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Le royaume de Dieu est parmi nous : 04 – La parole qui me rejoint à l’intime

jeudi 31 juillet 2014 par Phap
Lancement–Entretien n°01–02–03–04–05–06–07–08–09

Exercice spirituel dans le cadre d’une retraite avec les instituts séculiers dominicains.

  • Donné le samedi 19 juillet 2014 après-midi à Fanjeaux.
  • La retranscription conserve le style oral de l’entretien (durée : 45 minutes).
  • Le point de vue exprimé ici est celui d’un chrétien s’adressant à des chrétiens de confession catholique. Le ton est celui d’un ami s’adressant à des amies, avec simplicité et respect.
  • Les passages de la Bible sont cités à partir de la Traduction œcuménique biblique (TOB)

Table des matières



Instructions préalables

La prière

Je vous ai aimée tard, beauté si ancienne, beauté si nouvelle, je vous ai aimée tard.
Mais quoi ! vous étiez au dedans, moi au dehors de moi-même ; et c’est au dehors que je vous cherchais ; et je poursuivais de ma laideur la beauté de vos créatures.
Vous étiez avec moi, et je n’étais pas avec vous ; retenu loin de vous par tout ce qui, sans vous, ne serait que néant.

Vous m’appelez, et voilà que votre cri force la surdité de mon oreille ; votre splendeur rayonne, elle chasse mon aveuglement ; votre parfum, je le respire, et voilà que je soupire pour vous ; je vous ai goûté, et me voilà dévoré de faim et de soif ; vous m’avez touché, et je brûle du désir de votre paix.

traduction de M.Moreau dans Ictus

1§ Vous avez reconnu les Confessions de saint Augustin, livre 10 chapitre 27. On peut y entendre la rencontre émerveillée de la créature avec son Créateur, Augustin qui a cherché dans toutes les directions, platoniciens, manichéens.
Désespéré par les déceptions successives, Augustin se met à douter de tout jusqu’à ce qu’il fasse l’expérience de la rencontre.
Il cesse de douter : « avant je doutais de Vous et pas de moi ni de ce monde, maintenant je douterais plus facilement de mon existence et de celle du monde que de Vous » avoue-t-il en substance.

2§ Cette expérience l’a tellement bouleversé qu’il sait maintenant que s’il y a quelqu’un qui existe, c’est Dieu et non pas ce monde que l’on voit, ou nous-mêmes. Retournement complet, conversion totale de l’intelligence d’Augustin, intelligence purement horizontale incapable d’imaginer qu’il y ait un au delà du monde, de l’histoire des hommes.
Une fois qu’Augustin a basculé, ou plus précisément une fois que Dieu l’a fait basculer, Dieu tirant parti du désir d’Augustin pour le faire chuter, Augustin fait l’expérience de l’être au delà des étants, pour parler en langage platonicien, mais aussi d’un être infiniment désirable. La conversion est tout autant affective qu’intellectuelle, elle concerne la volonté tout autant que l’intelligence.

3§ « Je vous cherchais au dehors ». Il voyait un arbre et il lui demandait s’il était Dieu, idem pour un nuage, idem pour le soleil : est-ce toi Dieu ? Les choses lui répondaient qu’elles n’étaient que des choses créées. Il fait alors l’expérience d’une sortie du monde créé, de l’ordre créé : comme un saut quantique, Dieu ne se situe pas dans le prolongement de ce que je connais, il est autre, radicalement autre, il vient et il me surprend.

4§ Augustin a été d’autant plus fasciné, bouleversé qu’il fait cette expérience au dedans de lui-même. Cherchant au dehors, il ne l’a pas trouvé ; entrant en lui-même, faisant une introspection, regardant à l’intérieur de lui-même, il trouve Dieu. Dieu lui parle au cœur, au plus intime de lui-même.

5§ Expérience paradoxale donc d’un Dieu au delà de tout, plus haut que tout, et en même temps présent au plus intime de moi-même, dans ma plus grande profondeur : une présence paradoxale conjoignant la hauteur la plus élevée à la profondeur la plus extrême, l’altérité la plus totale à l’intimité la plus totale. Dieu est totalement autre que moi et en même temps plus moi-même que moi-même, plus présent à moi-même que je puis l’être à moi-même.
Interior intimo meo et superior altissimo meo.

6§ Cette rencontre se fait à l’intérieur de soi : Dieu vainc les bouchons de cire de nos oreilles, On ne voit rien, on est aveugle et Dieu dissipe notre aveuglement. Dieu vainc nos nez bouchés par son parfum, il nous donne de le goûter, de le sentir sur notre épiderme. Les cinq sens - spiritualisés certes - sont mobilisés par la rencontre avec Dieu, description physiologique avec les poils qui se hérissent lors de la rencontre, ce n’est pas qu’intellectuel, la résolution d’une équation différentielle du troisième degré , c’est au niveau existentiel, peau à peau, bouche à bouche.

Amen.

Textes à méditer
Je vous propose de méditer un des textes suivants après l’entretien :

  • Mt 4, 18-22 ou son parallèle en Mc 1, 16 -20 ou bien Luc 5,1-11 plus développé : l’appel des quatre premiers disciples
  • ou alors : La Nativité.

L’appel des disciples, cela fait sens alors que quatre d’entre vous vont prononcer publiquement leur engagement le ??
Jésus qui dit : « toi, viens, suis-moi ». « Moi, pourquoi moi ? » Parce que c’est comme çà.

La grâce à demander.

La grâce de la conversion au Royaume qui vient.

7§ Je crois que cela fait peur de rencontrer le Christ, on sait qu’on ne va pas rester indemne pendant une rencontre avec lui, on va être changé, pour le mieux mais c’est exigeant – l’amour est exigeant.
Comment éviter une formulation négative comme « ne pas avoir peur du Christ » ? « Accepter de se laisser regarder par Jésus ».

8§ Quand le Christ vous regarde, son regard ne s’arrête pas à la surface, il ne regarde pas seulement si vous vous êtes débarbouillé ce matin, il regarde plus profondément, il regarde votre cœur. Accepter d’être regardé à l’intime de soi parce qu’on fait confiance qu’il y a de belles choses en nous et que le Christ saura les valoriser.

9§ On peut penser aux starets chez les chrétiens orthodoxes, certains étaient réputés savoir lire dans les cœurs. On ne pouvait tortiller devant eux, ils lisaient dans nos cœurs. On dit que Jean Marie Vianney savait lire dans les cœurs : allons, ce n’est pas cela que tu veux vraiment me dire. Et les gens sortaient heureux du confessionnal, libérés du poids de leur péché. Catherine de Sienne avait aussi cette grâce.


Je vous propose de travailler l’Évangile de Jean, quand Jésus attire à lui cinq disciples.


1. Enlever le péché du monde, çà veut dire quoi ?


Jean 1,35-37
Le lendemain, Jean se trouvait de nouveau au même endroit avec deux de ses disciples. Fixant son regard sur Jésus qui marchait, il dit : « Voici l’agneau de Dieu. »
Les deux disciples, l’entendant parler ainsi, suivirent Jésus.

10§ On fait marcher l’imagination : voir Jean le Baptiste : il est entouré d’une foule ; tout d’un coup, il fixe son regard sur quelqu’un. Les disciples regardent qui Jean le Baptiste regarde : un regard – comment le qualifier ? - aimant, d’adoration peut-être ? Interrogatif aussi sans doute : comment va-t-il s’y prendre pour établir le Règne de Dieu ? Il est seul, il vient de Nazareth en Galilée, il ne sort pas d’une école rabbinique connue. Il voit cet homme, et il voit peut-être aussi la colombe qui repose sur lui, il voit un homme rempli d’Esprit Saint – il a reconnu Jésus à ce signe. Jean le Baptiste est un starets lui aussi.

11§ Avec les disciples, vous l’entendez dire : « voici l’Agneau de Dieu ». Et si vous aviez été présent la veille, vous l’auriez entendu dire plus précisément : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».
« qui enlève le péché du monde ». S’il enlève le péché du monde, c’est qu’il enlève les obstacles qui empêchent de vivre avec Dieu, de se tenir debout en sa présence.

12§ Qu’est-ce qui attire les disciples et qui les amène à suivre Jésus ? Que désigne l’agneau ? Un animal blanc, pur, immaculé. Dans le Nouveau Testament, le mot agneau apparaît à trois endroits :

  • Jn 1, 29 :
  • Actes des Apôtres : lorsque Philippe intercepte l’eunuque de la reine de Candace en train de lire le quatrième chant du Serviteur dans Isaïe : le serviteur est comparé à un agneau que l’on tond, une brebis que l’on conduit à l’abattoir.

13§ L’agneau comme celui qui enlève le péché du monde : dans Isaïe, la scène est racontée par des spectateurs : nous le voyons outragé, défiguré, mis à mort, compté avec les criminels et pour nous il était maudit [1]. Mais en fait, nous nous trompions, nous avons compris qu’il portait nos péchés. C’étaient nos péchés qu’il portait.

14§ L’idée est que quelqu’un accepte de se rendre solidaire des pécheurs au point de prendre sur lui les conséquences du péché. Ceux qui regardent, les spectateurs dans Isaïe, puisqu’il a accepté de donner sa vie pour les pécheurs, Dieu va l’exalter, le mettre à la tête des nations et faire qu’il va être cause de salut. [2]
15§ Comment cet agneau fait-il pour enlever le péché ? en prenant sur lui le péché du monde. Image belle, et en même temps dangereuse : cela peut expliquer que les disciples suivent Jésus en espérant qu’il prendra le péché du monde, donc leurs péchés et aussi ceux de leur peuple, ce qui empêche la communion avec Dieu.
16§ Le danger est d’en rester à une démarche extérieure, superficielle. Un peu comme le rituel du bouc émissaire dans l’Ancien Testament : il s’agit d’un bouc et non plus d’un agneau, et qui, dans le Lévitique, enlève les péchés d’Israël [3] : Aaron impose les mains sur le bouc qui est chargé du péché du peuple d’Israël. Le bouc ensuite est chassé, expulsé de la communauté : comme une super-éponge qui absorbe les saletés et dont on se débarrasse ensuite.

17§ Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, cette image contient une part saine dans la mesure où elle repose sur une intuition : le Christ enlève le péché du monde en se faisant solidaire de nous, en venant habiter parmi nous, en se laissant compter avec les pécheurs, en acceptant de manger à la même table que les pécheurs, en acceptant de communier avec eux, de manger avec eux, d’être touché par les lépreux – il accepte de recevoir cette maladie – il se rend solidaire, mais cela ne peut marcher que si nous-mêmes nous nous rendons solidaires de lui, si nous-mêmes, nous croyons qu’il est le sauveur du monde.

18§ Il y a une réciprocité à instaurer : Jésus nous tend la main mais nous avons réciproquement à prendre sa main. Si nous gardons notre main dans notre dos, il ne se passera rien. Cela n’est pas magique, nous participons de sa puissance de vie, de relèvement, de résurrection dans la mesure où nous croyons en lui, nous adhérons à lui et adhérant à lui, cela veut dire vivre avec lui, le suivre. Cela ne se situe pas du tout dans le registre du bouc émissaire ou de l’éponge, c’est dans le registre d’une communion, d’un partage de vie – en partageant sa vie, nous entrons dans sa vie qui est vie avec le Père, avec Dieu.
Il y a pu y avoir une incompréhension sur cette expression « agneau de Dieu », ce qui précède vise à la lever.


2. Conviés à une expérience avec le Christ


38 Jésus se retourna et, voyant qu’ils s’étaient mis à le suivre,
il leur dit : « Que cherchez-vous ? »
Ils répondirent : « Rabbi - ce qui signifie Maître - , où demeures-tu ? »
39 Il leur dit : « Venez et vous verrez. »
Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait et ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là ; c’était environ la dixième heure.

19§ Visualiser les disciples qui suivent Jésus. Comment il marche. De dos. Comment il se retourne, comment il les regarde, comment il pose la question.
Il faut répondre au niveau de sa question à lui : « Que cherchez vous ? ».
Ils lui répondent au bon niveau : « où demeures-tu ? ».
Leur réponse est en fait une question, elle est ouverte, elle centre sur le mystère de la personne de Jésus et non sur eux, sur leurs besoins, leurs attentes.

20§ « Venez et vous verrez ». Ils voient et ils demeurent auprès de lui. Ils voient sa façon d’entrer en relation avec les autres, son allure, son style de vie et ils décident de le prendre comme maître, sans revenir vers leur ancien maître, Jean le Baptiste. Qu’ont-ils pu avoir vu, entendu de lui, qui font qu’ils restent avec lui ? Comme nous d’ailleurs, qu’est-ce qui fait qu’on continue de croire en lui, de s’inspirer de lui dans notre façon de vivre, dix ans, vingt ans, soixante ans après avoir été consacré à lui dans un institut séculier ?
21§ Qu’est ce qui nous plaît dans le style de vie de Jésus, dans l’intimité que nous partageons avec lui ? Jésus ne prétend rien dire d’autre que ce qu’il entend d’auprès du Père, il dit ne pas faire sa volonté mais les œuvres qu’il voit faire par son Père. En bref, en regardant le style de vie de Jésus, on voit en fait le style de vie... de Dieu tout simplement.
22§ Et on a envie d’entrer dans ce style de vie, d’être aussi de ce style de vie-là. On voit en Jésus quelqu’un en permanence auprès du Père, qui vit du Père et l’on voit aussi qu’à cette présence du Fils dans le Père répond la présence du Père dans le Fils, présence qui est contagieuse. C’est-à-dire, si nous restons avec Jésus, nous faisons l’expérience de cette présence du Père en lui et le Père mystérieusement devient présent en nous. Nous nous trouvons dans le registre mystique, mais je crois que c’est ce que nous vivons.
23§ Pour le dire autrement, il y a une puissance d’imprégnation du style de vie de Jésus lui-même, une capacité de Dieu de venir habiter en nous : non seulement en face de nous, à côté de nous, mais en nous. Jean développe abondamment ce thème : je viens faire ma demeure chez vous, en vous. Si quelqu’un m’aime, moi et le Père nous viendrons faire notre demeure chez lui, en lui.
« En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père et que vous êtes en moi ».

24§ « Venez et voyez ». Il s’agit de faire une expérience, de vérifier par soi-même. On reproche au christianisme, en particulier dans sa variante catholique, d’être dogmatique : il faudrait croire sans comprendre, il faudrait obéir à une autorité extérieure qui nous dirait de manière autoritaire ce que nous devons croire et ce que nous devons faire. Or ici, Jésus dit « venez et voyez », faites l’expérience de qui je suis, où je demeure et voyez si vous désirez habiter là où j’habite. Faites l’expérience.

25§ C’est à vous d’être avec lui, de vivre avec lui : il ne s’agit pas d’une expérience purement intellectuelle, vous l’accompagnez dans ses périples, vous le questionnez : çà, je ne comprends pas, et vous écoutez sa réponse. A vous d’être auprès de lui, d’entrer dans le mystère d’amour qui se déploie en lui, et petit à petit, vous allez y entrer, en faire partie, vous allez participer de ce mystère au point de devenir vous-même mystérieux pour les autres : « mais, de quoi vis-tu ? » parce qu’ils commencent à percevoir quelque chose qui vibre en vous, à travers vous, qui vient de plus loin que vous et qui résiste à une explication purement psychanalytique, historique ou sociologique, qui ne se laisse pas réduire à une explication purement déterministe, naturaliste.


3. Jésus et Simon : le don de lire dans les cœurs


André, le frère de Simon-Pierre, était l’un de ces deux qui avaient écouté Jean et suivi Jésus.
Il va trouver, avant tout autre, son propre frère Simon et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie ! » - ce qui signifie le Christ.
Il l’amena à Jésus. Fixant son regard sur lui, Jésus dit : « Tu es Simon, le fils de Jean ; tu seras appelé Céphas » - ce qui veut dire Pierre.

26§ Simon est un prénom juif, Céphas est un mot araméen qui signifie « pierre » en français, petros en grec. Jésus voit arriver Simon et lui donne un nouveau nom qui augure du rôle de Simon, roc sur lequel Jésus bâtira son Église. Le maître Jésus sait avant même que Simon lui ait été présenté qui il est et qui il sera – d’où il vient et où il va. Il sait son passé, et aussi son avenir, il l’intègre déjà dans le plan de salut de Dieu, dans la construction de l’Église.

27§ Là encore, faisons travailler notre imagination : voir André tout heureux et aussi tout bouleversé par sa rencontre avec Jésus, convaincu d’avoir rencontré l’oint du Seigneur, le Messie, le Christ, quand le Seigneur enduit d’huile sacrée quelqu’un, c’est pour lui donner une mission. Jésus est l’oint par excellence, le Christ par excellence, celui de la fin des temps – il y a eu des Christs avant lui, Cyrus, roi des Perses, David, Saul. Le Christ, l’Oint de la fin des temps qui vient instaurer la royauté définitive de Dieu sur terre, pour l’instant l’histoire a bégayé, il y a eu des oints mais les païens – ou les péchés des oints ou du peuple - l’ont emporté sur eux, ce qui fait que la royauté d’Israël à chaque fois n’a pas tenu. Le dernier, c’est maintenant, c’est le bon, c’est maintenant que le Christ va établir le royaume de paix et de justice définitif, çà y est, on l’a trouvé.

28§ [Pour la petite histoire, André va trouver Simon – Pierre, donc on se trouve avec trois disciples : André, Simon et quelqu’un dont on ne connaît pas le nom – comme le disciple bien aimé dont le nom n’est jamais dit explicitement mais dont Jean parle si souvent – la tradition l’appellera Jean. A mon avis, les deux premiers disciples sont donc André et le disciple bien-aimé. Jean raconte la venue de cinq premiers disciples, et non de quatre comme dans les évangiles synoptiques de Matthieu, Marc et Luc.]
29§ Imaginer Jésus qui regarde Simon, qui voit son cœur et qui voit qu’il va pouvoir construire son Église avec lui.

30§ Jésus montre pour la première fois un pouvoir extraordinaire, celui dans le cœur d’une personne, de déchiffrer le cœur d’une personne et d’y voir son avenir. Simon n’a pas l’air d’opposer aucune résistance, il semble accepter les dires de son frère André.


4. Jésus et Nathanaël : une rencontre difficile


43 Le lendemain, Jésus résolut de gagner la Galilée. Il trouve Philippe et lui dit : « Suis-moi. » 44 Or, Philippe était de Bethsaïda, la ville d’André et de Pierre.
45 Il va trouver Nathanaël et lui dit : « Celui de qui il est écrit dans la Loi de Moïse et dans les prophètes, nous l’avons trouvé : c’est Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth. » 46 - « De Nazareth, lui dit Nathanaël, peut-il sortir quelque chose de bon ? » Philippe lui dit : « Viens et vois. » :

31§ Pour la première fois, Jésus appelle quelqu’un à suite : Philippe, le troisième disciple pour Jean. Philippe va trouver Nathanaël pour lui dire qu’ils ont trouvé le Christ, un Galiléen, çà tombe bien, quelqu’un de chez nous (les disciples sont tous galiléens). « C’est le fils de Joseph, de Nazareth, pas très loin de chez nous. »

32§ Pas si simple, répond Nathanaël. De Nazareth, peut-il sortir de bon ? Pourquoi aurait-on le Messie sous la main ? Philippe ne lui répond pas dans le registre explicatif, il ne lui dit pas : « il a fait ceci, il fait cela, donc c’est lui le Messie ». Il lui dit « viens et vois ».

33§ Nous sommes tous et chacun convoqués à présenter le Christ à nos amis, nos frères et sœurs, et, à mon avis, nous ne les convaincrons pas par des arguments démonstratifs, nous les convaincrons en les conviant à faire l’expérience de la rencontre en communauté : viens et vois, vois comment nous vivons en communauté, regarde si tu ne perçois pas quelque chose à travers nos vies, la vie de nos communautés, qui vient de l’extérieur, qui renvoie à un au-delà et qui t’attire.

34§ Le pape François dit que la chose fondamentale pour un chrétien est la rencontre avec le Christ et que tout le reste en découle. Si ce fondement n’est pas là, on fera de la morale, de la théologie, sans qu’il y ait le nerf, l’influx vital qui naît de la rencontre et de la connaissance du Christ, qui s’est fait connaître, qui se fait connaître et qui se fera connaître dans la communauté de vie que nous partageons avec lui.

35§ On en est conscient à certains moments, en d’autres non, mais le Christ est avec nous, il nous accompagne et c’est à cette condition là que notre témoignage de lui sera efficace.
Le pape François nous rappelle quelque chose qu’on a pu oublier : les disciples s’engagent dans la suite de Jésus parce qu’ils l’ont rencontré.

36§ Jésus a cependant un problème d’image qui parasite la façon dont ses coreligionnaires le perçoivent : il vient de Nazareth en Galilée. Pour les juifs, cela le discrédite par rapport à la possibilité qu’il soit le Messie car la Galilée n’est pas en odeur de sainteté pour les Juifs de Judée qui la situent au dessus de la Samarie, mais guère plus : c’est un lieu où il y a trop de contacts avec les païens, trop de promiscuité avec eux. Comment le Messie pourrait venir de ce lieu à la marge ? Les juifs de Judée ont du mal à prendre au sérieux ce rabbin de Galilée qui n’est pas sorti des grandes écoles d’interprétation de la Torah et qui cependant les surprend par sa connaissance des Écritures (Jn 7,15). Jésus est vraiment marginal, et du point de vue de son origine sociale et du point de vue de son enseignement qui n’est rattachable à aucune école reconnue. [4]


47 Jésus regarde Nathanaël qui venait à lui et il dit à son propos : « Voici un véritable Israélite en qui il n’est point d’artifice. »
48 - « D’où me connais-tu ? » lui dit Nathanaël ;

37§ Nathanaël étudie la Torah – symbolisée par le figuier sous lequel il se tient- il laboure la Torah qui est pour lui un livre de vie, il la médite, il la rumine, comme nous qui faisons la lectio divina, la lecture divine. C’est un bon croyant, comme l’affirme Jésus : « Voici un véritable Israélite en qui il n’est point d’artifice. »

38§ Jésus refait le coup qu’il a fait à Simon en manifestant une connaissance « surnaturelle » de Nathanaël : il décrit Nathanaël un homme sincère cherchant la volonté de Dieu dans les Écritures et prêt à y obéir. Sans ruse, il ne cherche pas la gloire des hommes mais la volonté de Dieu. Il n’étudie pas la Torah pour acquérir une réputation de grand rabbin, il cherche la réponse dans la Torah à une question qu’il porte dans son coeur, une question existentielle et il fait bien, dit Jésus.

« D’où me connais-tu ? » lui dit Nathanaël ;

39§ Faites travailler votre imagination. Vous êtes avec Philippe et Nathanaël qui, bien que sceptique, a accepté de suivre son ami. Voir comment Jésus le regarde. Entendre comment il parle de Nathanaël : avec estime, avec sympathie, avec respect.

40§ Nathanaël commence à se braquer, à sortir les freins. Qui est ce type, est-ce un manipulateur ? Il connaît mon nom, il prétend savoir ce qu’il y a dans mon cœur alors que je ne l’ai jamais vu. De quel droit dit-il cela ? Il viole mon intimité, il met la main sur moi.

41§ Jésus n’est pas dans cette dynamique de manipulation qui est celle du Satan. Nathanaël dit « d’où me connais-tu ? » avec de l’agressivité dans son propos. « Attention, tu prétends à une intimité avec moi que je ne te reconnais pas », « je ne te connais pas », « qu’est-ce qui t’autorise à montrer une telle familiarité avec moi ? ».

42§ Ce que répondra Jésus sera déterminant pour la suite : si cela se passe mal, Nathanaël sera confirmé dans son hypothèse que Jésus fait partie des imposteurs prétendant être des envoyés de Dieu, des Messies, alors qu’ils ne sont que des manipulateurs, des séducteurs qui veulent mettre la main sur les autres. Or la réponse de Jésus qui fait fondre instantanément la résistance de Nathanaël, elle dissipe totalement la masse de préventions que Nathanaël commençait à accumuler contre Jésus :


Conclusion. L’expérience du Christ


et Jésus de répondre : « Avant même que Philippe ne t’appelât, alors que tu étais sous le figuier, je t’ai vu. »
Nathanaël reprit : « Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël. »
Jésus lui répondit : « Parce que je t’ai dit que je t’avais vu sous le figuier, tu crois. Tu verras des choses bien plus grandes. »
Et il ajouta : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme. »

43§ Voir Nathanaël craquer, entendre sa réponse ou plutôt son cri fuser : « Rabbi ». Il confesse : tu es le maître, je me mets à ton école, je me mets à ta suite.
Affection, admiration, toutes les choses qui passent dans ce cri de Nathanaël. Voir comment Jésus a établi son règne sur Nathanaël. Qu’est ce qui a levé le doute de Nathanaël ?
« Je sais quelque chose dont tu n’as parlé à personne, quelque chose dans le secret de ta chambre, où personne ne te voyait. Sauf Dieu [5]. Parce qu’il s’agissait de la relation intime entre Dieu et toi, là où personne n’a accès sauf toi et Dieu. »
Donc Jésus est Dieu.

44§ Il y a des choses en nous qu’on n’a dit à personne, ni à son conjoint ni à ses parents ni à son meilleur ami, peut-être même pas à son confesseur. Si quelqu’un a accès à ce niveau là de ma profondeur, ce niveau de compréhension de ce qui est important pour moi, on n’a pas le choix : on se met à genoux, on lui baise les pieds. Tu règnes sur mon cœur, mais aussi c’est évident, tu va dominer sur le cœur des autres hommes.

45§ Nathanaël a fait l’expérience de la rencontre de Jésus. Comme André et l’autre disciple, comme Simon et Philippe, il va suivre Jésus.
Je suis venu suite à ce que vous avez dit, j’ai vu, et oui, je suis d’accord avec vous, c’est lui le Messie, je viens avec vous et je vais le suivre : je veux voir le Royaume de Dieu se déployer à partir de lui.

46§ Mes amis, nous avons la chance d’avoir ce Dieu là, capable de nous faire des bises au plus intime de notre cœur, là ou nous sommes suscités comme créatures par lui et devant lui.

Amen.


© esperer-isshoni.info, juillet 2014

[1Il était méprisé, laissé de côté par les hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, tel celui devant qui l’on cache son visage ; oui, méprisé, nous ne l’estimions nullement.
En fait, ce sont nos souffrances qu’il a portées, ce sont nos douleurs qu’il a supportées, et nous, nous l’estimions touché, frappé par Dieu et humilié.
Mais lui, il était déshonoré à cause de nos révoltes, broyé à cause de nos perversités : la sanction, gage de paix pour nous, était sur lui, et dans ses plaies se trouvait notre guérison.
Nous tous, comme du petit bétail, nous étions errants, nous nous tournions chacun vers son chemin, et le SEIGNEUR a fait retomber sur lui la perversité de nous tous.
Isaïe 53,3-6

[2Ayant payé de sa personne, il verra une descendance, il sera comblé de jours ; sitôt connu, juste, il dispensera la justice, lui, mon Serviteur, au profit des foules, du fait que lui-même supporte leurs perversités.
Dès lors je lui taillerai sa part dans les foules, et c’est avec des myriades qu’il constituera sa part de butin,
puisqu’il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort
et qu’avec les pécheurs il s’est laissé recenser, puisqu’il a porté, lui, les fautes des foules et que, pour les pécheurs, il vient s’interposer.
Is 53, 11-12

[3Lev 16,21-22 : Aaron impose les deux mains sur la tête du bouc vivant : il confesse sur lui toutes les fautes des fils d’Israël et toutes leurs révoltes, c’est-à-dire tous leurs péchés, et il les met sur la tête du bouc ; puis il l’envoie au désert sous la conduite d’un homme tout prêt. Le bouc emporte sur lui toutes leurs fautes vers une terre stérile.

[4Les chrétiens disent qu’il est comme le grand prêtre Melchisedek2 dont on ne sait pas d’où il vient : il fait partie de ces personnages qui apparaissent subitement dans l’histoire biblique et qui nous surprennent. Le dimanche, le psaume 110 (numérotation en hébreu) est chanté par les chrétiens qu’ils appliquent au Christ :

Psaume 110:1-7 De David. Oracle du SEIGNEUR à mon seigneur : « Siège à ma droite, que je fasse de tes ennemis l’escabeau de tes pieds ! »
Que le SEIGNEUR étende de Sion la puissance de ton sceptre ! Domine au milieu de tes ennemis ! Ton peuple est volontaire le jour où paraît ta force. Avec une sainte splendeur, du lieu où naît l’aurore te vient une rosée de jouvence.
Le SEIGNEUR l’a juré, il ne s’en repentira pas : « Tu es prêtre pour toujours, à la manière de Melkisédeq. » Le Seigneur est à ta droite : il a écrasé des rois au jour de sa colère ; il juge les nations ; les cadavres s’entassent : partout sur la terre, il a écrasé des têtes. En chemin il boit au torrent, aussi relève-t-il la tête.

[5Matthieu 6,6 : Pour toi, quand tu veux prier, entre dans ta chambre la plus retirée, verrouille ta porte et adresse ta prière à ton Père qui est là dans le secret. Et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.


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