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Le shintô 神道 - pendant la période des guerriers (1185-1867)

mercredi 5 février 2014 par Phap
  1. Le shintô 神道 - des origines à la fin de l’ère Heian (1185)
  2. Le shintô 神道 - pendant la période des guerriers (1185-1867)
  3. Le shintô 神道 - de la restauration impériale de 1868 à nos jours

Découpage de la période

1185-1333 période Kamakura 嫌倉時代
1338-1573 période Muromachi 室町時代
1603-1867 période d’Edo 江戸時代


1185-1333 : période Kamakura 嫌倉時代

qui commence avec le shogunat / bakufu 幕府 du shôgun 将軍 Minamoto no Yoritomo 源頼朝

1221 L’empereur retiré Go Toba 後鳥羽天皇 (1180-1239) déclare hors-la-loi le régent Hôjô 北条 Yôshitoki 義時 par décret impérial le 6 juin. C’est le début de l’affaire de Jôkyû 承久の乱 . Défaite de l’empereur Go Toba contre le clan Hôjo. L’empereur désigné par Go Toba n’aura régné que quelques mois [1]. Go-Horikawa 後堀河天皇 , fils du frère aîné de Go Toba, devient le 86e empereur.

Les 3 ex-empereurs retirés mourront en exil, Go Toba à Oki 隠岐 , Juntoku 順徳天皇 (84e empereur) sur l’île de Sado 佐渡 et Tsuchimikado 土御門 (83e empereur) à Awa (en exil volontaire).

13e siècle le shintô d’Ise 伊勢神官, dit aussi Geku shintô 外官神道 ou Watarai Shintô 度会神道, tente d’émanciper le shintô de la domination bouddhiste. Il insiste sur la rectitude et la pureté 正直と清浄
1268 Le Japon est menacé d’invasion pour la première fois dans son histoire par l’empereur mongol Khubilaï Khan(1215-1294). Ce dernier exige que le Japon devienne tributaire de son empire.
1273 Urabe Kanefumi 卜部兼文 publie le kojiki Uragaki 古事記裏儀, le plus ancien commentaire connu du kojiki. Son père, Urabe Kanetaka 卜部兼方 avait compilé le Shaku nihongi 釈日本紀, l’un des plus longs commentaires du Nihongi / Nihon shoki (« Chroniques du Japon »). Le clan Urabe se transmet le titre de prêtre shintô, 神職 shin shaku, de père en fils.
1274 échec de la première tentative d’invasion mongole du Japon
1281 échec de la seconde tentative d’invasion mongole du Japon. La défaite mongole est due en partie à la tempête qui a disloqué la flotte. Les tenants du shintô y voient l’action providentielle des kami kaze 神風, les divinités japonaises du vent
1333 l’empereur Godaigo 後醍醐天皇, 96e empereur, restaure provisoirement le pouvoir impérial, contre le bakufu ( shogunat) 幕府 de Kamakura 鎌倉. Défait par Ashikaga Takauji (足利 尊氏(1305–1358), il doit se réfugier dans le sud
1334 à 1392 période de Nanboku-chō 南北朝時代 , "Cours du Sud et du Nord", la Cour impériale du Nord étant contrôlée par le shôgun Ashikaga Takauji


1338-1573 : période Muromachi 室町時代

1333 Kitabatake Chikafusa 北畠 親房 (1293-1354), loyaliste de la Cour impériale du sud, écrit le Jinnō Shōtōki 神皇正統記, les "Chroniques de la lignée véritable des empereurs divins".

Il y affirme la supériorité du Japon sur l’Inde et la Chine du fait que la lignée impériale, qui s’y est maintenue au cours des temps, a pour origine la divinité du soleil. Son livre commence ainsi :

"Le grand Japon 大日本 ôyamato est le pays des dieux 神国 kami no kuni. L’ancêtre céleste 天祖 l’a fondé et la déesse du soleil 日神 hi no kami l’a transmis en héritage à ses descendants pour qu’ils le gouvernent éternellement. Cet état de choses n’existe que dans notre pays, rien de tel n’existe dans les pays étrangers 異朝. Voilà pourquoi notre pays s’appelle le pays des dieux." [2]


大日本(おほやまと)者(は)神国(かみのくに)他。天祖(あまつみおや)はじめて基(もとゐ)をひらき、日神(ひのかみ)ながく統(とう)を伝(つた)へ給ふ。我(わが)国のみ此事あり。異朝(いてう)には其たぐひなし。此故に神国(かみのくに)と云(い)ふ也。 [3]

1392 L’empereur de la Cour du sud,Go-Kameyama 後亀山天皇, remet les trois regalia en signe de renoncement de la Cour du sud à la souveraineté. L’empereur Go-Komatsu 後小松天皇de la Cour du Nord devient ainsi le centième empereur du Japon à partir de cette date seulement selon le décret de 1911 de Meiji.
1404 reprise des ambassades vers la Chine des Ming sous le troisième shôgun Ashikaga Yoshimitsu. Les échanges commerciaux avec la Chine, assistés par les monastères zen de Kyôto qui fournissent conseillers et traducteurs, assurent les finances du shôgun
1467 L’Empereur n’ayant plus les moyens d’entretenir le sanctuaire d’Ise, ce dernier s’appuie sur les revenus générés par la nouvelle activité des pèlerinages. Les sanctuaires fondent des associations locales et encouragent les pèlerinages suite aux troubles politiques qui tarissent les subventions impériales.
1467–1477 pendant les "troubles d’Ônin", 応仁の乱 Ônin no ran, le pays est ravagé par les guerres civiles entre les Ashikaga et les seigneurs.
1470 environ le lettré Ichijô Kaneyoshi 一条 兼良 (1402-1481), aussi connu sous le nom de Ichijô Kanera, réputé pour son érudition, écrit un traité harmonisant les principes du shintô, du bouddhisme et du confucianisme. Il s’appuie pour cela sur le symbolisme des trois regalia impériaux d’origine divine
1511 mort de Yoshida Kanetomo (吉田兼倶 1435-1511), descendant des Urabe. Il fonde le Yoshida shintô 吉田神道, aussi appelé Yuiitsu shintô 唯一神道 ("le shintô unique") ou Urabe shintô [4] . Inversant la généalogie du syncrétisme shintô-bouddhiste du honji suijaku 本地垂迹, il écrit :


« Pendant le règne de l’impératrice Suiko, 34e souverain, le prince Shôtoku a affirmé dans un mémoire que le Japon constitue les racines et le tronc, la Chine ses branches et ses feuilles, et l’Inde ses fleurs et ses fruits. De la même manière, le bouddhisme constitue les fleurs et fruits de la Loi ; le confucianisme 儒教 ses branches et ses feuilles ; le shintô sa racine. Le bouddhisme et le confucianisme découlent du shintô » [5]

Il crée de nombreux rites et prières pour obtenir la longévité, la santé et la bonne fortune. Kanemoto veut faire de sa famille les gardiens de l’orthodoxie shintô face à la famille des Shirakawa 白河 qui monopolisent la direction 神祇伯 jingi haku du Département du culte shintô 神祇官 jingi kan [6].

La famille Yoshida réussira à contrôler l’accession au statut de prêtre shintô shinshoku 神職
1543 arrivée de marins portugais à Tanegashima. Découverte des armes à feu.
1571 destruction du Enryaku ji sur le mont Hiei par Oda Nobunaga 織田 信長(1534-1582).
1573 Oda Nobunaga 織田 信長(1534-1582) dépose le dernier shôgun Ashikaga. C’est la fin du shôgunat de Muromachi
1592 Hideyoshi Toyotomi 豊臣 秀吉 (1536-1598) attaque la Corée qui refuse de payer tribut au Japon et qui s’oppose au passage des troupes japonaises en marche pour renverser la dynastie chinoise Ming. L’affaire aboutit à un échec. Parmi les prisonniers coréens déportés au Japon se trouvent des artistes qui contribueront à introduire de nouvelles techniques (céramiques, agriculture, imprimerie)
1600 Victoire à Sekigahara 関ヶ原 de Tokugawa Ieyasu 徳川家康 (1543-1616) sur les partisans de Toyotomi Hideyori 豊臣 秀頼 (1593-1615), fils de Toyotomi Hideyoshi.
1615 Seconde bataille d’Osaka où Tokugawa Ieyasu défait Toyotomi Hideyori qui est contraint de se donner la mort.


1603-1867 : période d’Edo 江戸時代

avec le bakufu (shogunat) des Tokugawa 徳川幕府 (le fondateur étant Tokugawa Ieyasu 徳川家康)

1609 Avec l’aval des Tokugawa, le clan Shimazu 島津氏 (daimyô 大名 de Satsuma 薩摩国) envoie un corps expéditionnaire contre le royaume de Ryûkû 琉球王国 (maintenant préfecture d’Okinawa) et le contraint à payer le tribut au Japon. Le Ryûkû permet à Satsuma et au bakufu de s’enrichir grâce au commerce avec la Chine.
1633-1639 mise en place de la politique de fermeture du pays sakoku 鎖国 par le Tokugawa Iemitsu (appelée aussi politique d’« interdiction des mers », kaikin 海禁 ). Les navires portugais sont interdits de port au Japon. Il est interdit de construire des bateaux de haute mer ou de voyager à l’étranger. Seuls les navires chinois et hollandais reçoivent l’autorisation d’aborder le Japon, et seulement dans le port de Nagasaki.
1637 révolte de Shimabara 島原, lois obligeant les familles à s’inscrire dans un temple bouddhiste (système dit du 檀家制度 danka seido)
1654 Le chinois émigré Ingen fonde le Manpuku ji à Uji, monastère zen de l’école Obaku. Le monastère devient un centre de diffusion de la culture Ming (dynastie Ming 明 tombée en 1644, les Ming du sud résistant jusqu’en 1662) et Qing (dynastie 清朝 1644-1912)
1657 Tokugawa Mitsukuni 徳川 光圀 (1628-1701), daimyô 大名 de Mito 水戸, finance l’histoire monumentale des empereurs du Japon, 『大日本史』 dainihon shi. Elle commence avec le premier empereur 神武天皇 et se termine avec le 100e empereur Go-Komatsu 後松天皇 [7]. L’école de Mito développe la notion de respect de l’Empereur sonnô 尊皇.
1657 mort de Hayashi Razan 林 羅山 (né en 1583). Conseiller de 4 shôguns Tokugawa, il a mis son savoir néo-confucéen orthodoxe au service du bakufu. Il fonde un syncrétisme shintô-confucéen appelé Ritō Shinchi Shintō 「理当心地神道」, tout en rejetant le bouddhisme [8]
1682 mort de Yamazaki Ansai 山崎 闇斎 (1619-1682), partisan du shintô confucéen juka shintô 儒家神道
1687-1690 édition du Man’yō Daishōki 万葉集大匠記 par Keichū 契沖 (1640-1701). Moine bouddhiste shingon, il a été soutenu dans son édition critique du Man yôshû 万葉集 par le Tokugawa Mitsukuni. 徳川 光圀 (1628-1701). Keichû utilise les méthodes philologiques des études bouddhistes du sanskrit [9]. Il soutenait que, pour comprendre le mode de pensée ancien, il fallait suspendre les modes de pensée de son temps. Selon lui, le mode de pensée actuel était empêché par des concepts étrangers aux anciens qui empêchaient d’éprouver leur spontanéité naïve de l’affectivité [10]
1694 mort de Yoshikawa Koretaru 吉川惟足(1616-1694) fonde le suika shintô 垂加神道 en synthétisant le (néo) confucianisme shushigaku 朱子学 tout en en rejetant certains points : par exemple, l’empereur tennô 天皇du Japon du fait de sa lignée remontant au kami solaire, ne peut perdre le mandat du ciel, quelles que soient sa dignité et sa capacité personnelles.
1699 Kada Azumamaro 荷田 春満 (1669-1736) s’installe à Edo. Issu d’une famille de prêtres shintô du sanctuaire Fushimi Inari Taisha 伏見稲荷大社 de Kyôto, influencé par l’exemple de Ogyu Sorai, un savant confucéen prônant l’étude exégétique des textes anciens, Azumamaro est à l’origine des "Études nationales" kokugaku 国学 . Il est considéré comme le fondateur de ce mouvement avec le moine Keichû. Il étudie le Man’yôshû et aussi les norito 祝詞, les prières rituelles shintô. S’il rejette le confucianisme, sa pensée contient des éléments taoïstes. Kamo no Mabuchi 賀茂真淵(1697-1769) est l’un de de ses disciples.
1703 Le confucéen Ogyû Sorai 荻生 徂徠 (1666-1728) conseille le shôgun Tokugawa Tsunayoshi 徳川綱吉 concernant l’affaire des 47 rônin 浪人. Il considère qu’ils ont accompli leur devoir privé mais qu’ils ont enfreint la loi publique. Les 46 rônin sont condamnés au seppuku 切腹, "couper le ventre" (le 47e n’ayant pas participé à l’attaque, n’a pas été condamné).

Sorai, influencé par l’école kobunji 古文辞 du chinois Li Panlong 李攀竜 (1514-1570), entend retrouver la compréhension de la Voie des Anciens en remontant à la lecture originelle des Classiques confucéens, lecture débarrassée des lectures ultérieures des néo-confucéens

1725 mort de Arai Hakuseki 新井白石
1738 Kamo no Mabuchi 賀茂真淵 (1697-1769), disciple de Kada Azumari, s’installe à Edo après la mort de son maître en 1736. Lui aussi issu d’une famille de prêtres shintô, il considère que le Man’yôshû est un exemple de littérature japonaise exempt d’influences étrangères : il y voit une poésie sans artifice qui exprime virilement et naturellement des émotions saines, à la différence de la poésie ultérieure altérée par le bouddhisme et le confucianisme. Il exprime son idéal du coeur élevé et droit 高く直き心 takaku naoki kokoro des anciens. Citons-le :


"Le Japon des anciens temps était gouverné selon les lois naturelles de Ciel et Terre. On ne s’adonnait jamais à ces raisonnements mesquins qui caractérisaient la Chine et qui se sont généralisés dans le pays quand les gens d’ici se sont laissés abusés dans leur naïveté en les prenant pour la vérité" [11]

1763 Mabuchi rencontre Motoori Norinaga 本居宣長 sur le chemin du retour d’Ise 伊勢, à Matsusaka 松坂. Bien que les deux hommes ne se soient rencontrés qu’une nuit, Norinaga deviendra son disciple.
1764 Motoori Norinaga 本居宣長 (1730-1801), disciple de Mabuchi, commence son grand œuvre, le commentaire du Kojiki, le Kojikiden 古事記伝, qu’il terminera en 1798. Dans sa jeunesse, il a été formé entre autres par le néo-confucéen Hon Keizan (1688-1757) qui connaissait les oeuvres de Keichû et qui correspondait avec le confucéen Ogyû Sorai. Norinaga a cherché à retrouver le shintô débarrassé des influences chinoises (désignées par le 漢意 karagokoro, "le coeur des Han") en partant d’études philologiques. Il est à l’origine de l’idée de canon des écritures shintô.

Norinaga a défendu le " Dit de Genji" Genji no mongatari 源氏物語 contre une critique des "Études nationales" qui lui reprochait son manque de virilité. Pour ce faire, Norinaga développe une théorie de la littérature fondée sur le mono no aware 物の哀れ, la "sensibilité compatissante pour les choses [dont les êtres humains]", fondée sur leur fragilité et leur évanescence.

Norinaga considère que la littérature japonaise vise essentiellement à provoquer cette "pitié pour les choses", indépendamment de toute considération morale.


"On peut comparer la visée du Dit de Genji à un homme qui, dans son amour des fleurs de lotus, se met à accumuler de la boue et de l’eau sale afin de les cultiver. La boue impure des passions illicites que décrit le Dit de Genji ne s’y trouve pas pour qu’on la loue mais pour nourrir la fleur de la compassion consciente pour l’existence humaine (mono no aware)" [12]

En développant cette théorie esthétique, Norinaga suit la logique des Études nationales qui entendent revenir à une affectivité simple et saine originaire, par opposition aux altérations moralisantes et rationalisantes attribuées aux doctrines étrangères venues du continent.
1771 Motoori Norinaga publie 直霊 Naobi no mitama [13] qui résume sa conception de la mythologie japonaise. Selon lui, les kami gouvernent le monde d’une manière qui échappe à l’entendement humain, ce qui rend vain les prétentions du bouddhisme et du confucianisme à raisonner le monde. [Kodansha, art. Kokugaku]
1798 Motoori Norinaga 本居宣長 publie le kojikiden 古事記伝 Il y définit les kami de la manière suivante :


« Pour commencer, on peut dire que le terme de kami renvoie à l’ensemble des êtres divins, célestes et terrestres, qui apparaissent dans les classiques ;

il se rapporte aussi aux esprits qui demeurent dans les sanctuaires consacrés. De plus, tout ce qui apparaît comme impressionnant, tout ce qui s’impose comme excellent, et qui inspire un sentiment de crainte, oiseaux, bêtes, arbres, plantes, montagnes, océans, sans compter les êtres humains, tout cela peut être désigné comme kami ».

Norinaga fait reposer la grandeur unique du Japon et de son empereur sur le kojiki pris au pied de la lettre.


"La lignée impériale de notre pays qui répand sa lumière sur ce monde descend de la déesse du soleil qui illumine. En accord avec son mandat d’une gouvernance "de toujours à toujours qui durera autant que Ciel et Terre", la destinée de la lignée impériale est de diriger le pays jusqu’à la fin des temps tant que l’univers existera. Voilà le principe de notre Voie. Le fait que dans notre histoire, nous n’ayons pas dévié des instructions du mandat divin rend témoignage à l’infaillibilité de notre antique tradition. Cela explique aussi que les nations étrangères ne peuvent pas rivaliser avec la nôtre en même temps que cela explicite le sens de l’octroi spécial fait à notre pays." [14]

1825 Aizawa Seishisai 会沢 正志斎 (1781-1863) de l’école Mito écrit la "nouvelle thèse" shinron 新論. Il y développe le concept de kokutai 国体, la "politique nationale" qui est selon lui menacé par les influences étrangères (occidentales). Il emploierait la formule Sonnō jōi 尊皇攘夷, "vénérer l’Empereur, expulser les barbares" dans le sens d’une vénération de l’Empereur par le bakufu et l’expulsion des barbares comme le rejet du christianisme venu d’Occident, sens qui changera par la suite [15].
1841 Le shogunat confine Hirata Atsutane 平田篤胤(1776-1843) dans son domaine natal. Il lui reproche ses critiques contre le bouddhisme et le confucianisme, ainsi que sa promotion de la figure impériale. Atsutane, disciple posthume de Motoori Norinaga, est partisan du « shintô ressuscité » fukko shintô 復古神道, le shintô débarrassé des syncrétismes successifs entre shintô et bouddhisme.

Atsutane fait partie des 4 grands des « Études nationales » 国学の四大人 [16], à savoir Kada Azumamaro 荷田春満 - Kamo no Mabuchi 賀茂真淵 - Motoori Norinaga 本居宣長 et Hirata Atsutane 平田篤胤.

Atsutane développe la tendance idéologique nationaliste du kokugaku en soulignant la centralité du Japon parmi les nations.


"Ce sont les dieux qui ont formé toutes les terres du monde lors de la Création et ces dieux sont tous nés sans exception au Japon. Il s’ensuit que le Japon est la terre natale des dieux et c’est pourquoi le Japon s’appelle le pays des dieux. Ce point indiscutable relève de la foi répandue dans le monde entier.

Comme ses prédécesseurs, Atsutane loue l’esprit japonais ancien, réputé spontanément bon et droit :

"Les Japonais de l’ancien temps pratiquaient tous constamment et correctement les vertus comme celle que les Chinois appellent l’humanité, la droiture, les cinq vertus cardinales, sans éprouver le besoin de leur donner un nom ni de les enseigner. Il n’y avait pas de Voie à élaborer. Telle est la qualité essentielle du Japon, qui montre de superbe manière la supériorité du Japon par rapport à tous les autres pays du monde" [17]

1850 mort de Munetada Kurozumi (1780-1850). Il a fait l’expérience mystique d’une fusion avec le kami solaire Amaterasu et fondé ensuite une nouvelle école shintô.
1853 (8 juillet) Le commodore Matthew Perry rend visite au Japon avec quatre navires de guerre américain, les « bateaux noirs » kurofune 黒船. C’est le début de la période dite de la "fin du Bakufu", 幕末 bakumatsu (1853-1867)
1854 lors de sa seconde visite, le commodore Perry obtient la signature d’un « Traité de paix et d’amitié » du shôgun 将軍, mais non de l’Empereur. C’est le premier des traités entre le Japon et les cinq puissances occidentales : ces « traités inégaux » provoquent l’hostilité des Japonais : « réverer l’Empereur, expulser les barbares », sonnô jôi 尊皇攘夷 devient le mot d’ordre des opposants.
1856-1860 seconde guerre de l’opium menée par des puissances occidentales contre la Chine
1859 Yoshida Shôin 吉田松陰 (né en 1830 dans le Chôshû) est condamné à mort et exécuté. Il avait comploté pour assassiner Manobe Norikatsu (間部詮勝), un conseiller du régent 大老 tairō Ii Naosuke 井伊直弼 qui avait signé l’accord de commerce Harris de 1858 avec les États-unis sans l’accord de l’Empereur [18].
1860 Le régent Li Naosuke est assassiné par des assaillants loyalistes de Mitô
1863 Le 11 mars, le 121e empereur Kômei 孝明天皇 ordonne au shôgun Tokugawa Iemochi 徳川 家茂 (1846-1866) d’expulser les barbares 攘夷勅命 jôi jikkô no chokumei.
1863 La marine anglaise bombarde Kagoshima 鹿児島市 dans la province de Satsuma 薩摩国
1864 Les marines occidentales bombardent Shimonoseki 下関 (Japon) de la province du Chôshû 長州藩

Suite : Le shintô 神道 - de la restauration impériale de 1868 à nos jours

[1(il sera inclus dans la liste des empereurs au 85e rang sous le nom de Chûkyô 仲恭天皇 pendant l’ère Meiji en 1870

[2voir Ryusaku Tsunoda, Wm. Theodore de Bary, Donald Keene, eds., Sources of Japanese Tradition, New York : Columbia University Press, 1958, p.279 et aussi l’article Jinnô Shôtôki dans Wikipedia

[4Kanemoto distingue trois types de shintô :

  1. le honjaku engi shintô, reprenant les différents sanctuaires locaux et les rites et légendes associées
  2. le ryôbu shintô, qui associe le bouddhisme shingôn au shintô : les sanctuaire intérieur et extérieur d’Ise correspondent aux deux mandalas du shingon
  3. le gempon sogen shintô, le shintô de la source originelle, c’est-à-dire le Yoshida shintô qui pose un kami suprême, originel et originaire, précédent tout et immanent à tout. Kanemoto identifie cette divinité à Kuni no kotachi no kami qui est mentionné dans le kojiki et le Nihongi.

voir article Yoshida dans le Kodansha. Voir aussi la traduction par Allan G. Grappard dans la revue Monumenta Nipponica, Vol. 47, No. 2 (Summer, 1992), pp. 137-161

[5voir Sources of Japanese Tradition qui traduit en anglais le Yuiitsu shintō myōbō yōshū 唯一神道名法要集, "les essentiels du shintô unique" de Yoshida Kanemoto

[6ce département sera remplacé en 1946 par l’association des sanctuaires shintô 神社本庁 Jinja Honchō, qui a un statut privé

[7Il règne de 1392 à 1412. Faisant partie de la Cour du Nord déclarée illégitime par un décret de Meiji en 1911, la part de son règne antérieure à 1392 n’est pas incluse dans la chronologie officielle

[8Voir sa théorie des trois regalia, des trois divins trésors du Japon, 「三種の神器」 comme symboles des 3 vertus cardinales confucéennes 「三徳の象徴」

"Le miroir représente la sagesse, l’épée le courage et les bijoux l’humanité. Quand ils se trouvent dans le cœur de l’homme, nous les appelons sagesse, courage et humanité 智・勇・仁. Quand il s’agit d’objets, nous les appelons miroir, épée et bijoux 鏡・剣・玉".


(traduction par nous d’une citation dans Yodhisa Shôin, Forerunner of the Meiji restoration, H. Van Straelen svd, Leiden, E.J. Brill 1952, 149 p.)

[9encyclopédie shintô art. Kokugaku

[10voir encyclopédie kodansha art. kokugaku

[11voir Sources of Japanese Traditions

[12Traduction de Sources of Japan Traditions

[14notre traduction de Sources of Japan Traditions

[15cf. Wikipédia article Sonnô joi"

[16notion des 4 grands développée par Ōkuni Takamasa 大国隆正 (1792-1871), un des disciples d’Atsutane

[17traduction de Sources of Japan Traditions

[18voir la biographie de Yoshida Shôin


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