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Le royaume de Dieu est parmi nous : 09 – Jésus Christ, l’homme libre, vraiment libre

mardi 12 août 2014 par Phap
Lancement–Entretien n°01–02–03–04–05–06–07–08–09

Dernier exercice spirituel dans le cadre de la retraite avec les Instituts séculiers dominicains. État de la rédaction au 7 septembre 2014.
Donné le mardi 22 juillet 2014 matin à Fanjeaux.

  • La retranscription conserve le style oral de l’entretien (durée : 45 minutes)
  • Le point de vue exprimé ici est celui d’un chrétien s’adressant à des chrétiens de confession catholique. Le ton est celui d’un ami s’adressant à des amies, avec simplicité et respect
  • Les passages de la Bible sont cités à partir de la Traduction œcuménique biblique (TOB)

Table des matières

Instructions préalables
1. La liberté des enfants de Dieu, pour les dominicains, c’est quoi ?
2. La liberté : ce qu’y entend le croyant de la Bible
3. La liberté chez Ignace de Loyola
4. Exercice de visualisation : Marie de Magdala reconnaît son Seigneur


Instructions préalables

La prière
1§ Comme prière, je vous propose la prière de Magnificat avec le refrain de Taizé : « Magnificat, magnificat, magnificat anima mea Dominum  » [Magnifie, magnifie, magnifie mon âme le Seigneur » en latin]

Mon âme exalte le Seigneur,
exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais, tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !

Son amour s’étend d’âge en âge
sur ceux qui le craignent.

Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.
Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.

Il comble de biens les affamés,
renvoie les riches les mains vides.

Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,
de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa race, à jamais.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit,
pour les siècles des siècles.
Amen.

Textes à méditer
Je vous propose de méditer l’évangile de la visitation dans l’évangile de Luc :

  • Lc 1,39-56 (la visitation)

La grâce à demander

2§ Grâce de l’humilité, celle de la vierge Marie. Grâce de me voir comme une servante inutile admise par grâce au service de sa divine Majesté [1].

[nos oreilles de républicains français ont un peu de mal avec le vocabulaire de la Majesté royale, mais en même temps ce mot ne nous est pas incompréhensible.]


1. La liberté des enfants de Dieu, pour les dominicains, c’est quoi ?

3§ Nous arrivons au terme de cette retraite. Nous avons pu profiter de ce lieu, Fanjeaux, tout imprégné de la présence de notre fondateur, saint Dominique : c’est là qu’il a travaillé et fondé sa première communauté de frères, après avoir fondé la communauté des sœurs moniales de Prouille, il y a 800 ans maintenant. Nous connaissons sa vie par le Libellus de principiis ordinis praedicatorum (« petit livre des commencement de l’ordre des prêcheurs ») rédigé par le fr. Jourdain de Saxe (né entre 1175 et 1180, mort en 1275), successeur de saint Dominique comme deuxième maître de l’Ordre. Il s’y trouve (sous réserve d’inventaire) une anecdote qui peut nous intéresser [2].

4§ Je voudrais vous parler ici de la liberté des enfants de Dieu telle qu’elle se vit concrètement dans l’ordre dominicain. Il y a d’autres façons de vivre cette liberté qui est certes d’abord christique mais qui ensuite se décline différemment selon les modes de vie, les spiritualités. J’ai découvert cela seulement après une dizaine d’années après être entré dans l’Ordre (en 2000, ce qui est relativement récent et je suis bien conscient qu’il me reste encore du chemin à faire).

5§ Je vous soumets ma découverte que voici, vous pouvez en faire ce que vous voulez. On montre souvent un couteau qui aurait appartenu à Dominique et dont il se serait saisi pour dire que si jamais dans nos Constitutions, c’est-à-dire dans la définition juridique, canonique de notre engagement dans l’Ordre, une ordination obligeait à force de péché, il irait la gratter avec ce couteau. J’interprète ce propos en le rattachant à la Règle de saint Augustin qui précède nos Constitutions et qui conclue : « comportons-nous non pas comme des esclaves sous la Loi mais comme des enfants de Dieu sous la grâce » [3]

.

6§ Chez Dominique à la suite d’Augustin, il y a bien une instance supérieure qui régule nos façons de vivre, nos « mœurs ». Saint Paul le premier a développé le contraste entre la grâce et la Loi, qu’il entendait dans le sens précis des observances religieuses de la Torah : ceux qui marchent à la suite du Christ ne sont pas des esclaves mais des enfants de la maison, maison dont ils vont hériter [4].

7§ L’Ordre dominicain – me semble-t-il – a cette façon de fonctionner qui consiste à faire confiance à ses membres.
Le supérieur (maître de l’Ordre, prieur provincial, prieur conventuel – à transposer pour les Instituts séculiers) considère que le frère, quels que soient ses défauts, ses énormes boutons sur le nez, est appelé par Dieu à propager la Bonne nouvelle du Règne, à faire grandir la semence du Royaume et, ce faisant, il grandira lui-même jusqu’à atteindre la stature d’adulte dans le Christ.
Or on devient adulte si on est traité en tant que tel ou avant, si les adultes nous ont fait sentir que nous le deviendrions un jour. [On peut penser à la caricature d’un grand frère qui appuierait sur la tête de son petit frère pour qu’il ne grandisse pas parce que le frère aîné veut rester le seul grand.]
Le supérieur a pour mission entre autres de veiller à ce que ses frères grandissent – et je dirai même que tous nous avons cette responsabilité mutuelle de désirer voir nos frères et sœurs grandir.

8§ Cela veut dire qu’on fait confiance au frère – raisonnablement évidemment -.
Je pense au père Oshida au Japon qui a fondé une communauté dans un village. Son idée était de mener une vie frugale, avec peu de confort, en cultivant la rizière, et en menant une vie spirituelle communautaire.
Oshida raconte un entretien avec son supérieur dominicain, le vicaire canadien du Japon. Oshida redoutait cet entretien car il savait que son projet n’était pas bien vu.
Oshida rapporte le propos suivant de son supérieur qui tient en trois choses si je me souviens bien : « 1°) Mon frère, je ne comprends pas ce que vous faites ; 2°) je ne vous enverrai aucun frère pour votre projet, mais 3°) continuez ».

Le frère Oshida dit qu’il était sorti de l’entretien en pleurant : il avait touché du doigt, disait-il, la grâce (on dit aussi le charisme) de l’Ordre dominicain.

9§ On a d’autres exemples à mon avis de cela.
Vas-y, explore, montre que c’est une bonne idée et sinon tant pis, tu reviens et puis voilà.
Évidemment, il faut que cela reste dans l’ordre du raisonnable, le frère qui délire recevra le conseil de se soigner d’abord. - Je souligne que tout ceci n’engage que moi et que je n’ai pas exercé de fonction de supérieur dans l’Ordre.

10§ Voilà mon introduction à l’entretien de ce jour, sur la liberté des enfants de Dieu à la mode dominicaine.


2. La liberté : ce qu’y entend le croyant de la Bible

11§ Je reviens sur le mot « liberté », qui ne joue pas de la même façon en régime chrétien et en régime moderne.

  • Dans le régime actuel, la liberté s’entend comme la capacité ou le droit de faire ce que l’on veut.
  • Dans la Bible, faire ce que l’on veut n’a pas de sens car alors on se rend esclave du péché et de la mort ; celui qui dit qu’il est son propre maître est un insensé et au final il se donne un autre maître, lui qui prétendait s’en émanciper, cet autre maître étant le serpent, le menteur.

12§ Sous couvert d’exprimer ta spontanéité, tu vas laisser libre cours à tes inclinaisons les plus troubles. La liberté ne doit pas donner lieu à la licence, liberté n’est pas licence. Il y a quelque chose en nous qui doit être soumis, régulé, réglé.
Saint Paul disait que tout m’est permis mais tout n’est pas profitable. Il s’agit de viser à ce qui « profite », autrement dit à ce qui fait grandir les autres autour de moi et qui me fait grandir, pour la plus grande gloire de Dieu.

13§ La gloire de Dieu, c’est l’homme qui grandit, l’homme devenu grand, qui croît jusqu’à la stature d’adulte – un homme rappelons-le en relation, un homme qui se tient dans des relations avec les autres hommes, avec la création et avec son Dieu, relations qui ont leur cohérence propre et qui pré-existent à l’homme tout en évoluant avec lui.

La joie des parents, c’est de voir leurs enfants devenir grands, responsables, qui assument leur responsabilités. La liberté des enfants de Dieu, c’est la liberté de cette créature du sixième jour, appelée par son Créateur à être responsable de ses actes – et de la création – devant Dieu - on revient sur le premier entretien -.

14§ Dans le régime d’après la faute originelle, il s’agit d’une re-création par delà la déchirure, le dé-tissage qui s’est propagé dans la création à partir de l’acte de défiance avide d’Adam et d’Ève.
Notre liberté ne peut être qu’une libération, libération du péché et de la mort dans, par et à travers l’événement unique de la croix du Christ, l’événement de Jésus-Christ qui nous a donné à nouveau accès au fruit de la vie, la vie éternelle, dans la communion retrouvée, par delà le péché et la mort.

15§ Un homme vraiment libre au sens où nous l’entendons : un homme capable d’obéir entièrement à la volonté de Dieu. Un homme tellement libre, tellement capable de disposer de tout ce qu’il est – mémoire, volonté, intelligence, affectivité, corps, relations, talents – avec une volonté si ajustée qu’elle peut convoquer le tout de son être pour le « soumettre » - le mettre à la disposition – de la volonté divine – et que cela fait sa joie.
« Prends tout ce que j’ai, tout ce que je suis, et donne moi seulement ton amour et ta grâce » disait la prière d’Ignace de Loyola.

16§ Pour résumer, la vraie liberté, la liberté authentique, c’est la capacité d’obéir totalement à Dieu – et qui trouve sa joie dans cette obéissance.
Liberté comme libération, comme le fait de se détacher de tout ce qui m’empêche de faire la volonté du Père. « Notre Père, que ta volonté soit faite », dit la prière du Christ.

Arriver à creuser toujours plus cette disponibilité aimante (un synonyme d’obéissance dans le registre biblique) : toute cette retraite avait pour but d’ordonner tous nos attachements à la volonté de Dieu. [Rappelons que l’attachement n’est pas mauvais en soi, il le devient quand il empêche de marcher vers Dieu.]

17§ Exemple : je fais du très bon travail dans mon apostolat, je fais du bien là où je suis, je suis une source de joie pour les personnes qui me rencontrent, elles reprennent confiance, elles m’aiment. Et voilà que le supérieur m’assigne ailleurs.
C’est bien d’avoir développé cette amitié dans cet apostolat-là, c’est un bon attachement, mais il devient critiquable quand il empêche mon supérieur de me déplacer ailleurs, quand il m’empêche d’être disponible au projet de l’Ordre dans lequel je suis entré.
Si on en est là, on peut se dire qu’on a encore du travail à faire, qu’on n’est pas encore dans la liberté parfaite, on a encore besoin de libération.

18§ Nous sommes des créatures qui se font en histoire, on progresse petit à petit, on tombe, on se redresse avec l’aide de nos frères et de Dieu et on se remet en route. L’important est le désir d’atteindre le but (ce qui suppose de s’être donné, d’avoir reçu un but au préalable, ce but pouvant évoluer au fur et à mesure qu’on avance, mais on garde la direction générale). Alors on est heureux car on fait l’expérience :

  1. que les frères nous pardonnent, ils nous donnent leur miséricorde – nous demandons à l’avance la miséricorde de nos frères quand nous entrons dans l’Ordre – et aussi
  2. la miséricorde de Dieu, ce qui fait que
  3. on se relève et on avance en faisant l’expérience d’une plus grande libération qui va conjointement avec une plus grande unification de soi, des différentes composantes de sa personnalité au service de Dieu et sa divine majesté.

19§ Celui qui est vraiment libre, celui qui nous libère et qui est notre modèle de l’homme libre, c’est le Christ.
La réflexion sur la liberté du Christ me ramène toujours personnellement à ce passage dans l’Évangile de Jean, lorsque le pharisien Nicodème vient rendre visite de nuit à Jésus.
Nicodème vient avec ses certitudes : « on sait bien que tu es un homme de Dieu ».
Les gens savent beaucoup de choses sur Jésus : d’où il vient, qui il est, qui sont ses parents. « Nous savons que tu es un maître qui vient de la part de Dieu ». Nous savons.

« Car personne ne peut opérer les signes que tu fais si Dieu n’est pas avec lui »[Jn 3,2]. Nicodème dit des choses justes, mais Jésus va tiquer à cause de ce « nous savons », de cette certitude affichée de Nicodème comme s’il avait fait le tour de Jésus et du mystère qui l’habite. « Tu viens de Dieu », et voilà, tout est dit.

20§ La réponse de Jésus va lui montrer qu’il ne fait que commencer à entrer dans un mystère qu’on ne peut pas dominer – au contraire, c’est lui qui nous domine.

« En vérité, en vérité, je te le dis : à moins de naître , nul ne peut voir le Royaume de Dieu. » [Jn 3,3]

Jean joue ici sur le mot grec anoten qui peut aussi bien signifier « de nouveau » que « d’en haut ».
La naissance dont parle Jésus est double :

  • il s’agit d’une seconde naissance (« de nouveau ») qui renouvelle la créature
  • et dont le principe, l’origine est divine (« d’en haut ») [5].

21§ Jésus ne dément pas frontalement Nicodème : tu sais qui je suis, tu vois qui je suis. Est-ce que tu vois le Royaume de Dieu ? Car je suis celui qui inaugure le Royaume de Dieu, je suis le Royaume de Dieu qui se déploie dans la création de sorte que toute la création soit "christifiée". Le vois-tu ?

22§ Nicodème doit alors reconnaître qu’il ne sait pas :

« Comment un homme pourrait-il naître s’il est vieux ? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? » [Jn 3,4]

il ne sait pas qui est Jésus car il ne sait pas comment le Royaume de Dieu vient et comment on y entre, il n’a pas encore perçu l’articulation fondamentale entre la venue de Jésus envoyé par Dieu et la venue du Royaume de Dieu.

Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis : nul, s’il ne naît d’eau et d’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit. [Jn 3,5-6 ]

23§ Il ne s’agit plus ici de voir le Royaume mais d’y entrer et de faire ce qu’il faut pour cela. De fait, le voir, c’est désirer y entrer car le Royaume est quelque chose de beau, de désirable.
Il s’agit ici non seulement de "naître de nouveau", mais Jésus ajoute aussi de « naître d’en haut », « naître de l’Esprit ».

24§ Nicodème vient vers Jésus qu’il a perçu avec les yeux de la chair et Jésus lui dit : « pour me voir, il faut les yeux de la foi, comme il faut les yeux de la foi pour voir le Royaume de Dieu ».
La foi est une vertu donnée par Dieu, elle vient de Dieu : nul ne croit en Jésus Christ si cela ne lui est donné par le Père [6]. Je crois parce que j’ai été attiré vers le Fils par le Père, Dieu est à l’origine de ma foi.

Ne t’étonne pas si je t’ai dit : ‹Il vous faut naître d’en haut›. Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. » [Jn 3,7-8]

25§ « Tu ne sais ni d’où il vient ni où il va ». Pour moi, il s’agit ici d’abord du Christ. « Nous savons que Jésus vient de Nazareth en Galilée ». « Nous savons qu’il monte à Jérusalem ». Cela, nous le voyons avec nos yeux de chair.
Mais voyons-nous qu’il vient d’encore plus loin que Nazareth en Galilée ? Est-ce que nous voyons qu’il va encore plus loin – encore plus haut que Jérusalem sur la montagne de Sion ? Que va-il planter en terre à Jérusalem qui va ouvrir sur quoi, sur où ?
Que voyons-nous ? Que savons-nous ?

26§ Nicodème croit savoir qui est Jésus, il croit pouvoir mettre la main sur lui, le posséder, le capter – le lier. Mais çà n’est pas possible : on peut pas emprisonner le vent, on ne peut pas emprisonner l’Esprit, on ne peut pas emprisonner l’homme habité par l’Esprit, l’homme sur lequel demeure l’Esprit. On peut pas arrêter Jésus.

27§ Les chefs religieux veulent arrêter Jésus, ils veulent le faire taire. Mais Jésus est libre par rapport aux autorités car il veut faire la volonté de Dieu : s’il fallait être pharisien pour faire la volonté de Dieu, je l’aurais fait, mais dans la mesure où cela m’empêche de faire la volonté de Dieu, je n’entre pas dans le jeu des écoles pharisiennes.
Jésus recherche d’abord la volonté de Dieu, qu’il place plus haut que la gloire des hommes, que la reconnaissance des hommes, que les gratifications personnelles que l’on reçoit quand on est entouré, adulé et aimé par les hommes : ce n’est pas que ces choses soient mauvaises, c’est qu’elles doivent être ordonnées – subordonnées – à la gloire et à la louange de Dieu.


3. La liberté chez Ignace de Loyola

28§ Nous n’arrêtons pas de tourner autour, je ne fais que vous redire autrement le principe et fondement que pose Ignace de Loyola au début des "Exercices spirituels  » et que nous avons nous aussi posé au début de la retraite [7]

L’homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur, et par là sauver son âme.[Ignace de Loyola, Principe et fondement]

29§ Pour le croyant de la Bible, nous, les êtres humains, nous sommes construits comme cela, pour louer et servir Dieu : çà n’est pas une option, c’est pré-donné, pré-inscrit.
Depuis l’origine, c’est comme cela : Adam a été planté dans le jardin d’Éden pour le cultiver. Nous ne sommes pas des nuages qui vont au gré du vent, nous avons quelque chose en nous qui nous oriente, qui nous incite à marcher dans une direction qui va en se précisant au fur et à mesure que nous avançons. Nous avons une destinée, une fin.

Les autres choses sur la face de la terre sont créées pour l’homme, pour l’aider à poursuivre la fin pour laquelle il est créé. [Ignace de Loyola, Principe et fondement]

30§ Je [nous faisons parler Dieu ici] te donne autorité et pouvoir sur toute la terre, sur tous les êtres, … pour me servir. Pour qu’à la moisson, tu m’offres une partie de la moisson ; pour que, à la vendange, tu me donnes le vin ; pour que tu me donnes du pain quand je viens te visiter le soir.
L’homme comme gérant, comme lieu-tenant de Dieu mais non comme propriétaire de la création.

Il s’ensuit que l’homme doit en user dans la mesure où elles lui sont une aide pour sa fin, et s’en dégager dans la mesure où elles lui sont un obstacle.

Pour cela, il faut nous rendre indifférents à toutes les choses créées, en tout ce qui est permis à la liberté de notre libre arbitre et ne lui est pas défendu. [Ignace de Loyola, Principe et fondement]

31§ Je [l’auteur de l’article] reviens sur le mot « indifférent » qui fait partie des obscurités de la terminologie ignatienne : non pas que le fait d’être apprécié, reconnu dans mon service apostolique ne me fasse rien, me laisse de marbre comme si j’étais une machine – non, cela me réjouit, cela me fait du bien et c’est normal, c’est humain. Ce n’est pas dans ce sens-là que je suis indifférent.
Je suis indifférent dans le sens où je mets au centre l’obéissance, la disponibilité à la volonté de Dieu et ce qui compte pour moi en premier, c’est non pas mon ressenti mais comment Dieu ressent ce que je fais et le contentement de ceux à qui je suis envoyé.

Évidemment, tout ce qui est réprouvé et condamnable aux yeux des hommes et de Dieu ne fait pas l’objet de l’indifférence au sens ignatien : vol, mensonge, meurtre, adultère...

De telle manière que nous ne voulions pas, quant à nous, santé plus que maladie, richesse plus que pauvreté, honneur plus que déshonneur, vie longue plus que vie courte, et ainsi de tout le reste ; [Ignace de Loyola, Principe et fondement]

32§ Bien sûr, je [tout être humain] ne suis pas indifférent au sens général à la santé, à la richesse, aux honneurs, et à leur contraire, naturellement j’aspire aux uns et je crains les autres. Mais si j’entends être indifférent au sens ignatien du terme, si Dieu trouve approprié que je sois malade, pauvre, déshonoré, parce que c’est ainsi que je donnerai plus de fruit, alors j’en serai d’accord (et cela fera ma joie). Seigneur, ta volonté d’abord. Dieu, premier servi (Jeanne d’Arc).
Moi, Ignace de Loyola, moi, auparavant si entiché de noblesse, si à cheval sur le point d’honneur, si c’est la volonté de Dieu, j’accepte de paraître comme un fou, un sot.

mais que nous désirions et choisissions uniquement ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés.[Ignace de Loyola, Principe et fondement]

33§ La conclusion fait appel à notre capacité à désirer et à discerner : la tête qui calcule, qui anticipe, qui estime – çà, çà mène là, c’est bon car voulu par Dieu, etc... - et le cœur – qu’est-ce que je veux ? Intelligence et affectivité sont convoquées ici.

34§ « Désirez et choisissez ce qui vous conduit davantage à la fin pour laquelle vous êtes créés ». Nous croyons que nous sommes créés par Quelqu’un (origine) pour Quelqu’un (fin) – ce postulat s’oppose à un autre postulat qui lui, considère que le monde résulte du hasard et de la nécessité et qu’il évolue en étant mené par ces forces impersonnelles sans qu’il y ait de « grand projet » qui pré-existe au monde et qui soit porté par un désir personnel.

35§ Le croyant actuel, né en (post)-modernité, doit conjuguer sa foi par rapport à cette autre représentation du monde qui l’oblige à plus rendre compte en raison de ce qu’il croit : il pourra recevoir la théorie maintenant ancienne du Big bang, la gravité, la complexification croissante de l’univers qui résulte du cumul des interactions dans la durée, l’être humain qui naît de cette complexification, sa disparition dans le futur, la disparition du système solaire dans un futur encore plus lointain – et en même temps, il maintiendra qu’il y a une volonté aimante, bienfaisante, présente à cet univers, qui l’anime et l’attend.

36§ Le croyant ne voit pas trop comment, mais il croit cela. Postulat indémontrable, comme est indémontrable son opposé, à savoir un univers clos sans volonté aimante en regard, un univers fruit du hasard et de la nécessité.
A chacun de savoir ce qu’il veut poser au fondement de sa vie, comme pierre angulaire pour tout ce qu’il va penser, croire, désirer, espérer.
Amen.

37§ Il y a quelqu’un là-haut qui vient vous aider dans l’orientation fondamentale de votre vie. Si vous faites appel à lui. Et pourquoi vous faites appel à lui ? Parce qu’il est déjà présent au fond de votre cœur et qu’il est déjà en train de travailler, de briller tant et si bien qu’il arrive à vaincre votre cécité, par sa parole il arrive à vaincre votre surdité [8].


4. Exercice de visualisation : Marie de Magdala reconnaît son Seigneur

Le premier jour de la semaine, à l’aube, alors qu’il faisait encore sombre, Marie de Magdala se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau.[dans Jean 20,1-18 ]

38§ Passons à l’exercice de visualisation, de méditation, de contemplation, appelez-le comme vous voulez.

39§ Vendredi soir, les disciples ont mis Jésus dans le tombeau, après avoir entouré son cadavre du linceul et l’avoir oint d’aromates. Le travail a été fait à la va-vite car le sabbat approche et la Loi, la Torah, est formelle, qui interdit le travail le jour du sabbat – et aussi qui demande à ce que l’on soit spécialement pur ce jour-là, donc il n’est pas question de toucher un cadavre.

40§ Imaginez Marie-Madeleine pendant le sabbat, le samedi. Celui qu’elle aime est mort, elle veut au moins montrer son attachement pour lui en s’occupant de sa dépouille mortuaire.
Il faut l’imaginer attendant la fin du sabbat avec impatience : son imagination est en roue libre sur ce qui se passe dans le tombeau : Jésus mort va-t-il encore faire l’objet du ressentiment des autorités religieuses et politiques ? Est-ce qu’on a bien refermé le tombeau ? Etc...

41§ Imaginer l’aube, tout est calme, la plupart des habitants de Jérusalem sont endormis, peut-être entend-t-on le boulanger préparer le pain.
Marie court vers le tombeau en faisant attention à ne pas trébucher.

42§ Ce matin comme tous les matins, il y a une paix, une tranquillité du monde comme si quelque chose recommençait à neuf. La lumière du matin qui semble montrer un monde recréé, prêt à repartir.
En regardant la lumière de l’aurore qui se lève, on a l’impression que des choses sont à nouveau possibles.

43§ Cela a dû vous arriver de vous coucher, avec le sentiment que les choses sont finies, sans issue et, étonnamment, le matin, on a l’impression que ce n’était pas si grave que cela, que l’horizon n’est pas si bouché, que d’autres choses sont possibles, qu’il y a d’autres portes que celle qui vient de se fermer.
De la sagesse qu’il y a à se coucher en se disant : « à chaque jour suffit sa peine », « demain est un autre jour ». Oui, demain est un autre jour, autre chose peut se produire que nos calculs n’avaient pas prévu, que nos replis sur nous-mêmes nous avaient empêchés de percevoir.

44§ Peut-être Marie de Magdala a-t-elle repassé dans sa mémoire les bons moments qu’elle a passés avec Jésus : peut-être car l’évangile de Jean ne s’étend pas là-dessus, il ne relève pas de la catégorie littéraire du roman : il ne s’agit pas de la « Recherche du temps perdu  » de Proust, qui décrit avec acuité ce qui se passe dans la tête des personnages, mettant ainsi en relief leur subjectivité.

45§ Marie de Magdala arrive.
La pierre a été enlevée.

46§ Çà n’était pas prévu dans son plan, quelque chose s’est passé avant qui peut faire craindre le pire.

47§ Vous savez qu’elle va retourner prévenir Simon et le disciple que Jésus aimait. Tous deux courent, puis repartent après avoir vu, Simon restant perplexe tandis que l’autre disciple commence à croire que le Maître est encore vivant, d’une façon qui lui échappe.

48§ Marie Madeleine est revenue. Elle est seule devant l’ouverture béante du tombeau.
Le soleil s’est levé et l’obscurité du tombeau ouvert ressort d’autant plus.

Marie était restée dehors, près du tombeau, et elle pleurait.[dans Jean 20,1-18 ]

49§ Marie pleure son ami, celui qui lui a redonné sa dignité de femme, de fille du peuple d’Israël, appelée elle aussi à l’héritage de ses pères, elle pleure son ami qui lui a redonné le goût de vivre.
Il est parti et elle pleure cette perte redoublée par le fait qu’elle n’a pas le corps sous la main : elle ne peut pas poser les gestes d’hommage aimant qu’elle avait prévus sur ce corps aimé : elle ne peut pas embrasser les mains, les pieds, le front de Jésus, elle ne peut pas y appliquer une onction funéraire, elle ne peut pas faire tomber ses larmes sur lui.
Qu’est devenu ce corps ? Des gens méchants l’ont-ils pris ? Elle a beaucoup de raisons de pleurer.

Tout en pleurant elle se penche vers le tombeau et elle voit deux anges vêtus de blanc, assis à l’endroit même où le corps de Jésus avait été déposé, l’un à la tête et l’autre aux pieds. [dans Jean 20,1-18 ]

50§ Les anges sont-ils assis sur des chaises ? Sur leurs talons ? Ou à genoux comme les chérubins qui encadrent le tabernacle, chacun à une extrémité de l’arche. Et entre eux deux, rien.

« Femme, lui dirent-ils, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répondit : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais où on l’a mis. » [dans Jean 20,1-18 ]

51§ Ils la regardent : quelle est la raison de tes larmes ?
Oui, j’en ai une. J’aimerais bien savoir où il est. Tellement de gens savent qui est Jésus, d’où il est, où il est.
Et là, Marie Madeleine ne sait plus : Jésus n’est pas là où elle croyait, il n’est pas le cadavre dans le tombeau et qui n’en bouge pas. Alors elle pense que quelqu’un qui l’a enlevé.

52§ A-t-elle vu qui lui posait la question ? A-t-elle perçu l’étrangeté de la situation, de ces deux hommes dans une position étrange ? A-t-elle été déplacée par ce qu’elle a vu dans le tombeau. Apparemment non, elle est toujours dans son idée fixe de rendre hommage au corps mort – au cadavre - de Jésus.

Tout en parlant, elle se retourne et elle voit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était lui. [dans Jean 20,1-18 ]

53§ Marie Madeleine a décidément du mal, ses yeux ne sont pas encore ouverts, sans doute n’a-t-elle pas assez dormi ou même elle n’a pas du tout dormi de la nuit, impatiente qu’elle était en attendant le dimanche.
Elle ne reconnaît pas les anges, et maintenant elle ne reconnaît pas Jésus. « Elle se retourne » : elle était penchée vers le tombeau, elle entend du bruit de l’autre côté, elle se retourne : tiens, il y a quelqu’un.

Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? qui cherches-tu ? »[dans Jean 20,1-18 ]

54§ Rebelote, Marie Madeleine est bouchée aussi au niveau des oreilles, elle n’entend pas et il faut lui poser une seconde fois la question. Cet échange doit vous rappeler celui entre les deux premiers disciples et Jésus dans ce même évangile de Jean : là, c’est Jésus qui se retourne et qui leur dit : « que cherchez vous ? ». « Maître, où demeures-tu ? » Voilà la réponse au bon niveau.
« Qui cherches tu ? » « On a enlevé mon maître... »
çà, çà n’est pas le bon niveau.

55§ Ne nous moquons pas de Marie, nous sommes peut-être aussi bouchés qu’elle si ce n’est pire et Dieu va devoir s’y reprendre à cinq ou six fois avant d’arriver à vaincre nos surdités et nos aveuglements.
Divine pédagogie qui nous prend là où nous en sommes, qui vient nous chercher là où nous sommes.

Mais elle, croyant qu’elle avait affaire au gardien du jardin, lui dit : « Seigneur, si c’est toi qui l’as enlevé, dis-moi où tu l’as mis, et j’irai le prendre. » [dans Jean 20,1-18 ]

56§ Marie reste fixée sur son projet, elle a les onguents dans son sac à dos, tout est prêt, dis-moi où est le corps du mort ?
Le tombeau est dans un jardin, peut-être que la personne en face est le gardien et qu’il a été amené pour une raison ou une autre à enlever le corps, peut-être peut-on négocier avec lui.

Jésus lui dit : « Marie. » Elle se retourna et lui dit en hébreu : « Rabbouni » - ce qui signifie maître. [dans Jean 20,1-18 ]

57§ Enfin il y a la communication, enfin elle est au bon niveau, enfin elle a compris ce qui se passait. Çà a mis du temps. Comment elle a compris ?
Il prononce son nom : « Marie », à la façon qu’il le prononçait pendant la communauté de vie qu’il a eu avec elle comme avec chacun des disciples de sa garde rapprochée.

58§ Nous l’avons déjà vu dans l’entretien n°4, c’est la communauté de vie révélée qui a permis à Nathanaël de reconnaître Jésus comme Rabbi [9], c’est le rappel de cette intimité joyeuse et fortifiante qui permet de vaincre la surdité et l’aveuglement qui sont d’abord celles du cœur avant d’être celles des oreilles et des yeux.

59§ Je vous rappelle aussi Emmaüs : les deux disciples reconnaissent le Maître à ce geste qu’il pratiquait dans l’intimité avec eux, celui de rompre le pain pour eux à table. Reconnaissance d’une présence déjà là, constante, fidèle, amicale.
« Mais, cette présence que j’éprouve, c’est celle de Jésus... Mais alors c’est Jésus qui est là, à côté de moi ! »

60§ « Notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait les Écritures ? » [Lc 24,32]
Avant même qu’intellectuellement, ils l’aient reconnu, avant même qu’ils prennent conscience de sa présence, leur cœur le pressentait, le sentait déjà avant. Et c’est cela sans doute qui donne cette force de saisie intégrale de la totalité de la personne, dans tous ses registres, qui se déploie au moment de la révélation de la présence christique à la conscience du disciple.

61§ Le danger pour nous est de nous concentrer uniquement sur la conscience, alors que ce qui s’y révèle, s’y manifeste, a été préparé de manière souterraine : il y a un travail qui a un moment fait éclore la fleur du bourgeon.
Quand Marie dit « Rabbi », il s’agit d’une exclamation qui jaillit du fond de son cœur. Marie est unifiée, c’est son être tout entier qui s’exprime dans la reconnaissance aimante.

62§ Plus tard, ce sera Thomas qui s’écriera : « Mon seigneur et mon Dieu ».

Jésus lui dit : « Ne me retiens pas ! car je ne suis pas encore monté vers mon Père.[dans Jean 20,1-18 ]

63§ Mes sœurs, nous sommes tous tentés de mettre la main sur le fruit, sur ce qui nous donne de la joie, de la consolation, de la force et on ne veut plus le lâcher. L’humain dans ce qu’il a de tordu, de replié sur lui-même dans la recherche de son plaisir, de son bien-être propre.
Nous avons à apprendre à ne pas chercher à capter Jésus, nous avons à le laisser être lui-même, un homme libre pour faire la volonté de Dieu et personne, rien ne peut l’empêcher de le faire, ni les tentatives de séduction, de captation, les liens, les clous, on a essayé de le fixer sur la croix et on n’y est pas arrivé.

64§ Alors Marie de Magdala, n’essaie pas de retenir Jésus !
Et Jésus lui dit : « et toi aussi, sois libre, cesse de jouer à la petite fille tentée de faire du chantage affectif ».

65§ J’exagère, Marie Madeleine est une femme un peu plus mûre que cela, et même je dirai que Jésus l’a fait grandir, lui a appris ce que c’est que de vivre sous la motion de l’Esprit, elle est toujours plus libre, c’est-à-dire libérée, pour faire la volonté de Dieu.

66§ Sans doute veut-elle le voir, se repaître de son visage, de son attitude, de son style de vie, rire à nouveau avec lui, entendre sa voix ? Mais cela, elle l’aura, pas de doute là dessus.
Pour l’instant, Jésus a encore quelque chose à faire, sa disparition ne sera pas vide de sens, elle sera l’accomplissement de sa vie, elle sera la plénitude de ce sens car Jésus va vers son Père.
Pour nous encore, pour préparer la maison de Dieu pour nous.

67§ Sois libre, y compris par rapport à ce que tu sais de moi, ce que tu as éprouvé de moi. Car je te donnerai à goûter des choses encore plus grandes, encore plus merveilleuses. Tu goûteras ma présence d’une autre façon.

68§ Pour nous qui avons fait l’expérience de la rencontre de Jésus selon certaines méthodes, selon certaines voies, il est important de les cultiver, de ne pas les lâcher. Mais si, à un certain moment, nous sentons qu’il faut passer à autre chose, alors il faudra lâcher. Ce qui compte, c’est la présence de Jésus, et c’est lui qui vient nous chercher.

69§ S’il nous trouve disponibles, s’il nous trouve désireux de l’accueillir, alors il va venir nous retrouver – selon nos façons habituelles peut-être entre lui et nous - ou peut-être selon d’autres voies que nous n’avions pas prévues.
L’important n’est pas la méthode, le moyen, l’important est d’avoir confiance en la capacité de Jésus de nous rejoindre quand il le veut et sous la forme qu’il voudra.
Donc continuer dans les voies habituelles, même s’il ne se passe rien pendant un certain temps, comme on maintient le cap même quand le ciel est couvert et qu’on ne peut plus faire le point par rapport aux étoiles.
Ou alors changer, quand le ciel est dégagé et qu’en faisant le point, on s’aperçoit que le ciel a changé.

Pour toi, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. » [dans Jean 20,1-18 ]

70§ La passion, mort et résurrection rend possible l’accès à Dieu, non pas un Dieu juge, un Dieu de colère, un Dieu totalement inaccessible, mais un Dieu père. En Jésus-Christ, dans la foi en lui, nous pouvons devenir fils et filles de ce Père là. Maintenant on peut prier le Notre Père.

Marie de Magdala vint donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit. »[dans Jean 20,1-18 ]

71§ Marie est un ange, un envoyé de Dieu, elle annonce la bonne nouvelle. « J’ai vu le Seigneur et voilà ce qu’il m’a dit ».
Elle est priée de partir proclamer la Bonne Nouvelle, elle est décentrée d’elle-même en devant quitter le Seigneur, mais c’est d’elle encore qu’elle parle en allant vers les disciples.

72§ Le Seigneur nous décentre, mais en nous décentrant, il nous fait accéder à notre identité la plus profonde, la plus belle, la plus noble, au niveau où nous sommes suscités, créés et recréés par notre Créateur et Sauveur. Notre identité ne se définit donc pas statiquement, elle résulte d’une dynamique d’échanges, de dons et de contre-dons, elle est une communication, une communion incessante, toujours plus profonde et plus unifiée, toujours plus aimante.
Amen.


© esperer-isshoni.info, août 2014

[1cf. Luc 17,10 : De même, vous aussi, quand vous avez fait tout ce qui vous était ordonné, dites : ‹Nous sommes des serviteurs quelconques. Nous avons fait seulement ce que nous devions faire.› »

[2En fait, le propos sur le couteau a été rapporté par Humbert de Romans (1200-1277), 5emaître de l’Ordre (Opera de vita regulari, 2 volumes, éd. J. J. Berthier, Rome, Befani, 1888, réédition Turin, Marietti, 1956 , II, p. 46).
Le chapitre général des frères qui s’est tenu à Bogota (Colombie) en 2007 y fait référence au n° 187 : « Humbert de Romans nous rapporte ce qu’un frère lui a dit à son tour. Le religieux a affirmé avoir entendu Saint Dominique dire, lors du deuxième Chapitre de Bologne, pour consoler les frères pusillanimes, que la règle n’oblige pas toujours sous peine de péché, mais que s’ils avaient cru cela, lui-même aurait parcouru les cloîtres pour détruire de son petit couteau toutes les règles. Quelle grande liberté nous a léguée Saint Dominique ! Comme il est important de la conserver et de la faire grandir ! »

[3Citons plus largement le passage de la Règle de saint Augustin :

Donet Dominus ut ob­servetis haec omnia, tan­quam spiritualis pulchri­tudinis amatores, et bono Christi odore de bona conversatione fragran­tes, non sicut servi sub lege, sed sicut liberi sub gratia constituti. Puisse le Seigneur vous donner d’observer tout cela avec amour, en êtres épris de beauté spirituelle et dont l’excellence de la vie exhale l’excellent parfum du Christ, non comme des esclaves sous le régime de la loi, mais en hommes libres sous le régime de la grâce.
Ut au­tem vos in libello hoc tanquam in speculo pos­sitis inspicere, ne per oblivionem aliquid ne­gligatur, semel in septi­ma­na vobis legatur. Et ubi vos inveneritis ea quae scripta sunt facien­tes, agite gratias Domino bonorum omnium largi­tori. Ubi autem sibi qui­cumque vestrum videt ali­quid deesse, doleat de prae­terito, caveat de fu­turo, orans ut sibi debi­tum dimittatur, et in ten­tationem non indu­catur. Que ce livret vous soit comme un miroir pour vous regarder ; et de peur que l’oubli n’entraîne des négligences, qu’on vous le lise chaque semaine. Si vous vous trouvez fidèles à l’égard de ce qui est écrit, rendez grâce au Seigneur dispensateur de tout bien. Si par contre quelqu’un se découvre en défaut, qu’il regrette le passé, veille à l’avenir, priant notre Père de lui remettre sa dette et de ne pas le soumettre à la tentation.

Augustin reprend l’opposition paulinienne entre la grâce et la loi, en particulier au chapitre 6 de la lettre de saint Paul aux Romains :
Romains 6,11-14 : De même vous aussi : considérez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu en Jésus Christ. Que le péché ne règne donc plus dans votre corps mortel pour vous faire obéir à ses convoitises. Ne mettez plus vos membres au service du péché comme armes de l’injustice, mais, comme des vivants revenus d’entre les morts, avec vos membres comme armes de la justice, mettez-vous au service de Dieu. Car le péché n’aura plus d’empire sur vous, puisque vous n’êtes plus sous la loi, mais sous la grâce.

[4Cf. la lettre de Paul aux Galates :
Galates 4,1-7 : « Telle est donc ma pensée : aussi longtemps que l’héritier est un enfant, il ne diffère en rien d’un esclave, lui qui est maître de tout ; mais il est soumis à des tuteurs et à des régisseurs jusqu’à la date fixée par son père. Et nous, de même, quand nous étions des enfants soumis aux éléments du monde, nous étions esclaves. Mais, quand est venu l’accomplissement du temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et assujetti à la loi, pour payer la libération de ceux qui sont assujettis à la loi, pour qu’il nous soit donné d’être fils adoptifs. Fils, vous l’êtes bien : Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils, qui crie : Abba - Père ! Tu n’es donc plus esclave, mais fils ; et, comme fils, tu es aussi héritier : c’est l’œuvre de Dieu. »

[5Cette idée est déjà donnée dans le Prologue de Jean :
Jean 1,12-13 Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu.

[6Voir la confession de Jésus par Pierre dans l’évangile de Matthieu :
"Prenant la parole, Simon-Pierre répondit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »
Reprenant alors la parole, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Jonas, car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux."
[Matthieu 16,16-17 ]

[7Voir texte du principe et fondement dans :
Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, traduit par François Courel, 3e édition, Desclée de Brouwer, 1963, p. 28-29
Voir le commentaire du Principe et fondement par les jésuites de la Province de France sur leur site.

[9Jean 1,49


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