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Le pape Paul VI à Bombay en 1964 - "le christianisme n’est lié à aucune civilisation"

mardi 21 octobre 2014 par Phap

1. La rencontre d’une autre culture peut provoquer admiration et étonnement : elle peut opérer un décentrage dans la compréhension que nous avons du monde, de la relation à l’autre et à l’absolu : une évidence première est perdue, quand on découvre par le voyage qu’il existe d’autres façons de marcher sur la terre et sous le ciel comme homme, comme femme.

C’est ce mouvement que je crois entendre dans les propos du pape Paul VI cités ci-dessous.

  • Pour moi, ces propos résonnent comme une exclamation de surprise heureuse : "C’est autre ! C’est beau et noble !".
  • Exclamation qui, selon nous, ensuite et ensuite seulement, nourrit l’interrogation : "C’est autre, et pourtant j’y consonne ! Comment cela est-il possible ? Qu’est-ce que cela veut dire ?"

2. Dernière impression : je trouve belle cette ouverture du pape Paul VI, qui confie son souci d’universalité [1]) du salut en Jésus Christ, qu’il articule avec le souci du respect des cultures auxquelles ce salut s’adresse et qu’il veut féconder.

Je suis particulièrement impressionné lorsque le pape dit que

le christianisme n’est lié à aucune civilisation, mais qu’il est fait pour s’exprimer selon le génie de toute civilisation, du moment qu’elle est vraiment humaine et ouverte à la voix de l’esprit [2] [3]


© esperer-isshoni.fr, avril 2010
© esperer-isshoni.info, octobre 2014


Le texte

UDIENZA GENERALE DI PAOLO VI [4]

Audience générale de Paul VI [5]

Mercoledì, 9 dicembre 1964 Le mercredi 9 décembre 1964
Diletti Figli e Figlie ! CHERS FILS ET FILLES,
Voi che venite a visitarci dopo il Nostro viaggio a Bombay per assistere al Congresso Eucaristico Internazionale, colà celebrato, avete certamente negli animi e quasi sulle labbra una domanda da farci : « E l’India ? che ne pensa il Papa del suo pellegrinaggio, che tanto ha fatto parlare di sé ? ». Curiosità legittima e filiale la vostra, alla quale per altro non possiamo dare soddisfazione, tante sono le cose, tante le impressioni, che sarebbero da esporre e da commentare. Vous qui venez Nous rendre visite aprês le voyage que Nous avons fait à Bombay pour y assister au Congrès eucharistique international, vous avez certainement dans le cœur et sur les lèvres cette question : « Et l’Inde ? Que pense le Pape de son pèlerinage dont on a tant parlé ? C’est là une curiosité légitime et filiale, mais Nous ne pouvons pas la satisfaire. il y aurait en effet tant d’impressions, tant de choses à décrire et à commenter
Le voyage de Bombay.
Molto è stato scritto e divulgato dai mezzi moderni d’informazione, e molto resterebbe sempre da dire sopra questo avvenimento, che si presta a tanti rilievi : vorremmo dirvi del suo aspetto propriamente religioso, veramente sincero e magnifico ; del suo aspetto storico, civile e sociale, estremamente ricco di motivi che Ci riempiono l’animo di ammirazione, di stima, di simpatia per quel popolo immenso, così religioso, così paziente, così laborioso, così aperto ad ogni moderno sviluppo ; ma non è questo il momento. Fra le molte impressioni, lasciate nel Nostro spirito, una confideremo a voi, la quale fu allora vivissima, e che qui ricordata può servire per la riflessione e per la memoria di questa udienza ; Les moyens modernes d’information ont amplement parlé de cet événement, qui était bien fait pour retenir l’attention, et sur lequel il y aurait encore beaucoup à dire. Nous voudrions vous parler de son aspect proprement religieux, qui fut vraiment sincère et magnifique ; de son aspect historique, civil et social, extrêmement riche de motifs d’être rempli d’admiration, d’estime, de sympathie pour ce peuple immense, si religieux, si patient, si laborieux, si ouvert à tous les développements modernes. Mais ce n’est pas le moment. Parmi les nombreuses impressions déposées dans Notre âme, Nous vous en confierons une qui fut alors très vive et qui vous permettra de réfléchir sur cet événement et de vous en souvenir
ed è l’impressione del significato complesso e fecondo di quella proprietà che riconosciamo nella Chiesa di Cristo, la proprietà d’essere cattolica, cioè universale, e così insito nella sua natura da diventare visibile e da costituire una delle note distintive della vera Chiesa. l’impression causée par le sens complexe et fécond de cette propriété que nous reconnaissons à l’Église du Christ d’être catholique, c’est-à-dire universelle. Cette propriété fait tellement partie de sa nature qu’elle en devient visible ‘et constitue une des notes distinctives de la vraie Église.
Catholicité n’est pas uniformité.
La cattolicità indica la molteplicità sempre estensibile delle forme umane, che possono far parte dell’unico Corpo mistico di Cristo. È presto detto che tutti gli uomini sono chiamati alla salvezza, e che la Chiesa ha capacità indefinita d’accoglienza di tutta l’umanità entro i suoi padiglioni. Per il fatto che la cattolicità è correlativa all’unità, e questa si definisce con termini chiari ed univoci (dice S. Paolo : « Uno è il Signore, una la fede, uno il battesimo, uno Iddio e Padre di tutti » [Eph. 4, 6]), facilmente siamo indotti a pensare che la cattolicità, cioè l’estensione dell’unità all’umanità viva e reale, sia uniformità ; La catholicité indique la multiplicité toujours extensible des formes humaines qui peuvent faire partie de l’unique Corps mystique du Christ. Il est vite dit que tous les hommes sont appelés au salut et que l’Église peut, sans limites, accueillir en elle toute l’humanité. Du fait que la catholicité est corrélative à l’unité et que celle-ci se définit en termes clairs et univoques (saint Paul dit « un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous » (Ephés., 4, 6), nous avons facilement tendance à penser que la catholicité, c’est-à-dire l’extension de l’unité à l’humanité vivante et réelle, soit uniformité.
e il solo fatto di pensare che gente di diversa cultura, di diversa lingua, di diverso costume, di diversa nazionalità è chiamata a costituire un « solo Corpo e un solo spirito... in un’unica speranza » (ibid. 3), desta in noi stupore dapprima, come per gli astanti al miracolo delle lingue il giorno di Pentecoste, e ci porta poi a scoprire innumerevoli problemi delicatissimi e difficilissimi, alla riflessione che tutta quella molteplicità va riconosciuta, rispettata, anzi promossa e vivificata. Le seul fait de penser que des gens de nationalité, langue, culture et modes de vie différents soient appelés à constituer « un seul corps et un seul esprit…, dans une seule espérance » (ibid., 3) nous remplit d’abord de stupeur, comme les témoins du miracle des langues le jour de la Pentecôte. Et ensuite, il nous conduit à découvrir d’innombrables problèmes très délicats et difficiles, si nous réfléchissons que toute cette multiplicité doit être non seulement reconnue, respectée, mais encouragée et vivifiée.
L’Église et les non-chrétiens.
Bisogna cioè che ci facciamo un concetto più adeguato della cattolicità della Chiesa, che abbiamo un desiderio più largo della fratellanza umana, a cui essa ci educa e ci obbliga, e che affrontiamo con maggiore coraggio apostolico le questioni relative alla presenza della Chiesa nel mondo. Nous devons nous faire une idée plus juste de la catholicité de l’Eglise, avoir un plus grand désir de cette fraternité humaine à laquelle celle-ci nous éduque et nous appelle, affronter avec un plus grand courage apostolique les questions relatives à la présence de l’Eglise dans le monde.
Se è bello ripetere : « Qui Romae sedet, Indos scit membrum suum esse », chi sta a Roma sa che anche gli Indiani gli appartengono come membri, non è altrettanto facile stabilire i vincoli e le forme di tale appartenenza. Un dovere nasce subito, ed è quello di conoscere meglio quei popoli con cui, per ragione del Vangelo, si viene a contatto, e di riconoscere quanto di bene essi posseggono non solo per la loro storia e la loro civiltà, ma altresì per il patrimonio di valori morali ed anche religiosi, che essi posseggono e conservano ; Il est bien beau de répéter « celui qui est à Rome sait que les Indiens lui appartiennent comme membres » , mais il est beaucoup moins facile d’établir les liens et les formes de cette appartenance. Un devoir naît tout de suite celui de mieux connaître ces peuples avec lesquels nous entrons en contact à cause de l’Évangile, et de reconnaître tout ce qu’ils ont de bien, non seulement en raison de leur histoire et de leur civilisation, mais également en raison du patrimoine de valeurs morales, et aussi religieuses, qu’ils possèdent et conservent.
questa attitudine del cattolico rispetto agli acattolici si va ora affinando e sviluppando, sebbene anch’essa appartenga all’onesta e positiva maniera tradizionale, con cui la Chiesa ha considerato i Gentili, i pagani. Cette attitude des catholiques envers les non-catholiques s’affine et se développe actuellement, bien qu’elle fasse également partie de l’honnête et positive manière traditionnelle dont l’Eglise a considéré les Gentils, les païens.
Saint Augustin, qui était pourtant sévère lorsqu’il affirmait le rapport nécessaire entre l’Eglise et le salut, écrivait : « On ne doit pas douter de ce que les Gentils eux aussi aient leurs prophètes » (Contra Fauslum, 19, 2 ; P. L., 42, 348.)
Le christianisme n’est lié à aucune civilisation.
Ed è questa impressione di valori, degni d’essere onorati, che Noi abbiamo avuto avvicinando il grande Popolo Indiano ; impressione che non si risolve in irenismo, o in sincretismo, ma che impone al dialogo apostolico tanta misura, tanta saggezza e tanta pazienza ; C’est cette impression de valeurs dignes d’être honorées que Nous avons eue en approchant ce grand peuple indien. Cette impression ne se résout pas en irénisme ou en syncrétisme, mais elle impose au dialogue apostolique beaucoup de mesure, de sagesse et de patience.
e che ci ricorda come il cristianesimo non sia legato ad una sola civiltà, ma sia fatto per esprimersi secondo il genio d’ogni civiltà, purché veramente umana e aperta alla voce dello Spirito. Et puis, n’oublions pas que le christianisme n’est lié à aucune civilisation, mais qu’il est fait pour s’exprimer selon le génie de toute civilisation, du moment qu’elle est vraiment humaine et ouverte à la voix de l’esprit.
Concluderemo raccomandando a voi tutti d’essere veramente « cattolici », cioè fedelissimi nell’aderenza all’unità, che Cristo esige da noi nella sua Chiesa ; e apertissimi alla fratellanza che la Chiesa stessa predica e promuove, proprio per essere cattolica, come Cristo la vuole. Pour conclure, Nous vous recommanderons à tous d’être vraiment catholiques, c’est-à-dire très fidèles dans l’adhésion à l’unité que le Christ exige de nous dans son Église, et très ouverts à la fraternité que I’Église prêche et développe, précisément pour être catholique, comme le Christ la veut.

[1catholon, que le Magistère décline comme "tout l’homme et tous les hommes" avec Benoît XVI en particulier

[2Cf. dans le même sens les instructions de la Congrégation de la Propagation de la foi en 1659 aux missionnaires :

"Ne mettez aucun zèle, n’avancez aucun argument pour convaincre ces peuples de changer leurs rites, leurs coutumes et leurs mœurs, à moins qu’elles ne soient évidemment contraires à la religion et à la morale. Quoi de plus absurde que de transporter chez les Chinois la France, l’Espagne, l’Italie ou quelque autre pays d’Europe ? N’introduisez pas chez eux nos pays, mais la foi, cette foi qui ne repousse ni ne blesse les rites ni les usages d’aucun peuple, pourvu qu’ils ne soient pas détestables, mais bien au contraire veut qu’on les garde et les protège"

cité par : FEDOU, Michel, Les religions selon la foi chrétienne, Cerf, 1996, p. 55

[3Je dis ici ma dette envers Georges M.-M. Cottier qui a attiré mon attention sur ce texte dans : Unam sanctam, Vatican II, les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes - Déclaration ’Nostra Aetate’, Antonin-Marcel HENRY (éditeur), Unam Sanctam, 61 ; Paris, Éditions du Cerf, 1966. Voir l’article de Cottier, "L’historique de la Déclaration", p. 68-69.

[4original italien :site officiel du Vatican

[5traduction française : Documentation catholique, n°1439, 1965, colonnes 22 à 24.


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