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Le corps dans le christianisme - Une configuration à un corps défiguré puis transfiguré ?

dimanche 1er février 2015 par Franck

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1§ Selon nous, dans le christianisme, la dimension corporelle atteint une densité et une intensité extraordinaires dans la personne de Jésus Christ, densité et intensité qui rejaillissent ensuite sur l’ensemble du créé.

Nous aurions tendance à distinguer deux types de corps :

  • le corps individué / individuel de Jésus de Nazareth, corps historique de celui qui est né, a grandi, souffert et est mort [1] et corps méta- trans - historique de celui qui, dans la foi chrétienne, est redressé d’entre les morts et vit dans l’intimité de la présence divine ;
  • le corps participé / universel du Christ : ce corps renvoie à la fois à l’Eucharistie donnée à ingérer et à l’Église donnée à édifier, ces deux types de corporéité se trouvant dans un rapport de dépendance mutuelle, selon l’adage chrétien qui dit que "l’Eucharistie fait l’Église et l’Église fait l’Eucharistie".

2§ Présence quasi-obsédante du corps de Jésus Christ, corps dans lequel, à partir duquel, à travers lequel se déploie le projet du christianisme, que nous récapitulerions dans la formule suivante : "la configuration humano-divine", entendue comme le chemin par lequel Dieu se configure à l’homme pour que l’homme se configure à Dieu.

3§ Cet échange passe par un événement, celui du corps de Jésus, bafoué puis mis en croix par les hommes jusqu’à ce que mort s’ensuive ; corps mort, cadavre détaché de la croix, déposé dans un tombeau et abandonné ; le sur lendemain, corps mort introuvable d’abord, puis un corps autre qui survient, vivant d’une vie autre qui fait que c’est bien Jésus lui-même mais pas le même Jésus.

4§ Événement de défiguration et de transfiguration d’un corps :

  • défiguration par les hommes mais aussi, derrière eux les institutions du pouvoir humain et, ultimement pour la foi biblique, s’avançant masquée, une force de dé-création, de dé-tissage : des hommes défigurant un corps de chair qui a été vivante, habillée, aimée, et qui est maintenant chair souffrante, nue, giflée, crachée, fouettée, frappée, moquée puis tuée ;
  • transfiguration par l’action divine qui relève le corps de chair morte, qui transforme des plaies douloureuses en plaies glorieuses par où la vie divine est offerte sans cesse, corps de chair glorifiée qui habite et en qui habite la gloire divine sans en être consumée.

5§ Une vision résume cette histoire (story) de défiguration et de transfiguration d’un corps bien précis [2] : celle d’une colline un peu à l’écart d’une ville bruyante, sous un soleil éclatant. Sur la colline une croix dressée entre deux autres. Il y a, cloués sur la croix, le corps de Jésus ainsi qu’une pancarte avec écrit dessus en latin, grec et hébreu pour que tout le monde puisse la lire : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs ».

6§ Pour la foi chrétienne, il y a une vérité dans cette pancarte : les Juifs n’ont pas d’autre roi que Dieu et Pilate le Romain qui croit rédiger un texte politique ironique écrit sans le savoir une vérité fondamentale de la foi chrétienne : « Jésus de Nazareth, Dieu des juifs [3] ».

7§ Les chrétiens mettront du temps avant d’oser représenter la croix, avec le corps cloué dessus. La figuration oscillera entre deux partis, selon que la lumière de la résurrection est déjà là ou que l’on est encore dans les ténèbres sur toute la terre :

  • accentuer la transfiguration du corps, et Jésus sera alors habillé, tonique, droit, les yeux ouverts, le visage calme, auréolé : c’est déjà le grand prêtre passé de l’autre côté qui intercède pour les hommes auprès de la réalité divine que Jésus appelle le Père [4]. Chair vivifiante qui ne meurt plus et qui appelle, qui interpelle, qui attire à soi.
  • accentuer la défiguration du corps, et Jésus sera sinon nu, du moins ceint seulement d’un pagne qui cache son sexe ; les plaies des mains, des pieds, du côté éventuellement, seront sanglantes, le visage douloureux, les yeux peut-être déjà fermés, tandis que le corps et la tête pendent, sans vie. Chair morte clouée sur du bois, pour laquelle on ne peut plus rien et dont on s’éloigne en hochant la tête, navré.

8§ Dans la foi chrétienne, les deux représentations renvoient à des moments inséparables : pas la gloire sans la croix, pas la croix sans la gloire.
Pour un chrétien, il serait tout aussi désastreux de prétendre accéder à la transfiguration sans passer par la défiguration que d’en rester à la défiguration sans qu’elle soit suivie par la transfiguration : désastre du dolorisme désespéré d’un côté, désastre de l’angélisme naïf de l’autre.

9§ Peut-être que pour la foi chrétienne, la configuration humaine à Dieu, ce serait la configuration au Christ Jésus, comme passage - comme Pâques - à sa suite de la défiguration par la mort à la transfiguration dans la lumière divine ?


© esperer-isshoni.info, février 2015

[1corps support d’une histoire (story) racontée par les chrétiens : corps qui passe par la conception, la naissance, l’adolescence dans les Évangiles de l’enfance ; corps immergé dans le Jourdain et qui, en remontant sur la rive, cristallise une théophanie kinesthésique, visuelle et auditive (épisode du baptême avec la voix et la colombe qui descendent du ciel) ; corps qui parle, qui mange, qui marche, qui touche et qui est touché sur les chemins de Galilée : corps appréhendé, bafoué, cloué à Jérusalem sur l’instrument de supplice romain de la croix ; corps absent du tombeau, corps présent sous un nouveau mode après son redressement d’entre les morts, corps exalté dans une lumière qui n’est pas de ce monde.

[2histoire du Nouveau testament, qu’on retrouve à un endroit dans ce que les chrétiens appellent l’Ancien testament : le chant du serviteur patient d’Isaïe

[3Explicitons notre usage de la majuscule et de la minuscule : « Juifs » est une appellation politique, elle renvoie à la nation juive et s’écrit avec un "J" majuscule. « juifs » avec un petit "j" est une désignation religieuse qui renvoie à la religion juive.

[4l’élévation sur la croix est déjà la glorification de Jésus comme cela est présenté dans l’Évangile de Jean


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