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Histoire du Japon - Panorama

dimanche 31 août 2014 par Phap

Périodisation en 3 parties

1. des origines à la fin de l’ère Heian (1185)

jusqu’à 710 Avant Nara
710-794 période de Nara 奈良
794-1185 période Heian 平安

2. pendant la période des guerriers (1185-1867)

1185-1333 période Kamakura 嫌倉時代
1338-1573 période Muromachi 室町時代
1603-1867 période d’Edo 江戸時代

3. de la restauration impériale de 1868 à nos jours

1868-1912 Ère Meiji 明治
1912-1926 Ère Taishô 大正
1926-1989 Ère Shôwa 昭和
1989-.... Ère Heisei 平成

1§. Nous avons retenu une périodisation de l’histoire du Japon en trois parties correspondant grosso modo à trois lieux de pouvoirs et deux régions, le Kansai 関西 (Kyôto, Nara, et Muromachi) à l’ouest et le Kantô 関東 (Edo et Kamakura) à l’est :

  1. 710 à 1185 : pouvoir aristocratique et impérial à Nara puis Kyôto, l’Empereur devant composer avec l’influence du clan Fujiwara. Apogée de la culture de cour.
  2. 1192 à 1867 : pouvoir militaire à Kamakura (près du futur Tôkyô) puis Muromachi (près de Kyôto) puis Edo (futur Tôkyô). L’Empereur dépend des shôguns, des "généralissimes". Échec pour reprendre le pouvoir des empereurs Go Toba 後鳥羽天皇 (1180-1239, 82e empereur) et Godaigo 後醍醐天皇(1288-1339, 96e empereur). La dynastie impériale n’est cependant pas renversée par les shôguns qui se contentent de promouvoir une branche plus docile.
  3. 1867 à nos jours : pouvoir national avec restauration du pouvoir impérial à partir de Meiji, à Tôkyô, en distinguant deux sous-périodes :
    • 1867 à 1945 : divinisation de l’Empereur supposé contrôler un appareil militaire progressivement hors de contrôle
    • 1945 à nos jours : Empereur monarque constitutionnel "symbole" de la nation

2§. D’autres périodisations sont possibles, en se basant sur la date de fondation impériale de -660 av. JC qui serait alors l’an 0 du calendrier japonais, avec la mise en avant de la lignée impériale comme cela a été fait pendant l’ère Meiji puis Shôwa jusqu’en 1945. On peut aussi se baser sur le système des ères 年号 nengô à partir du moment où elles sont entrées en vigueur.

3§. On peut aussi se baser sur une périodisation en résonance avec l’histoire occidentale [1].

dates apr. J.C.

période japonaise 時代 jidai

période occidentale

300-710 proto-historique 原始 genshi
710-1185 Nara-Heian antiquité 古代 kôdai
1185-1568 Kamakura-Muromachi médiévale 中世 chûsei
1568-1868 Azuchi-Edo pré-moderne 近世 kinsei
1868-1945 [2] Meiji-Taishô-Shôwa moderne 近代 kindai
1945-... Shôwa-Heisei contemporaine 現代 gendai

4§. Nous avons dressé ce panorama de l’histoire japonaise à l’occasion de notre cours d’introduction au shintoïsme, ce qui explique pourquoi les chronologies se trouvent dans la section "shintô" de notre site.

5§. Pendant ce cours, nous avons montré comment le shintô, natif du Japon, a interagi avec des traditions empruntées à l’étranger : bouddhisme et confucianisme de l’Asie sinisée, puis modernité venue de l’Occident. Il nous semble que la problématique de l’articulation entre affirmation identitaire et accueil de l’altérité traverse non seulement l’histoire du shintô mais l’histoire du Japon dans son ensemble.


Deux réformes charnières : Taika (645) et Meij/Shôwa (1868-1945)

6§. A nos yeux, deux dates sont emblématiques de l’histoire japonaise :

deux moments où les dirigeants du Japon décident de refonder la nation à partir d’une culture étrangère.
On peut rapprocher les deux périodes charnières sur un certain nombre de points.

645 : réforme de Taika

1868 : restauration de Meiji de 1868 (réorientée en 1945 par Shôwa [3])

" esprit japonais, technique chinoise » 和魂 漢才 wakon kansai « esprit japonais, technique occidentale » 和魂 洋才 wakon yôsai
Sous la pression des Tang (618-907) craints et admirés. Sous la pression des Occidentaux craints et admirés.
Les émissaires revenus de Chine ont joué un rôle dans cette réforme. Mission Iwakura (1871-1873) qui fait le tour des capitales occidentales
Assassinat de membres du clan Soga hostiles à la réforme.
Renversement de posture des Soga, initialement favorables aux imports de la culture continentale (chinoise)
Guerre civile de Boshin des partisans de la restauration impériale contre le dernier shôgun Tokugawa.
Renversement de posture des partisans de l’Empereur, initialement hostiles à l’ouverture à l’Occident
Promulgation en 604 (avant la réforme Taika) d’une "constitution" en 17 articles attribuée au prince Shôtoku, Adoption en 1868 d’un "serment en 5 articles", puis d’une constitution à la mode occidentale en 1889 (retoquée en 1947).
Adoption des institutions administratives et pénales chinoises 律令 ritsuryô,
division du pays en provinces, institution d’un système d’attribution des terres, régime de taxes.
Redivision du pays en préfectures, système des fiefs abolis.
L’Empereur est entouré d’une administration sur le modèle chinois, avec deux départements, le jingi-kan 神祇官chargé des affaires religieuses, et le daijō-kan 太政官 chargé des affaires d’État non directement liées aux religions L’Empereur est assisté par une Diète. Apparente séparation de la religion et de l’État, contredite dans les faits par le shintô d’État
Les arts sont inspirés par la Chine. La chronologie en ères successives est adoptée. Arts techniques importés de l’Occident. Chronologie en ères modifiée, calendrier solaire adopté.

7§. Un dernier point en conclusion.
Actuellement, l’interprétation des ères Meiji et Shôwa par les historiens est parasitée par des considérations de politique intérieure et extérieure. La question est de savoir comment interpréter une période qui a débouché sur l’embrasement du Pacifique et en particulier comment valoriser la part de chacun des acteurs, le Japon et les différents acteurs de la politique japonaise dont l’Empereur, les pays voisins du Japon, les États-Unis et l’Occident plus généralement.

8§. Personnellement, je trouve significatif qu’après la défaite de l’armée impériale japonaise en 1945, l’empereur Shôwa ait repris au début de sa déclaration du 1e janvier 1946 le serment demandé par l’empereur Meiji au début de son règne en avril 1868.

9§. Ce faisant, l’empereur Shôwa semble dire à la fois la continuation de la politique de modernisation menée depuis 1868 et en même temps la rupture avec l’option ultra-nationaliste fondée sur la sacralisation outrancière de la figure impériale - rupture indiquée clairement dans la partie interprétée comme une "déclaration d’humanité" et qui a donné son titre à la déclaration de 1946.
- Incidemment, notons que les États-Unis ont exercé une influence majeure sur le Japon à ces deux moments de l’ouverture forcée du Japon au monde occidental.

Merci de votre attention.


© esperer-isshino.info, août 2014.


[1cf. article "Periodization" dans l’encyclopédie Kodansha. Voir aussi article 日本の歴史 dans Wikipedia

[2La date de 1945 nous semble une date charnière dans l’histoire du Japon

[3La réorientation, imposée par l’occupant américain en 1945, ramène la figure d’un Empereur "divinité sous forme humaine" 現人神 Ara hito gami, figure construite par les idéologues de Meiji pour unir les citoyens dans un État-nation moderne, à des proportions humaines (cf. la déclaration appelée "declaration d’humanité" de l’Empereur Sôwa le 1/1/1946)


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