aujourd’hui mise en péril par des théories relativistes, qui entendent justifier le pluralisme religieux, non seulement de facto mais aussi de iure (ou en tant que principe). » D.I. n°4

[3Noter en ce sens le passage qui souligne le caractère unique et indépassable des sacrements chrétiens :

« On ne peut cependant leur attribuer [à « certaines prières et certains rites des autres religions »] l’origine divine et l’efficacité salvifique ex opere operato qui sont propres aux sacrements chrétiens » (D.I. n°21).

[4Mc 16,15-16

[5Mt 28,18-20 ; voir aussi Lc 24,46-48 ; Jn 17,18 ; 20,21 ; Ac 1,8

[6Actes 4,12 dans la traduction de la Traduction Oecuménique Biblique (T.O.B.) : « Il n’y a aucun salut ailleurs qu’en lui ; car aucun autre nom sous le ciel n’est offert aux hommes, qui soit nécessaire à notre salut. »

[7Ce concept est développé par Jacques Dupuis

[8cf. LG 16 déjà cité, où la praeparatio evangelica est traduite en français par « terrain propice »

[9« Non ! Mais comme leurs sacrifices sont offerts aux démons et non pas à Dieu, je ne veux pas que vous entriez en communion avec les démons. Vous ne pouvez boire à la fois à la coupe du Seigneur et à la coupe des démons ; vous ne pouvez participer à la fois à la table du Seigneur et à celle des démons. » 1 Co 10,20-21


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