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NMR : brève présentation de Sôka gakkai (SG) 創価学会 (1)

vendredi 27 novembre 2015 par Phap

Voir aussi NMR : brève présentation de Sôka gakkai (SG) 創価学会 (2) - Ikeda Daisaku 池田 大作 (1928-)


Table des matières

Avertissement préliminaire
1. La Sôka Gakkai à partir de vidéos

2.La Sôka Gakkai à partir de ses fondateurs


Avertissement préliminaire.
§1 Le « nouveau mouvement religieux » (NMR) de la Sôga Gakkai (SG) peut susciter des échanges passionnés, positifs ou négatifs.
Précisons que nous avons écrit cet article en entendant rester neutre : nous avons étudié la SG dans le cadre de notre recherche sur l’expérience religieuse telle qu’elle s’exprime en Asie, en particulier au Japon, et plus précisément au Japon dans les NMR dont la Sôka Gakkai qui n’est pas la seule à retenir notre attention.

Notre article s’inscrit dans ce cadre, et nous n’avons pas d’autre agenda que celui-là. Il reflète l’état de nos recherches à ce jour (1/9/2014).
Nous aborderons la SG à travers quelques vidéos puis nous aborderons l’action de ses deux premiers fondateurs, maintenant décédés. L’article sur le troisième fondateur de SG fait suite au présent article.

§2 La Sôga Gakkai n’est pas facile à classer pour plusieurs raisons :

  • mouvement bouddhiste, elle pratique un activisme social et politique avec une forme de prosélytisme vigoureuse qui a pu même être agressive, en rupture avec le cliché occidental d’un bouddhisme tolérant qui serait purement méditatif ;
  • le mouvement SG se présente tour à tour (ou à la fois) comme un mouvement humaniste / humanitaire, promoteur de la paix et de l’éducation au niveau international (la SG est une ONG interlocutrice de l’UNHCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés) et comme un mouvement bouddhiste de la branche Nichiren ;
  • son orientation politique pourrait sembler conservatrice mais SG a subi la répression de l’État militariste d’avant 1945, avec en particulier la mort en prison du premier fondateur, ce qui joue un garde-fou par rapport aux séductions des politiques nationalistes et militaristes ;
  • enfin, nous le disions en avertissement, la SG a fait l’objet de polémiques qui rendent son histoire contrastée difficile à lire. Plus fondamentalement, la SG a connu des évolutions majeures sous l’impulsion de ses présidents successifs : Tôda, le deuxième président, a élargi à l’ensemble de la société japonaise le mouvement de Makiguchi, qui s’adressait aux pédagogues ; Ikeda, le troisième président de SG, a encore élargi le champ de la SG en l’ouvrant au reste du monde avec la fondation de SGI (Sôka Gakkai International). Ces mutations successives rendent à la fois intéressante et complexe la construction de l’histoire de la Sôka Gakkai.

§3 Cela dit, dans le cadre d’une étude de la religiosité japonaise, la Sôka Gakkai est devenue un objet incontournable, d’où cet article.


1. La Sôka Gakkai à partir de vidéos


1.1 Une video sur la pratique rituelle bouddhiste de Nichiren
§4 SGI International – Sôka Gakkai International - met à disposition sur Internet des videos. L’une d’elles explique en anglais comment psalmodier l’invocation de l’école bouddhiste Nichiren.
How to chant - Beginning buddhist practice soka gakkai international

§5 La séquence vidéo dure 6 minutes. Sur le plan formel, la vidéo nous semble un produit pensé de bout en bout, chaque image est construite, il y a un fil conducteur avec les deux personnages principaux qui sont réunis à la fin. La musique, le texte, les images s’enchaînent sans heurt, avec du rythme.

§6 La vidéo commence par une introduction générale : le but du bouddhisme, c’est de devenir Bouddha, devenir un Éveillé.
Après la séquence théorique, la séquence pratique : la video explique qu’on atteint cet état par la pratique de l’invocation – le mantra - namu myô hô ren ge kyô 「南無妙法蓮華経」qu’on psalmodie le matin et le soir devant l’ « objet fondamental de vénération » 御本尊 gohonzon dans l’autel domestique - le gohonzon consiste en un rouleau sur lequel est écrite l’invocation vue plus haut – nous avions parlé de mantra pour l’invocation, on peut parler de mandala pour le rouleau.

§7 A nouveau on revient sur la théorie, en expliquant les termes de l’invocation en japonais.
Une séquence témoignage vient conclure l’exposé théorique : l’un des intervenants témoigne à titre personnel sur les effets bénéfiques de la pratique.
En faisant témoigner l’un des deux intervenants, la vidéo concentre l’attention du spectateur tout en rendant plus forte la parole de l’intervenant : la personne a vécu ce qu’elle dit, elle sait de quoi elle parle et elle s’exprime non plus en troisième personne sur des sujets théoriques, mais en première personne, elle s’engage personnellement dans son propos : « çà me fait du bien, çà me redonne de l’énergie ».

§8 Puis retour sur la doctrine, avec l’histoire du fondateur, Nichiren 日蓮 (1222-1282) – voir Le moine bouddhiste japonais Nichiren 日蓮 (1222-1282) - Une chronologie sur ce site pour plus de détails.
La vidéo rappelle que, selon Nichiren, toute la Loi du Bouddha Sakyamuni se trouve dans les chapitres 2 et 16 du sutra du Lotus ainsi que dans le titre ( 題目 daimoku en japonais) du sutra du Lotus, en japonais : « myô hô ren ge kyô » 「妙法蓮華経」[En ajoutant namu 南無, la translittération en chinois du sanscrit namo, on retrouve l’invocation – le mantra – vu plus haut].
La pratique pour réaliser l’état de Bouddha se base sur le sutra du Lotus : l’office de lecture des deux chapitres et de psalmodie du Daimoku s’appelle le gongyô 勤行.

§9 Une deuxième séquence témoignage vient conclure la séquence historique : la pratique en communauté est bénéfique, elle m’aide à plus comprendre, à ne pas être auto-centrée.
Vient ensuite la conclusion, qui donne l’adresse de SGI [Sôka Gakkai International] pour plus d’informations.

§10 La vidéo est bien faite, elle donne l’essentiel du message sans noyer le spectateur dans des détails complexes, elle propose une histoire avec une progression, les séquences sont variées avec une alternance entre enseignement, pratique, témoignage.
Le message religieux, bouddhiste, est présent : rituel du matin et du soir, objet sacré à vénérer, fondateur religieux japonais du 13e siècle, activité rituelle privée et aussi communautaire, visée religieuse (atteindre l’Éveil, réaliser la nature de Bouddha qui se tient au fond de tout être. Cette dimension religieuse apparaît surtout dans les séquences théoriques, les témoins restant au niveau des effets positifs dans la vie quotidienne, sans référence à des concepts religieux qui pourraient sembler trop théoriques.


1.2 Un spot publicitaire du quotidien Shinkyô shimbun
§11 Publicité en japonais « la bibliothèque » pour le Shinkyô shimbun 聖教新聞 : "La bibliothèque" 「図書館篇」
Le « Journal de la doctrine sacrée » 聖教新聞 Shinkyô shimbun est un quotidien national japonais publié pour le compte de la Sôka Gakkai qui tirerait à 6 millions d’exemplaires. Le journal a été lancé par Toda Jôsei 戸田 城聖 (1900-1958), le deuxième président de la Sôka Gakkai.

§12 La visée du journal est présentée de la manière suivante :

« Ce journal propose des moyens pour affronter les problèmes et les difficultés, tant au niveau individuel qu’au niveau social. Il cherche à mettre en évidence le caractère illimité du potentiel de créativité de l’humanité. De plus, il fait ressortir les activités de promotion de la paix, de la culture et de l’éducation entreprises par la Sôka Gakkai International dans 163 pays ou territoires ». [1]

Il n’y a ici aucune référence religieuse apparemment, sauf peut-être la mention du "caractère illimité du potentiel de créativité de l’humanité" qui peut renvoyer à un fond extra ou supra-mondain - la nature de Bouddha au fond de chaque être ? Mais seul le lecteur averti pourrait percevoir l’allusion.

§12a La séquence dure trente secondes, elle raconte l’histoire de la petite fille et de l’apprivoisement mutuelle entre elle et la bibliothécaire. La bibliothécaire reçoit des petits mots et découvre que c’est le seul moyen pour la petite fille, qui est sourde et qui a du mal à parler – de communiquer avec elle.
La bibliothécaire apprend le langage des sourds-muets tandis que la petite fille essaie de parler en disant maladroitement ありがとう « arigatô  », « merci ».
Il y a « création de valeurs » (humaines) dans les échanges – les interactions - qui font progresser et s’épanouir les personnes.
La bibliothécaire est en position d’enseignante et en même temps elle reçoit de son élève : l’interaction fait que des deux côtés on s’élève en élevant l’autre. En compassion, en respect de l’autre.

§12b La séquence se termine sur la devise du journal :
言葉と 生きていく。kotoba to, ikite iru. soit en français à quelque chose près : "des mots pour vivre".


1.3 Un autre spot publicitaire du quotidien 聖教新聞 Shinkyô shimbun
§13 Autre spot publicitaire du même journal, qui dure une minute : « l’orchestre de cuivre » 「ブラスバンド篇」

§14 En échangeant, en aidant quelqu’un en difficulté, il avance, et nous avec lui.
Si Kanbei joue mal, c’est l’orchestre tout entier qui va en pâtir, s’il réussit alors c’est tout l’orchestre qui va se réjouir avec lui après avoir réussi ensemble le concours.

Sôka gakkai, soit la création de valeurs humaines, humanisantes : tel est le message que véhiculent ces spots.

§15 Dans les deux cas, il s’agit d’une situation avec des jeunes (la petite fille, le jeune instrumentiste) en situation difficile qui sont soutenus dans leur progression, progression individuelle qui est aussi celle du groupe qui accompagne et soutient le jeune (la bibliothécaire, le groupe musical avec le chef d’orchestre).
L’histoire est une "success story" qui raconte comment une personne en difficulté surmonte son problème grâce à sa détermination et son courage d’une part, grâce à l’aide de son entourage d’autre part. Nous retrouvons dans ces deux spots les objectifs du Seikyô shimbun vus plus haut.
Notons aussi qu’il s’agit à chaque fois d’une situation d’éducation et de culture (bibiliothèque, musique).

§16 La dimension soulignée ici est pédagogique, humaine, sans référence religieuse, à la différence de la vidéo sur la pratique bouddhiste de Nichiren vue en premier. Selon moi, et je le redirai en conclusion, la SG comporte un double patrimoine génétique dans sa pédagogie avec une dimension « humaniste » (horizontale) et une dimension religieuse (verticale), ce qui fait que la SG présente un visage à plusieurs facettes.


2.La Sôka Gakkai à partir de ses fondateurs


2.1. L’histoire de Makiguchi Tsunesaburo (1871-1944)
§17 Le premier président de la SG, Makiguchi Tsunesaburô 牧口 常三郎 (M4- S19 [2] – 1871-1944) est né à Kashiwasaki 柏崎 dans la province de Niigata 新潟県 [3]. En 1903, à 32 ans, il publie : « Une géographie de la vie humaine » 人生地理学 Jinsei chiri gaku :

« Ce que nous appelons les traits humains naissent et se développent en nous par nos interactions spirituelles avec l’environnement physique ».
« Il importe de se fixer comme but le bonheur et la protection de tous y compris soi-même et pas seulement pour soi-même. Autrement dit, il s’agit de viser à l’amélioration d’autrui en choisissant des moyens bénéfiques pour soi-même comme pour autrui.
C’est un effort conscient de créer une vie communautaire plus harmonieuse » [4]

Makiguchi articule bonheur de l’individu et harmonie de la communauté en partant de l’individu, l’individu devant chercher le bonheur pour lui-même et aussi pour autrui. Ce faisant, Makiguchi opère une synthèse entre la quête du bonheur individuel moderne et le conformisme traditionnel au groupe.

§18 De 1913 à 1931 (ou 1932), Makiguchi est directeur d’école primaire à Tôkyô. Son refus de compromis avec les autorités de tutelle lui valent de changer de poste fréquemment.

§20 En 1920 (9e année de l’ère Taishô), Toda Jôsei 戸田 城聖 (1900-1958) est engagé par Makiguchi. Makiguchi, plus âgé, sera le mentor de Toda.

En 1923 a lieu le grand tremblement de terre de Tôkyô 関東大震災 kantô dai shinsai. Les hausses de prix des denrées provoquent des "émeutes du riz" 米騒動
komesôdô dans le pays.

§21 En 1928, les deux éducateurs adhèrent à l’école bouddhiste de Nichiren Shôshû 日蓮正宗 . La rencontre de Makiguchi avec Mitani Sokei 三谷素啓 (1887-1932) la même année semble avoir été décisive dans cette conversion.

§22 Notons qu’en 1916, Makiguchi avait déjà rencontré le mouvement Nichiren en la personne d’un prédicateur renommé, Tanaka Chigaku 田中智學 (1861–1939) , mais l’interprétation ultra-nationaliste de ce dernier n’avait pas convenu à Makiguchi [5]

§23 En novembre1930 (5e année de l’ère Shôwa) Makiguchi fonde avec Toda l’ « Association pédagogique pour la création de valeurs » 創価教育学会 Sōka Kyōiku Gakkai, ancêtre de la Sôka Gakkai 創価学会, qui se réunira en 1937.
L’association recrute d’abord ses membres dans le milieu éducatif, avant de s’ouvrir plus tard à la société tout entière comme l’indique la suppression du mot « pédagogique » 教育 Kyôiku dans le nom définitif.

§24 Toujours en 1930, Makiguchi publie le premier volume de “Théorie pour une pédagogie créatrice de valeurs”『創価教育学体系』第1巻 Soka kyoikkgaku taikei – en anglais « The System of Value-Creating Pedagogy  »  [6]. La SG considère que sa fondation remonte à cette date du 18/11/1930.

« La création de valeurs est un concept clé : elle fait partie de ce qui définit l’être humain... Le bonheur, c’est-à-dire la création de valeurs, est l’objectif suprême de l’existence. [7]

§25 Si nous comprenons correctement cet extrait, l’être humain apparaît essentiellement comme un être capable de créér – non pas de la matière – mais des valeurs. D’après Andrew Gebert et Monte Joffee, ces valeurs sont le beau, le profit (individuel), le bien (communautaire), étant entendu que la valeur du profit individuel est liée à la valeur du bien communautaire : le bonheur de l’individu est lié à celui de sa communauté : Makiguchi n’imagine pas que l’homme puisse se développer en dehors de sa participation, de sa contribution à la communauté qui le porte.

§26 L’aspect religieux ne semble pas présent dans cet extrait. A suivre la citation de Makiguchi rapportée par Gebert et Joffee, la religion elle-même ne se justifie que par rapport à la création du beau, du profit et du bien, elle aussi vise à la création de valeurs.

Si la religion ne libérait pas l’homme et le monde de la souffrance, quel serait le sens de son existence ? Libérer l’homme de la souffrance, ne serait-ce pas créér de la valeur profit  [individuelle] ? Libérer le monde de la souffrance, ne serait-ce pas créer de la valeur bien [communautaire] ? [8]

§27 Makiguchi et Toda proposent une spiritualité dynamique tournée vers l’extérieur, un projet de construction du monde. La création de valeurs se fait dans l’interaction avec les autres, avec la communauté, comme nous l’avions déjà noté avec les spots du « journal de la doctrine sacrée ».

§28 L’ « Association pédagogique pour la création de valeurs » 創価教育学会 propose un modèle d’éducation à contre courant de l’éducation japonaise de l’époque, où il s’agit de former des Sujets (au sens d’ « assujetis ») loyaux prêts à se sacrifier pour l’État incarné par le Souverain et dont la subjectivité doit entrer dans le moule préformaté prévu par l’éducation nationale centralisée.

§29 L’enseignement des années 1930 repose sur la mémorisation et l’on ne demande pas à l’élève de se former un avis personnel. Les textes éducatifs sont présentés comme immuables, transmis de génération en génération et leur interprétation a été fixée une fois pour toutes.

§30 Toda et Makiguchi considèrent que les élèves ne sont pas des moyens au service du maintien et de la prospérité de l’État mais que leur développement personnel est une fin en soi pour l’éducateur qui vise à ce qu’ils deviennent des êtres humains créateurs de valeurs (individuelles et communautaires) : la tâche de l’éducateur n’est pas de produire des rouages interchangeables et sacrifiables à volonté d’un État impérialiste ultra-nationaliste.

§31 On se doute qu’ils vont rencontrer l’opposition d’un État qui cherche à produire des soldats bien obéissants, prêts à sacrifier leur vie pour lui [9]

§32 En mai 1943, Makiguchi et Toda sont arrêtés et emprisonnés ainsi que 20 de leurs disciples pour crime de lèse-majesté 不敬罪 fukei zai.
En effet, Makiguchi, fidèle en cela à l’enseignement de Nichiren, s’est refusé à prier pour l’Empereur dans les sanctuaires shintô, il a pareillement refusé d’abriter dans sa maison le talisman émis par le sanctuaire d’Ise, 伊勢神宮, sanctuaire tutéllaire de la maison impériale. Ce faisant, il était devenu aux yeux de l’État un mauvais sujet de Sa Majesté, un sujet déloyal, anti-patriote, qui tombait sous le coup de la loi de sécurité nationale 治安維持法 Chian iji hō de 1925 élargie et renforcée en 1941.

§33 Makiguchi ne faisait que rester fidèle à ce qu’il avait déjà écrit quelques jours après l’attaque de Pearl Harbor du 7 décembre 1941 :

« Nous devons nous interdire absolument de suivre des idéologies douteuses qui ne s’appuient sur aucun fait établi – même si elles font appel aux traditions les plus vénérables – et qui nous amèneraient à sacrifier des vies sans prix, celles d’autrui et la nôtre. En ce sens, il nous faut repenser de toute urgence la question de [la participation obligatoire aux] sanctuaires shintô » [10].

§34 Makiguchi avait refusé toute participation au "shintô d’État" 国家神道 kokka shintô mis en place pendant l’ère Meiji et il avait enjoint aux membres de l’Association de l’imiter. Il devait en payer le prix : arrêté et emprisonné en mai 1943, il mourra de malnutrition en prison le 18 novembre 1944, à l’âge de 73 ans. Pendant les interrogatoires, il aurait continué à résister, se référant à l’Empereur comme à une personne ordinaire 凡夫 bon pu [11] et non comme à la « personne divine se manifestant sous forme humaine » 現人神 arahitogami construite par l’idéologie ultra-nationaliste japonaise.


2.2. L’histoire de Toda Jôsei (1900-1958)
§35 Toda Jôsei 戸田 城聖 (M33-S33 - 1900-1958) survit à son mentor Makiguchi. Dans la prison de 豊多摩刑務所 Toyotama keimusho, sa foi dans le salut proposé par le bouddhisme de Nichiren s’est accrue.

§36 En 1946, Toda change le nom de l’Association qui prend son nom définitif d’ « Association d’études pour la création de valeurs » 創価学会 Sôka gakkai  : le mouvement s’adresse désormais à toutes les catégories de la société et pas seulement aux personnes engagées dans la pédagogie. L’association conserve cependant son caractère de recherche, d’étude.

§37 En 1947, Ikeda Daisaku (池田 大作 né en 1928), le futur troisième président de SG, rencontre Toda à un « groupe de discussion » 座会談 
zakaidan.
En 1951, Toda devient officiellement le deuxième président 会長 kaichô de SG. SG comprend alors moins de 3 000 familles membres

§38 En 1952, Toda fait enregistrer son association comme « association juridique religieuse » 宗教法人 shûkyô hôjin.
Toda adopte les objectifs de la branche bouddhiste Nichiren : conversion de la nation japonaise au bouddhisme de Nichiren en commençant par l’Empereur, construction au niveau national d’un autel bouddhiste Nichiren 国立祭壇 kokuritsu saidan, rejet des autres écoles bouddhistes mais aussi du shintô et des autres religions pour l’enseignement et la diffusion exclusifs du bouddhisme de Nichiren au niveau national [12].

§39 La foi qui s’exprime ici est une foi de combat, foi aggressive, la prédication est celle que recommandait Nichiren pour l’époque actuelle, la « prédication qui abat, qui terrasse” 折義 ( 折伏 shakubuku en japonais moderne).

§40 En 1953, la SG installe ses quartiers généraux à Shinanomachi 信濃町, dans le quartier de Shinjuku 新宿区 à Tôkyô.

§41 En 1955, Toda présente des candidats aux élections municipales locales. Il n’a pas encore fondé de parti politique.
L’idée était que ces candidats constituent le bras politique de Sôka Gakkai pour réaliser la conversion totale du pays avec le bouddhisme de Nichiren comme religion d’État et l’autel national [13].
Il y a projet d’union du politique et du religieux, en contradiction avec la constitution d’après la Seconde guerre mondiale qui impose la séparation de l’État et de la religion.

§42 Ikeda, le futur troisième président de SG, est accusé avec d’autres d’avoir tenté d’acheter des voix pendant les élections (en distribuant des cigarettes). L’accusation sera déboutée.

§43 Le 8 septembre 1957, Toda appelle au bannissement des armes nucléaires et thermonucléaires 原水爆禁止宣言 gensuibaku kinshi sengen qui menacent l’existence même de l’humanité.
Toda positionne ainsi la SG comme un mouvement global pour la paix avec en premier la lutte pour l’abolition des armes nucléaires [14].

§44 Toda énonce les trois repères immuables de la SG 「学会永遠の三指針」 gakkai eien no san shishin :

  1. croire en la paix et l’harmonie familiales 一家和楽 信心
  2. croire que tout homme cherche le bonheur 各人が幸福をつかむ信心
  3. croire que l’on peut surmonter les difficultés 難を乗り越える信心

§45 Toda meurt le 2 avril 1958 (S33). L’organisation compterait alors plus de 750 000 membres (familles). D’après Gebert et Joffee, cette croissance remarquable est dûe à l’impulsion de Toda pour que la base soit responsabilisée, qu’elle reçoive le pouvoir de prendre des décisions et qu’elle développe son autonomie propre («  empowerment   » en anglais) dans la recherche commune du bonheur et de la paix.
A suivre Ikeda, Toda avait l’idée qu’en formant et en responsabilisant les personnes au niveau de la base, on empêcherait l’embrigadement militariste d’avant la Seconde guerre mondiale et les destructions de valeurs – de personnes – qui s’en sont suivies.


Voir la suite avec le troisième président de Sôka gakkai


© esperer-isshoni.info, septembre 2014

[1notre traduction à partir de l’article officiel de SGI à l’occasion du 50e anniversaire du journal

[24e année de Meiji - 19e année de Shôwa

[3Anciennement 柏崎県 刈羽郡 荒浜村 village d’Arahala du district de Kariwa, préfécture de Kashiwazaki

[4Nous traduisons :
it is through our spiritual interaction with the earth that the characteristics that we think of as human are ignited and nurtured within us »
« The important thing is the setting of a goal of well being and protection of all people, including oneself but not at the increase of self-interest alone. In other words, the aim is the betterment of others and in doing so, one chooses ways that will yield personal benefit as well as benefits to others. It is a conscious effort to create a more harmonious community life
.”
cité dans wikipedia article Tsunesaburō_Makiguchi
extrait de : Makiguchi, Tsunesaburo. A Geography of Human Life. Ed. by Dayle M. Bethel. Caddo Gap Press, 2002, p.25 ; 286

[5L’article en anglais « Tsunesaburo Makiguchi’s View of Religion – A Modern Approach to Nichiren Buddhism (1)" par Koichi Miyata, Soka University dans The Journal of Oriental Studies Vol. 5, 1995 cite un passage du livre « La doctrine du saint homme Nichiren » 『日蓮聖人の教義』 Nichiren shônin no kyôgi de Tanaka qui donne un aperçu de l’exaltation ultra-nationaliste de l’époque, fondée sur une idéologie mystique du 国体 kokutai et la sacralisation de la figure impériale :
« L’empereur du Japon n’est pas seulement un maître de classe internationale dans les domaines littéraires aussi bien que militaires, c’est un Dieu vivant [sans doute arahitogami 現人神 NDLR] qui, par l’exercice de son autorité religieuse immense, domine les idéaux et les croyances du monde entier » Tanaka p.410 [notre traduction].
- Pour mémoire, Ishiwara Kanji 石原 莞爾 (1889 – 1949), l’un des responsables de l’ « incident de Mukden » 満州事変 manchû jihen du 18/9/1931, était un des disciples de Tanaka. -

D’après le même article, Mitani aurait écrit en réaction :

« Il est rare de rencontrer un exemple de fabrication de l’histoire commanditée par un gouvernement à des universitaires avides de s’attirer les bonnes grâces du pouvoir comme celui que nous observons au Japon. De nos jours, toute personne dotée de la moindre conscience morale ne peut qu’être remplie de honte face à un tel spectacle. L’histoire de notre pays est une histoire vraiment belle et nous devrions être en mesure de la présenter avec fierté aux autres nations. Mais maintenant que nous avons accrédité aveuglément l’idée que notre empereur descend d’une personne descendue du ciel, nos 70 millions de compatriotes doivent supporter sans retour en arrière possible une honte que tous déplorent »(Mitani, p. 78). [notre traduction]

On trouve un écho de cette confusion dans l’article de Joseph M.Kitagawa : "Some Reflections on Japanese Religion and Its Relationship to the Imperial System" dans la revue Japanese Journal of Religious Studies 1990/17 à la page 164 :

En lisant aujourd’hui les déclarations des dirigeants japonais durant les années 1930 concernant l’institution impériale et cette super-religion qu’était le "shintô d’état" [censé être] non religiieux, on se demande comment des hommes suffisamment intelligents ont pu proférer de telles affirmations en conservant un visage sérieux.
[notre traduction française d’après l’anglais :
Today, as one reads the statements of Japanese leaders during the 1930s concerning the sacred imperial institution and the non-religious super-religion that was State Shinto, one wonders how fairly intelligent human beings could seriously utter those notions with straight faces.

[7Notre traduction à partir de l’anglais : « Creation of Value is part and parcel of what it means to be a human being...The highest object of life is happiness which is creation of value"

[8Nous traduisons : « Other than freeing people and the world from suffering, what meaning could there be for the existence of religion in society ? Isn’t freeing people from suffering the value of gain ? Isn’t freeing the world from suffering the moral value [of good] ? (1983-1988, vol. 5, p. 356) dans http://www.tmakiguchi.org/assets/images/Gebert_Joffee_rw_090120.pdf
Voir aussi http://hw001.spaaqs.ne.jp/miya33x/paper10-2.html avec une variante de traduction anglaise

[10Nous traduisons l’extrait de Makiguchi reproduit en anglais dans l’article déjà cité de Gebert et Joffee

[11cf. article déjà cité de Gebert et Joffee

[12Nous nous appuyons sur l’article disputé « Sôka Gakkai » en anglais de Wikipedia. Cet article cite entre autres références : Brannen, Noah (September 1962). "The Teachings of Sōka Gakkai". Contemporary Religions in Japan 3 : 248–249.

[13cf. le propos de Toda d’août 1956 rapportée dans l’article « Did Aum Change Anything ? » de Levi Mc Laughlin publié dans la revue Japanese Journal of Religious Studies de 2012 n°39/1 p.58


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