Esperer-isshoni.info

La parabole bouddhiste des aveugles et de l’éléphant (français, English, pali)

jeudi 6 février 2014

La parabole des aveugles et de l’éléphant est souvent utilisée pour critiquer les doctrinaires, ceux qui érigent leur point de vue particulier en vérité universelle. Mais a-t-on bien lu la parabole dans son entier ?
Nous n’en sommes pas convaincus, d’où cet article.

Une lecture parasitée du sutra

La parabole est bien connue : des aveugles de naissance tâtent un éléphant, puis chacun d’eux identifie la partie tâtée à l’éléphant tout entier.
« un éléphant ressemble à une jarre » dit celui qui a tâté la tête ; « un éléphant ressemble à un balai » dit celui qui a tâté la touffe de la queue, etc...

La leçon de base est simple : il faut se garder d’identifier son propre point de vue, nécessairement limité et partiel, à la réalité globale. Cela évite le ridicule des doctrinaires et des fanatiques, persuadés d’avoir chacun LA vérité et qui se disputent sans fin

  • sans fin parce qu’en fait, chacun est en possession d’une partie de la vérité,
  • et que donc tous ont raison quant à ce qu’ils ont expérimenté chacun de son côté
  • et tous ont tort quand ils prétendent réduire la réalité totale à leur expérience fragmentaire.

L’autre leçon pourrait être qu’une fois que chacun a accepté d’avoir une partie seulement de la vérité, chacun peut ensuite admettre que les autres ont eux aussi une partie de la vérité, et donc entretenir avec les autres un respect mutuel ; plus même, les chercheurs de vérité peuvent se mettre ensemble et essayer de reconstituer la figure totale du puzzle dont chacun a une partie. La vérité ne serait pas alors possédée par l’un des chercheurs, en excluant les autres de sa jouissance, non, elle serait ce qui adviendrait après un travail collectif, une mise en commun de la part de vérité de chacun.

Deux belles leçons, qui consonent avec notre époque. Elles vont bien dans le sens du refus des sectarismes, avec leur cortège insupportable de violences faites aux consciences et aux corps ; elles vont bien dans le sens du désir toujours plus fort d’une humanité réconciliée, qui travaille ensemble, à partir de différences reconnues et valorisées, à un monde plus juste et plus fraternel, une humanité où chaque nation dit à l’autre : « j’ai besoin de toi pour apprendre toujours plus ce que c’est que d’être un homme sur la terre et sous le ciel – comme toi aussi tu as besoin de moi, car chacun de nous à lui seul n’épuise pas toutes les potentialités de l’humain ».

Elles sont bien belles, ces deux leçons, et nous leur donnons notre assentiment.

Mais il y a un hic.

Ces deux leçons résultent d’une lecture biaisée de la parabole. Notre lecture est parasitée par nos problématiques d’hommes du XXIe siècle et elle nous fait trouver dans le sutra bouddhiste des choses qui n’y sont pas.

Le Bienheureux, bhagavad, c’est-à-dire le Bouddha Sakyamuni, ne dit pas qu’il est lui-même aveugle. Il ne dit pas qu’il n’a qu’un point de vue partiel.
Dans la parabole, le roi  [1] sait ce qu’est un éléphant, de même que le Bouddha Sakyamuni sait ce qu’est le Dharma et ce qu’il n’est pas ; la version chinoise du sutra explicite d’ailleurs le Dharma comme les Quatre Nobles Vérités  [2].
Quand le Bouddha Sakyamuni parle, c’est d’un autre plan que celui où se disputent ceux qui ne savent pas, brahmanes, samnyasin et ermites : il a la vision d’ensemble, ce qui lui permet de dire que les autres - par autres, il faut entendre les écoles non bouddhistes si l’on en croit le sutra aussi bien en pâli qu’en chinois - ne l’ont pas.

Voilà pourquoi il est bon de ne pas lire une version tronquée de la parabole : se contenter de la version tronquée, c’est conforter ce que l’on veut croire sur une base fragile, c’est construire sur du sable. C’est se comporter en aveugle.

Cher lecteur, chère lectrice, lisez donc ci-dessous la version entière du sutra.


© esperer-isshoni.fr, juillet 2011


Le texte du sutra

sutra 6.4 intitulé Paṭhama nānātitthiya suttaṃ en pâli, dans l’Udana, le 3° livre du Khuddaka Nikaya, l’une des cinq collections de la Sutta Pitaka, la corbeille des sutra.

pâli  [3] français  [4] anglais  [5]
Evaṃ me sutaṃ : ekaṃ samayaṃ bhagavā sāvatthiyaṃ viharati, jetavane anāthapiṇḍikassa ārāme. Tena kho pana samayena sambahulā nānātitthiyā samaṇabrāhmaṇa1 paribbājakā sāvatthiyaṃ [PTS Page 067] paṭivasanti, nānādiṭṭhikā nānākhantikā nānārucikā nānādiṭṭhinissayanissitā. Ainsi ai-je entendu. Le Bienheureux bhagavā se trouvait une fois près de Savatthi, dans le bosquet de Jeta, au monastère viharati d’Anathapindika. A ce moment-là, beaucoup de brahmanes, d’ermites et de pèlerins de différentes écoles vivaient aux environs de Savatthi ; tous tenaient des opinions et des croyances divergentes entre elles dont ils se servaient pour justifier des visions elles aussi différentes. I have heard that on one occasion the Blessed One was staying near Savatthi, in Jeta’s Grove, Anathapindika’s monastery. Now at that time there were many priests, contemplatives, and wanderers of various sects living around Savatthi with differing views, differing opinions, differing beliefs, dependent for support on their differing views.
Santeke samaṇabrāhmaṇā evaṃvādino evaṃdiṭṭhino ’sassato loko idameva saccaṃ moghamañña’nti. (1) Santi paneke samaṇabrāhmanā evaṃvādino evaṃdiṭṭhino ’asassato loko idameva saccaṃ moghamañña’nti. (2) Santeke samaṇabrāhmaṇā evaṃvādino evaṃdiṭṭhino ’antavā loko idameva saccaṃ moghamañña’nti. (3) Santi paneke samaṇabrāhmanā evaṃvādino evaṃdiṭṭhino ’ anantavā loko idameva saccaṃ moghamañña’nti (4) Certains prétendaient que l’univers loko est éternel sassato, et que cela seul est vrai ; tout le reste est sans intérêt. Certains prétendaient que l’univers n’est pas éternel, (..) Certains prétendaient que l’univers est fini antavā(…) . Certains prétendaient que que l’univers est infini (…) Some of the priests and contemplatives held this view, this doctrine : "The cosmos is eternal. Only this is true ; anything otherwise is worthless." Some of the priests and contemplatives held this view, this doctrine : "The cosmos is not eternal"... "The cosmos is finite"... "The cosmos is infinite"...
Santeke samaṇabrāhmaṇā evaṃvādino evaṃdiṭṭhino ’ taṃ jīvaṃ taṃ sarīraṃ idameva sacacaṃ moghamañña’nti. (5) Santi paneke samaṇabrāhmaṇā evaṃvādino evaṃdiṭṭhino ’aññaṃ jīvaṃ aññaṃ sarīraṃ idameva saccaṃ moghamañña’nti. (6) Certains prétendaient que l’âme et le corps sont identiques (..) Certains prétendaient que l’âme jīvaṃ est une chose et le corps sarīraṃ une autre (..) "The soul and the body are the same"... "The soul is one thing and the body another"...
Santeke samaṇabrāhmaṇā evaṃvādino evaṃdaṭṭhino ’hoti tathāgato parammaranā idameva saccaṃ meghamañña’nti (7) Santi paneke samaṇabrāhmaṇā evaṃvādino evaṃdaṭṭhino ’hoti tathāgato parammaranā idameva saccaṃ meghamañña’nti (8) Santi paneke samaṇabrāhmaṇā evaṃvādino evaṃdaṭṭhino ’hoti ca na hoti ca tathāgato parammaranā idameva saccaṃ meghamañña’nti (9) Santi paneke samaṇabrāhmaṇā evāvādino evaṃdiṭṭhino ’neva hoti ca, na na hoti tathāgato parammaraṇā idameva saccaṃ moghamañña’nti. (10) Certains prétendaient qu’un Tathagata existe après la mort (…). Certains prétendaient qu’un Tathagata n’existe pas après la mort (…). Certains prétendaient qu’un Tathagata à la fois existe et n’existe pas après la mort (…) Certains prétendaient qu’un Tathagata ni n’existe ni n’existe pas. Cela seul est vrai, le reste est sans valeur. "After death a Tathagata exists"... "After death a Tathagata does not exist"... "After death a Tathagata both does and does not exist"... "After death a Tathagata neither does nor does not exist. Only this is true ; anything otherwise is worthless."
Te bhaṇanejātā kalahajātā vivādāpannā aññamaññaṃ mukhasattīhi vitudantā viharanti ’ediso dhamo nediso dhammo, nediso dhammo ediso dhammo’ti. Et ils passaient leur temps à discuter, à se quereller et à se disputer. Ils se blessaient entre eux dans des combats verbaux, en disant tour à tour : « Le Dhamma est comme ceci, il n’est pas comme cela. Le Dhamma n’est pas comme cela, il est comme ceci ». And they lived arguing, quarreling, and disputing, wounding one another with weapons of the mouth, saying, "The Dhamma is like this, it’s not like that. The Dhamma’s not like that, it’s like this."
2. Atha kho sambahulā bhikkū pubbanhasamayaṃ nivāsetvā pattacīvaramādāya sāvatthiṃ piṇḍāya pavisuṃsu. Sāvatthiyaṃ piṇḍāya caritvā pacchābhattaṃ piṇḍapātapaṭikkantā yena bhagavā tenupasaṅkamiṃsu, upasaṅkamitvā bhagavantaṃ abhivādetvā ekamantaṃ nisīdiṃsu, Ainsi, alors que c’ était tôt le matin, un grand nombre de moines bhikkū, revêtus du pagne et de la toge et munis de leur bol à aumônes, était sorti pour une tournée d’aumônes dans Savatthi. A la fin de la tournée, après le repas, ils allèrent voir le Bienheureux. A leur arrivée, après s’être inclinés, ils s’assirent de côté. Then in the early morning, a large number of monks, having put on their robes and carrying their bowls and outer robes, went into Savatthi for alms. Having gone for alms in Savatthi, after the meal, returning from their alms round, they went to the Blessed One and, on arrival, having bowed down to him, sat to one side.
ekamantaṃ nisinnā kho te bhikkhū bagavantaṃ etadavocuṃ : idha bhante, sambahulā nānātitthiyā samaṇabrāhmaṇa1 paribbājakā sāvatthiyaṃ paṭivasanti nānādiṭṭhikā nānākhantikā nānārucikā nānādiṭṭhinissayanissitā. (…) Te bhaṇanejātā kalahajātā vivādāpannā aññamaññaṃ mukhasattīhi vitudantā viharanti ’ediso dhamo nediso dhammo, nediso dhammo ediso dhammo’ti. Ainsi assis, ils dirent au Bienheureux : « Seigneur, beaucoup de brahmanes, d’ermites et de pèlerins de différentes écoles vivent aux environs de Savatthi ; tous tenaient des opinions et des croyances divergentes entre elles dont ils se servaient pour justifier des visions elles aussi différentes (…) Et ils passent leur temps à discuter, à se quereller et à se disputer. Ils se blessent entre eux dans des combats verbaux, en disant tour à tour : « Le Dhamma est comme ceci, il n’est pas comme cela. Le Dhamma n’est pas comme cela, il est comme ceci ». As they were sitting there, they said to the Blessed One : "Lord, there are many priests, contemplatives, and wanderers of various sects living around Savatthi with differing views, differing opinions, differing beliefs, dependent for support on their differing views... and they live arguing, quarreling, and disputing, wounding one another with weapons of the mouth, saying, ’The Dhamma is like this, it’s not like that. The Dhamma’s not like that, it’s like this.’"
3. Aññatitthiyā bhikkhave, paribbājakā andhā, acakkhukā, atthaṃ na jānanti anatthaṃ na jananti, dhammaṃ na jānanti, adhammaṃ [PTS Page 068] na jānanti. « Moines, les pèlerins mendiants des autres écoles sont aveugles et privés d’yeux. Ils ne connaissent ni ce qui est profitable atthaṃ ni ce qui est dommageable. Ils ne savent pas ce qu’est Dharma et ce que n’est pas Dharma. "Monks, the wanderers of other sects are blind and eyeless. They don’t know what is beneficial and what is harmful. They don’t know what is the Dhamma and what is non-Dhamma.
Te atthaṃ ajānantā anatthaṃ ajānantā, dhammaṃ ajānantā, adhammaṃ ajānantā bhaṇḍanajātā kalahajātā vivādāpannā aññamaññaṃ mukhasattīhā vitudantā viharanti : ’ediso dhammo kediso dhammo, nediso dhammo ediso dhammo’ti. Ne connaissant ni ce qui est profitable ni ce qui est dommageable., ne sachant pas ce qu’est Dharma et ce que n’est pas Dharma, ils passent leur temps à discuter, à se quereller et à se disputer. Ils se blessent entre eux dans des combats verbaux, en disant tour à tour : « Le Dhamma est comme ceci, il n’est pas comme cela. Le Dhamma n’est pas comme cela, il est comme ceci ». Not knowing what is beneficial and what is harmful, not knowing what is Dhamma and what is non-Dhamma, they live arguing, quarreling, and disputing, wounding one another with weapons of the mouth, saying, ’The Dhamma is like this, it’s not like that. The Dhamma’s not like that, it’s like this.’
4. Bhūtapubbaṃ bhikkhave, imissāyeva sāvatthiyā aññataro rājā ahosi. Atha kho bhikkhave, so rājā aññataraṃ purisaṃ āmantesi : ehi tvaṃ ambho purisa, yāvatakā sāvatthiyā jaccandhā te sabbe ekajjhaṃ sannipātehī’ti. ’Evaṃ devā’tikho bhikkhave, so puriso tassa rañño paṭissutvā yāvatakā sāvatthiyā jaccandhā, te sabbe gahetvā yena so rājā tenupasaṅkami, upasaṅkamitvā taṃ rājānaṃ etadavoca : ’sannipātitā kho te deva, yāvatakā sāvatthiyaṃ jaccandhā’ta. « Un jour, à Savatthi même, il y eut un roi qui dit à un de ses hommes : « Rassemblez tous les aveugles de naissance de Savatthi ». « A vos ordres, votre majesté » répondit l’homme. Ayant réuni tous les aveugles de naissance de Savatthi, il alla dire au roi : « Votre majesté, tous les aveugles de naissance de Savatthi sont rassemblés ». "Once, in this same Savatthi, there was a certain king who said to a certain man, ’Gather together all the people in Savatthi who have been blind from birth.’" "’As you say, your majesty,’ the man replied and, rounding up all the people in Savatthi who had been blind from birth, he went to the king and on arrival said, ’Your majesty, the people in Savatthi who have been blind from birth have been gathered together.’
’ Tena hi bhaṇe, jaccandhānaṃ hatthiṃ dassehī’ti. ’Evaṃ devā’ti kho bhikkhave, so puriso tassa rañño paṭissutvā jaccandhānaṃ hatthiṃ dassesi. Ediso jaccandhā, hatthiti : « Très bien, maintenant montrez aux aveugles un éléphant ». « A vos ordres, votre majesté », répondit l’homme, et il montra un éléphant aux aveugles. "’Very well then, show the blind people an elephant.’ "’As you say, your majesty,’ the man replied and he showed the blind people an elephant.
Ekaccānaṃ jaccandhānaṃ hatthissa sīsaṃ dassesi. ’Ediso jaccandhā, hatthi’ti.
Ekaccānaṃ jaccandhānaṃ hatthissa kaṇṇaṃ dassesi, ’ediso jaccandhā, hatthi’ti.
Ekaccānaṃ jaccandhānaṃ hatthissa dantaṃ dassesi, ’ediso jaccandhā, hatthi’ti.
Ekaccānaṃ jaccandhānaṃ hatthissa soṇḍaṃ dassesi, ’ediso jaccandhā, hatthi’ti.
Ekaccānaṃ jaccandhānaṃ hatthissa kāyaṃ dassesi, ’ediso jaccandhā, hatthi’ti.
Ekaccānaṃ jaccandhānaṃ hatthissa pādaṃ dassesi, ’ediso jaccandhā, hatthi’ti.
Ekaccānaṃ jaccandhānaṃ hatthissa satthiṃ1 dassesi, ’ediso jaccandhā, hatthi’ti.
Ekaccānaṃ jaccandhānaṃ hatthissa naṅguṭṭhaṃ dassesi, ’ediso jaccandhā, hatthi’ti. Ekaccānaṃ jaccandhānaṃ hatthissa vāladhiṃ dassesi, ’ediso jaccandhā, hatthi’ti.
A certains des aveugles, il leur montra la tête de l’éléphant en disant : « Ceci, amis aveugles, est ce à quoi un éléphant ressemble ». A d’autres, il leur montra une des oreilles de l’éléphant en disant : « Ceci, amis aveugles, est ce à quoi un éléphant ressemble ». A d’autres, il leur montra une défense … la trompe … le corps … un pied … l’arrière train … la queue … la touffe à l’extrémité de la queue en disant : « Ceci, amis aveugles, est ce à quoi un éléphant ressemble ». To some of the blind people he showed the head of the elephant, saying, ’This, blind people, is what an elephant is like.’ To some of them he showed an ear of the elephant, saying, ’This, blind people, is what an elephant is like.’ To some of them he showed a tusk. .. the trunk. .. the body. .. a foot. .. the hindquarters. .. the tail. .. the tuft at the end of the tail, saying, ’This, blind people, is what an elephant is like.’
Atha kho bhikkhave, so puriso jaccandhānaṃ hatthiṃ dassetvā yena so rājā tenupasaṅkami. Upasaṅkamitvā taṃ rājānaṃ etadaveca : ’diṭṭho kho tehi deva, jaccandhehi hatthi, yassa’dāni devo kālaṃ maññasi’ti. Puis, après avoir montré l’éléphant aux aveugles, l’homme alla vers le roi et lui dit : « votre majesté, les aveugles ont vu l’éléphant. Vous pouvez agir maintenant comme vous l’estimez bon ». "Then, having shown the blind people the elephant, the man went to the king and on arrival said, ’Your majesty, the blind people have seen the elephant. May your majesty do what you think it is now time to do.’
5. Atha kho bhikkhave so rājā yena te jaccandhā tenupasaṅkami. Upasaṅkamitvā te jaccandhe etadavoca : ’diṭṭho vo jaccandhā hatthi’ti. ’Evaṃ deva, diṭṭho no hatthi’ti. Vadetha jaccandhā, ’ediso2 hatthi’ti. Alors le roi alla vers les aveugles et leur demanda : « Amis aveugles jaccandhā, avez vous vu l’éléphant hatthi ? « Oui, votre majesté. Nous avons vu l’éléphant ». « Alors dites moi, ô amis aveugles, à quo ressemble un éléphant ». "Then the king went to the blind people and on arrival asked them, ’Blind people, have you seen the elephant ?’ "’Yes, your majesty. We have seen the elephant.’ "’Now tell me, blind people, what the elephant is like.’
1. Yehi bhikkhave jaccandhehi hatthissa sīsaṃ diṭṭhaṃ ahosi, te evamāhaṃsu : ’ediso deva, hatthi, seyyathāpi kumho’ti. 2. Yehi bhikkhave jaccandhehi hatthissa kaṇṇo diṭṭho ahosi, te evamāhaṃsu, ’ediso deva hatthi seyyathāpi suppaṃ3’ti. 3. Yehi bhikkhave jaccandhehi bhatthissa danto diṭṭho ahosi, te evamāhaṃsu, ’ediso deva hatthi seyyathāpi phālo’ti, 4. yehi bhikkhave jaccandhehi hatthissa soṇḍo diṭṭho ahosi, te evamāhaṃsu, [PTS Page 069 ] ’]ediso deva hatthi seyyathāpi naṅgalīsā’ti. 5. Yehi bhikkhave jaccandhehi hatthissa kāyo diṭṭho ahosi, te evamāhaṃsu, ’ediso deva hatthi seyyathāpi koṭṭho’ti, 6. yehi bhikkhave jaccandhehi hatthissa pādo diṭṭho ahosi, te evamāhaṃsu, ’ediso deva hatthi seyyathāpi thūno’ti, 7. yehi bhikkhave jaccandhehi hatthissa satthi4 diṭṭho ahosi, te evamāhaṃsu, ’ediso deva hatthi seyyathāpi udukkhalo’ti, 8. yehi bhikkhave jaccandhehi hatthissa naṅguṭṭhaṃ diṭṭhaṃ ahosi, te evamāhaṃsu, ’ediso deva hatthi seyyathāpi musalo’ti, 9. yehi bhikkhave jaccandhehi hatthissa vāladhi diṭṭho ahosi, te evamāhaṃsu, ’ediso deva hatthi seyyathāpi sammajjanī’ti. . Les aveugles qui avaient touché la tête de l’éléphant répondirent : « Un éléphant, votre majesté, ressemble à une jarre ». Ceux qui avaient touché l’oreille répondirent : « Un éléphant, votre majesté, ressemble à un panier à vanner ». Ceux qui avaient touché une défense répondirent : Un éléphant, votre majesté, ressemble à une tige en acier ». Ceux qui avaient touché la trompe répondirent : Un éléphant, votre majesté, ressemble à une tige en acier ». Ceux qui avaient touché la trompe répondirent : Un éléphant, votre majesté, ressemble à la barre d’une charrue ». Ceux qui avaient touché le corps de l’éléphant répondirent : Un éléphant, votre majesté, ressemble à un grenier ». Ceux qui avaient touché le pied répondirent : Un éléphant, votre majesté, ressemble à un poteau ». Ceux qui avaient touché l’arrière-plan de l’éléphant répondirent : Un éléphant, votre majesté, ressemble à une auge ». Ceux qui avaient touché la queue répondirent : Un éléphant, votre majesté, ressemble à un pilon ». Ceux qui avaient touché la touffe de la queue répondirent : Un éléphant, votre majesté, ressemble à un balai ». "The blind people who had been shown the head of the elephant replied, ’The elephant, your majesty, is just like a water jar.’ 1. "Those who had been shown the ear of the elephant replied, ’The elephant, your majesty, is just like a winnowing basket.’ 2. "Those who had been shown the tusk of the elephant replied, ’The elephant, your majesty, is just like an iron rod.’" 3. Those who had been shown the trunk of the elephant replied, ’The elephant, your majesty, is just like the pole of a plow.’ 4. "Those who had been shown the body of the elephant replied, ’The elephant, your majesty, is just like a granary.’ 5. "Those who had been shown the foot of the elephant replied, ’The elephant, your majesty, is just like a post.’ 6. "Those who had been shown the hindquarters of the elephant replied, ’The elephant, your majesty, is just like a mortar.’ 7. "Those who had been shown the tail of the elephant replied, ’The elephant, your majesty, is just like a pestle.’ 8. "Those who had been shown the tuft at the end of the tail of the elephant replied, ’The elephant, your majesty, is just like a broom.’
Te ’ediso hatthi nediso hatthi, nediso hatthi ediso hatthi’ti. Aññamaññaṃ muṭṭhihi saṃkhubhiṃsu. Tena ca pana bhikkhave so rājā attamano ahosi Tout en disant : « un éléphant est comme ceci ; il n’est pas comme cela. Un éléphant n’est pas comme cela, il est comme ceci », ils se frappaient les uns les autres à coups de poing. Le roi s’en trouva satisfait. "Saying, ’The elephant is like this, it’s not like that. The elephant’s not like that, it’s like this,’ they struck one another with their fists. That gratified the king.
Evameva kho bhikkhave, aññatitthiyā paribbājakā andhā acakkhukā atthaṃ na jānanti anatthaṃ na jananti, dhammaṃ na jānanti, adhammaṃ na jānanti. « De la même façon, ô moines, les pèlerins mendiants des autres écoles sont aveugles et privés d’yeux. Ils ne connaissent ni ce qui est profitable ni ce qui est dommageable. Ils ne savent pas ce qu’est Dharma et ce que n’est pas Dharma. "In the same way, monks, the wanderers of other sects are blind and eyeless. They don’t know what is beneficial and what is harmful. They don’t know what is the Dhamma and what is non-Dhamma.
Te atthaṃ ajānantā anatthaṃ ajānantā, dhammaṃ ajānantā, adhammaṃ ajānantā bhaṇḍanajātā kalahajātā vivādāpannā aññamaññaṃ mukhasattīhā vitudantā viharanti : ’ediso dhammo kediso dhammo, nediso dhammo ediso dhammo’ti. Ne connaissant ni ce qui est profitable ni ce qui est dommageable, ne sachant pas ce qu’est Dharma et ce que n’est pas Dharma, ils passent leur temps à discuter, à se quereller et à se disputer. Ils se blessent entre eux dans des combats verbaux, en disant tour à tour : « Le Dhamma est comme ceci, il n’est pas comme cela. Le Dhamma n’est pas comme cela, il est comme ceci ». Not knowing what is beneficial and what is harmful, not knowing what is Dhamma and what is non-Dhamma, they live arguing, quarreling, and disputing, wounding one another with weapons of the mouth, saying, ’The Dhamma is like this, it’s not like that. The Dhamma’s not like that, it’s like this.’"
6 Atha kho bhagavā etamatthaṃ viditvā tāyaṃ velāyaṃ imaṃ udānaṃ udānesi : "Imesu kira sajjanti eke samaṇabrāhmaṇā, Viggayha naṃ vivadanti janā ekaṅgadassīno"ti. Puis le Bienheureux reprit son enseignement dans les versets suivants :
« ö comme ils s’accrochent et se disputent, ceux qui prétendent au titre honoré de moine pèlerin sramana et de brahmane samaṇabrāhmaṇā ! C’est parce qu’ils s’accrochent chacun à sa propre vue pendant qu’ils se disputent. De tels gens ne voient qu’un côté des choses.
Then the Exalted One rendered this meaning by uttering this verse of uplift, O how they cling and wrangle, some who claim For preacher and monk the honored name ! For, quarreling, each to his view they cling. Such folk see only one side of a thing

[1son nom, dans la version chinoise, est : Face de Miroir. Un miroir reflète toute chose, sans être aucune de ces choses, et sans être affecté par elles.

[2

T0001_.01.0129a05 : 佛告比丘。諸外道異學亦復如是。不知苦 T0001_.01.0129a06 : 諦不知習諦盡諦道諦。各生異見互相是 T0001_.01.0129a07 : 非。 [Dirgha-agama, Lokaprajnaptisutra, édition de Taishô Issaikyô, n° 1, pp. 128c-129a.)]


Traduction : Le Bouddha 佛 dit : « O moines, il en est de même des doctrines diverses des hétérodoxes 外道. Ils ne connaissent ni la Vérité de la douleur 苦諦, ni la Vérité de l’origine 習諦, ni la Vérité de la cessation 盡諦, ni la Vérité de la Voie 道諦. Chacun d’eux produit une opinion différente de celles des autres et ils se critiquent mutuellement. Chacun prétend avoir raison et cela fait naître les disputes et les querelles.

Traduction dans : Kazuaki, Tanahashi, Rien qu’un sac de peau, Le Zen et l’Art de Hakuin, Albin Michel, 1987, p.154-155

[4traduction par nos soins à partir de l’anglais


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 1071 / 94705

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Quand le bouddhiste parle l’homme  Suivre la vie du site Theravada - L’école des Anciens   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.0 + AHUNTSIC

Creative Commons License