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Shinran (1173-1263) et Hônen (1133-1212) - Quand le disciple va plus loin que le maître

samedi 8 novembre 2014 par Phap

Sommaire général

1. Les auteurs et les textes majeurs du bouddhisme de la Terre Pure
2. La naissance dans la Terre Pure - le point d’arrivée
3. La naissance dans la Terre Pure - le point de départ
4. La naissance dans la Terre Pure - La trajectoire du départ à l’arrivée
5.

Shinran (1173-1263) et Hônen (1133-1212) - Quand le disciple va plus loin que le maître

6. Le concept de Terre Pure dans divers sutras du "Grand Véhicule"
7. Trois objections bouddhistes faites au courant de la Terre Pure
8. Quand Shandao 善導 (613-681) répond à l’objection fondamentale contre la Terre Pure

1§ Hônen applique aux pratiques une « triple élimination successive » [1] pour ne retenir que l’invocation du Nom (du Buddha Amida) 稱名 [2] :

  1. élimination de la méthode de la Voie des Saints pour ne retenir que la méthode de la Terre Pure ;
  2. à l’intérieur de la méthode de la Terre Pure, élimination des « pratiques mélangées » 雜行 (combinant les pratiques de la Terre Pure avec celles de la Voie des Saints) pour ne retenir que la pratique propre 正行 de la Terre Pure ;
  3. à l’intérieur des cinq pratiques propres 正行 [3] de la Terre Pure, élimination des quatre « actes auxiliaires » 助業 pour ne retenir que l’ « acte de vraie fixation » 正定業, l’invocation du Nom (du Bouddha Amida) 稱名 shômyô.

2§ Hônen appelle cet acte la pratique du nembutsu (jaculatoire) « exclusive » 専 [4] et « de manière unidirectionnelle » 一向 [5] ; pour Hônen, en ces temps de la Décadence de la Loi, elle seule peut assurer la naissance dans la Terre Pure.

3§ La classification de Shinran [6] n’aboutit pas à une pratique comme pour Hônen, mais à une « foi », plus exactement la « foi joyeuse » 信樂 produite par le pouvoir du Vœu d’Amida [7].

La différence dans le point d’arrivée provient de ce que Shinran établit sa classification en fonction de la problématique du « Pouvoir Autre », 他力 tariki, qu’il reprend de Tanluan : faire confiance (comme Hônen) à la pratique du Nembutsu, c’est encore compter sur son "propre pouvoir", sur son 自力 jiriki.
Pour Shinran, le Nembutsu n’est pas une pratique qui provoquerait un effet salvifique mais une expression de la gratitude de l’adepte qui se sait déjà « sauvé » [8].

4§ Shinran va donc plus loin que son maître Hônen dans le développement du « Pouvoir Autre », amenant ainsi ce concept à son potentiel maximum.
Nous pouvons récapituler ce dépassement du maître par le disciple en reprenant un passage fameux du Tannisho  : là où d’aucuns (dont Hônen, d’après Ducor [9]) disent :

« Même les mauvais vont naître dans la Terre Pure, à plus forte raison les bons »,

Shinran inverse la proposition :

“Même les bons vont naître dans la Terre Pure, à plus forte raison les mauvais !“.
善人なほもつて往生をとぐ、いはんや悪人をや。 [10]

5§ Bien que paradoxale en apparence, cette proposition accomplit la logique du « Pouvoir Autre » : les bons contrecarrent la puissance du Vœu d’Amida par leurs « calculs », par leur confiance dans leur propre force – mais telle est la puissance de ce Vœu qu’il peut surmonter leur orientation faussée.
A fortiori, le Vœu fera naître dans la Terre Pure (d’Amida) les mauvais, c’est-à-dire ceux qui ne peuvent compter que sur le Pouvoir Autre d’Amida, étant complètement dépourvus de force pour « s’en sortir » par eux-mêmes.


Extrait du mémoire de Master soutenu à l’Institut Catholique de Paris, intitulé : "La naissance dans la Terre Pure du Buddha Amida - La saisie par un autre ou la sortie du régime de la nécessité".


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© esperer-isshoni.info - novembre 2014

[1Pour la traduction de la triple élimination, voir Hônen, Le gué…, op. cit. p.197, correspondant au chinois T.83,2608,19a1-5.

[2称名 en caractères modernes, shômyô jap.

[3Le senchaku liste les cinq pratiques propres : « i. la pratique propre de la déclamation des sutra ; ii. la pratique propre de la contemplation ; iii. la pratique propre de la vénération ; iv. la pratique propre de la prononciation du nom 稱名 ; v. la pratique propre des louanges et des offrandes. » Hônen, Le gué ..., op. cit., p. 61-62. Ducor traduit : 一讀誦正行。二觀察正行。三禮拝正行。四稱名正行。五讃歎供養正行也。(T.83,2608,3a6-7).

[4Ducor choisit de traduire 專 par « exclusif » ou « exclusivement ». Blum préfère traduire 專 (sen jap.) par « wholeheartedly  » « de tout son cœur » ou « with single-minded devotion » « avec une dévotion uniquement concentrée sur son objet » - BLUM, Mark L., The Origins and Development of Pure Land Buddhism, …, op. cit., n.18 p. 19.
Blum justifie cette traduction en signalant qu’Hônen applique aussi 專 à la pratique de la révérence 禮 (rai jap.) et à celle de la récitation des sutra 讀誦 (dokuju jap.) : 專ne renverrait donc pas à une « exclusivité » qui exclurait les autres pratiques, d’après Blum.

[5L’expression一向專修念佛 (ikkô senshû nembutsu jap.) ne figure pas dans le senchaku  ; on y trouve par contre 9 occurences de 一向專念.
Shandao utilise une seule fois la combinaison 一向專 dans son Commentaire, quand il écrit : 一向專稱彌陀佛名(comme dit plus haut, ce passage a été déterminant dans l’évolution de la pensée de Hônen).
Ducor choisit de traduire 一向par « manière unidirectionnelle », comme dans le passage cité dans Hônen, Le gué.., op. cit. p.97-98, où Hônen explique qu’en Inde, « les monastères du Grand et du Petit Véhicule sont qualifiés d’unidirectionnels » quand ils ne pratiquent qu’un véhicule (le chinois dit : 大小兩寺有一向之言T.83,2608,7b4 ).

[6Pour mémoire, Shinran classe les enseignements selon deux axes : (vertical 竪– de travers 横) et (sortie 出 – transcendance 超) dans le KGSS.
Le moment de la foi correspond à la « transcendance de travers », « crosswise transcendence  », 横超(ôchô jap.) d’après KGSS : « Quand nous obtenons la Vraie Foi à la dureté du diamant, nous transcendons de travers 横超 les cinq mauvais royaumes et les huit conditions contraires… »
(Nous traduisons Inagaki : « When we acquire the Diamond-hard True Faith, we transcend crosswise the five evil realms and the eight adverse conditions.. »
- Le chinois dit : 獲得金剛眞心者。横超五趣八難道。T.83,2646,607b20-21)

[7Le chinois du KGSS dit : 願力迴向之信樂 (T.83,2646,606c11).
Inagaki le traduit par : « Joyful Faith endowed to us by the Vow-Power  », soit en français traduit par nous : « la foi joyeuse qui nous est conférée par le Pouvoir du Vœu ».

[8Le sentiment de gratitude fait partie du huitième « des dix bénéfices [益] qui accompagnent le premier moment de la foi » (GIRA Dennis A., Le sens de la conversion, op. cit. n.25 p.222-223)

[9Cf. Tannisho, n.39 p.53

[10Tannisho, III p.14


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