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Bouddhisme Theravada - La question de la continuité après la mort

vendredi 6 février 2015 par Franck

Table des matières


1. L’importance de la dernière pensée lors de la mort

1§ Puisque les agrégats sont eux-mêmes impermanents, l’individu conventionnel qui résulte de leur assemblage ne cesse pas non plus de naitre et mourir à chaque instant [1] : seule la rapidité avec laquelle l’assemblage (la synthèse) succède au désassemblage empêche l’œil non formé de percevoir la discontinuité : il voit une ligne droite continue là où un œil aguerri (ou outillé d’une loupe) voit une suite de points collés les uns aux autres
– notons que si chaque point constitue une discontinuité par rapport au précédent, ses contacts avec le point précédent et le point suivant assurent une continuité, mais qui dépasse celle du point.


La séquence vidéo suivante cherche à illustrer la loi du Sans Moi anatman  :

  • au premier abord, nous voyons la même boule qui roule, s’arrête une première fois, roule à nouveau, s’arrête une deuxième fois, roule à nouveau, s’arrête une troisième fois, puis roule et sort du cadre.
  • On pourrait dire : voilà ma première vie (la trajectoire avant le premier arrêt) ; voilà ma deuxième vie (la trajectoire entre le premier et le deuxième arrêt) ; voilà ma troisième vie (la trajectoire entre le deuxième et le troisième arrêt). En toutes ces vies, c’est toujours MOI qui suis là, qui me maintiens dans le temps.
  • Cette vérité est en fait conventionnelle : en vérité absolue, ce MOI est un assemblage, la boule qui roule et qui accumule de l’énergie cinétique (des formations karmiques samskara) ; à la première mort, lorsque l’assemblage se désagrège, l’énergie cinétique trouve à passer dans une deuxième boule, formant ainsi un nouvel assemblage qui va lui aussi rouler et accumuler de l’énergie cinétique ; ce nouvel assemblage va se dissoudre, et l’énergie cinétique accumulée va se transmettre à une troisième boule, etc.. Si le MOI se définit comme une boule qui a conscience de rouler, on voit bien qu’en fait ce MOI dure seulement le temps d’une trajectoire entre deux arrêts : la seule chose qui assure la continuité du mouvement est l’énergie cinétique (le potentiel des samskara – voir plus bas).

A l’homme il est possible d’infléchir la direction prise par la série des fabrications karmiques samskara, en exerçant sa volonté. La dernière pensée joue un rôle important : si effectivement l’individu naît et meurt à chaque instant, le dernier instant, alors que l’agrégat corporel va se défaire, revêt dans la doctrine bouddhiste une importance particulière [2].

3§ C’est ce que dit Vasubandhu :

« Par exemple, la pensée à la mort (maranacitta), lorsqu’elle est « associée à attachement » (sa-upâdâna), possède la capacité de produire une nouvelle existence. » [3]

4§ Ainsi, si l’être humain meurt en ayant fixé son esprit dans un des quatre domaines de l’arupadhatu, du "monde sans forme", il renaîtra dans ce domaine [4].

5§ Afin de purifier la pensée du mourant [5], les bhikkhus du Theravada lui récitent le Maha-satipatthana Sutta, le GRAND DISCOURS SUR L’ETABLISSEMENT DE L’ATTENTION [6]

<« Moines, ceci est la seule voie pour la purification des êtres, pour transcender peines et chagrins, pour éteindre souffrance et insatisfaction, pour avancer sur la voie juste, pour réaliser le Nibbāna :
les quatre fondements de l’attention.
Quels sont ces quatre fondements ? Voici :
The Blessed One said this : "This is the direct path for the purification of beings, for the overcoming of sorrow & lamentation, for the disappearance of pain & distress, for the attainment of the right method, & for the realization of Unbinding
— in other words, the four frames of reference. Which four ? [7]

6§ Le préambule permettra d’attirer l’attention du mourant sur les bienfaits qui résultent de ce sutra. Il lui fait espérer une sortie de l’angoisse, de la douleur, qui peuvent parfois précéder l’arrivée de la mort.

7§ L’adresse étant faite aux « moines », il est implicitement demandé au mourant de s’identifier au moine. Ce faisant, on pourrait dire qu’il a adopté l’attitude mentale de « celui qui quitte la famille », qui ne peut qu’être bénéfique.

« Un bhikkhu demeure dans la contemplation du corps dans le corps,
ardent, avec claire compréhension, observant attentivement et ayant écarté la convoitise et les soucis envers le monde.
"There is the case where a monk remains focused on the body in & of itself
— ardent, alert, & mindful — putting aside greed & distress with reference to the world.

8§ Le développement de l’attention fait partie d’une des branches de l’Octuple Chemin qui mène à la Délivrance, à savoir la Concentration correcte. Par ailleurs, la contemplation peut s’entendre comme la Vision correcte.

9§ Le sutra décline la première base de l’attention, c’est-à-dire le corps, puis il reprend la même structure pour les trois autres bases : les sensations, l’esprit et les objets mentaux (en anglais, respectivement : feelings... mind... mental qualities).

10§ Après une longue description de chacune des bases de l’attention et la déclinaison des Quatre nobles vérités, le sutra conclut ainsi :

En vérité quiconque pratique ces quatre établissements de l’attention de cette manière pendant sept ans, peut espérer l’un de ces deux résultats : la Connaissance Suprême ici et maintenant ou, s’il y a encore un reste d’attachement, l’état de non-retour (anagamin). "Now, if anyone would develop these four frames of reference in this way for seven years, one of two fruits can be expected for him : either gnosis right here & now, or — if there be any remnant of clinging-sustenance — non-return.

11§ Les deux fruits sont le nibbana (nirvana en pali), ou, s’il reste encore quelque attachement, le statut de "celui qui ne revient plus" anagamin  [8] dans le monde du désir – kamadhatu) La durée va ensuite être progressivement réduite : en partant de sept ans, le sutra arrive à 7 jours.

12§ Les moines ne prétendent pas que le mourant va atteindre ces deux fruits –leur lecture va aider l’agonisant à purifier sa dernière pensée et ainsi à éviter les mauvaises destinées à cause d’un dernier acte (de pensée) « préjudiciable » [pour reprendre le sutra du Noble sentier vu plus haut].


2 Une déviation rejetée par le Bouddha Sakyamuni

13§ L’esprit humain ne peut s’empêcher de se demander ce qui assure la continuité entre le moment de la mort dans une destinée et le moment de la vie suivante dans la nouvelle destinée : l’idée d’un « saut quantique » (pour prendre une image de physique fondamentale) ne lui semble pas évident.

14§ Entre la mort comme être humain, et la nouvelle vie comme être céleste deva, par exemple, il faut bien que quelque chose transite d’une destinée à l’autre, qui garde une « mémoire » de la vie passée, se dit l’esprit humain. Sinon, comment le Bouddha Sakyamuni aurait-il pu connaître ses vies antérieures ? Ou, pour reprendre une image vue plus haut, comment se fait-il que la graine de sésame donne toujours un germe de sésame et jamais un germe de riz ?

15§ La réponse bouddhiste doit éviter d’objectiver cette mémoire dans un support, sinon elle risque de verser dans l’éternalisme.

16§ Il peut être séduisant par exemple de considérer que le 5° "agrégat" skandha, la "conscience" vijnana survit à la dissolution de l’individu et transmigre dans la vie suivante, assurant ainsi la continuité.
Resterait ensuite à expliquer pourquoi la mémoire des vies antérieures (ou du moins des vies au-delà de la dernière pour les êtres naissant par apparition) serait ou non perdue, mais la tâche n’est pas insurmontable.

17§ Le risque pour le bouddhisme est que cette conscience finisse par devenir permanente, par devenir un Soi, un Atman, contredisant alors un ressort fondamental du bouddhisme, la doctrine du "Sans Soi" anatman.

18§ Un sutra nous montre le Bouddha Sakyamuni rejettant catégoriquement cette solution en apparence séduisante : il s’agit du Grand Discours sur la Destruction de la Soif du Désir  [9].

« Ainsi ai-je entendu.
A une certaine occasion, le Bouddha vivait à Savatthi, dans le Verger de Jeta, le parc offert par Anathapindika.
A ce moment-là, un bhikkhu nommé Sati Kevatthaputta [fils du pêcheur] eut l’idée erronée suivante : « Selon ma compréhension du Dhamma enseigné par le Bouddha, c’est la même conscience (viññana) qui transmigre et qui erre à travers le cycle des renaissances, pas une autre. »
I heard thus. At one time the Blessed One was living in the monastery offered by Anàthapiïóika in Jeta’s grove in Sàvatthi.
At that time to a bhikkhu named Sàti the son of a fisherman this view had arisen : As I know the Teaching of the Blessed One this consciousness transmigrates through existences, not anything else. Many bhikkhus, heard that this evil view had arisen to a bhikkhu, named Sàti the son of a fisherman : ’As I know the Teaching of the Blessed One, this consciousness transmigrates through existences, not anything else’. [10]

19§ Sati le fils du pêcheur va s’attirer les foudres du Bouddha Sakyamuni qui lui reprochera sa sottise : la sévérité du Bouddha envers Sati s’explique par le fait qu’on ne badine pas avec le Dharma : médire du Dharma ou le fausser constitue une faute grave qui fructifie dans les destinées malheureuses.

20§ Voici la réponse du Bouddha Sakyamuni, qui explique pourquoi Sati s’est trompé :

« Bhikkhus, telle ou telle conscience est nommée suivant telle ou telle condition à cause de laquelle elle prend naissance :

  • ainsi, en dépendance de l’œil et des formes matérielles, naît une conscience et elle est appelée conscience visuelle ;
  • en dépendance de l’oreille et des sons, naît une conscience et elle est appelée conscience auditive ;
  • en dépendance de l’esprit et des objets mentaux, naît une conscience et elle est appelée conscience mentale.
Bhikkhus, founded on whatever, consciousness arises, it is reckoned on that.
  • On account of eye and forms arises consciousness, it’s reckoned eye consciousness
  • On account of ear and sounds arises consciousness, it’s reckoned ear consciousness….
  • On account of mind and ideas arises consciousness, it’s reckoned mind consciousness.
  • 21§ Sati attribue une pérennité ou du moins une stabilité à la conscience vijnana alors qu’elle n’en a aucune :

    • elle est composée de différentes consciences, six exactement, soit autant que de sens (le mental est un sens dans le bouddhisme) : conscience visuelle, conscience auditive, conscience tactile, conscience gustative, conscience olfactive et conscience mentale ;
    • chacune de ces consciences est conditionnée : elle n’apparaît que lorsqu’il y a contact entre un objet et le sens correspondant à cet objet – s’il n’y a pas d’objet à voir ou si le sens de la vue est absent, la conscience visuelle n’apparaît pas ;
    • chacune de ces consciences apparaît pour disparaître dès que cesse l’une des conditions de son apparition.

    22§ Attribuer une persistance à l’agrégat du vijnana, c’est contredire la loi fondamentale du bouddhisme, qui s’applique à l’individu conventionnel et à ses composants, les agrégats skandha  :
    Toutes les choses sont :

    1. impermanentes anitya car composées samskrta
    2. dépourvues d’être en soi anatmaka
    3. insatisfaisantes – « douloureuses » dukkha


    3 Deux alternatives

    23§ Nous venons de voir comment le bouddhisme refuse de répondre à la problématique de la continuité par une hypostasie du 5° agrégat de la conscience vijnana. Nous allons voir maintenant comment il y a répondu.

    24§ Nous pensons qu’il s’y est pris au moins de deux manières, l’une étant reçue dans le Theravada tandis que l’autre a été refusée par lui.

    a) la solution acceptée par le Theravada : les « formations karmiques » samskara

    25§ Les samskara désignent, dans l’analyse bouddhiste, le 4° agrégat, les constructions psychiques, les volitions, les formations mentales [11]

    26§ Si l’on en croit Renou [12], les samskara tirent leur énergie de l’acte (enrobé de passion) ; cette énergie peut permettre à certains samskara de se maintenir après la mort de l’individu conventionnel.

    27§ Si l’on décline cette énergie en terme de potentiel, le samskara dispose d’un potentiel qui attend de pouvoir se réaliser. Selon l’énergie dont il dispose, il disparaît s’il ne se réalise pas en cette vie ; s’il est suffisamment puissant, il attend une éventuelle réalisation dans la vie suivante, ou même dans des vies suivantes [13].

    28§ Un samskara peut aussi contrarier un autre samskara et l’empêcher de se réaliser.
    Les samskara déterminent les vies ultérieures [14].

    29§ La situation se complique du fait que dans les vies suivantes, d’autres samskara peuvent être produits, qui interfèreront à leur tour avec les anciens. [15] On comprend que laLoi de production conditionnée fasse partie des quatre Inconcevables.

    30§ Il nous semble que cette solution permet de tenir à la fois la continuité (une graine de sésame donne un germe de sésame) et l’impermanence généralisée propre au « phénoménisme » bouddhiste.
    Le maintien sur une ou plusieurs existences de certains samskara s’explique en termes de « bilan énergétique », si l’on peut dire ; tant que la formation karmique n’a pas trouvé les conditions pour se réaliser, et tant que son bilan énergétique n’est pas nul, elle reste potentiellement active, en attente de « fructification ».

    31§ A plus ample informé, cette solution a été retenue dans le Theravada, du moins dans son expression doctrinale savante.


    b) la solution rejetée par le Theravada : l’existence intermédiaire antarabhava

    32§ L’antarabhava permet lui aussi d’assurer la continuité entre la mort dans une destinée et la naissance dans une autre. L’antarabhava désigne l’existence (ou l’être) intermédaire qui fait la jonction entre les deux. Or cette notion est « normalement refusée par les Theravadin orthodoxes » [16].

    33§ Nous n’avons pas trouvé de textes expliquant la raison de ce refus par les Theravadin : est-ce parce que l’antarabhava ne figure pas dans les 5 destinées canoniques, et qu’à ce titre il représente une innovation qui ne provient pas du Bouddha Sakyamuni ? Nous reprendrons cet argument plus bas.

    34§ Il est certain que la notion d’existence intermédiaire a trouvé un écho dans d’autres écoles du « bouddhisme originel », maintenant disparues. Ainsi l’Abhidharmakosa présente l’antarabhava comme un concept indiscuté [17].

    35§ D’après l’Abhidharmakosa, l’antarabhava peut aussi être appelé Gandharva  :

    « L’être intermédiaire du Kamadhatu (…) mange l’odeur. D’où son nom de Gandharva » [18]

    36§ Or le Grand Discours sur la Destruction de la Soif du Désir [19] parle justement du Gandharva  :

    « Bhikkhus, la conception [d’un être humain] se produit quand il y a réunion de trois éléments [le père, la mère et l’être destiné à être conçu]. (…) , si le père et la mère sont réunis, si la mère est dans sa période de fécondité et si le gandabbha est présent, alors, à cause de la réunion de ces trois éléments, la conception se produit ». Bhikkhus, with the coming together of three things a descent to the womb comes about : (..). Here mother and father come together. It is the season of the mother and the one to be born attends [20] . Then there is a descent to the womb.

    37§ La continuité entre une mort ici et une naissance là est assurée par la solution du Gandharva / antarabhava. Sachant que l’être intermédiaire meurt à la conception, la loi d’impermanence est aussi respectée.

    38§ Cependant, l’introduction de ce type d’existence bhava complexifie le schéma des destinées gati (il faut le compléter en précisant que l’être intermédiaire n’est pas une destinée [21]) ;
    par ailleurs, cet antarabhava apparaît comme actif, il cherche un endroit où renaître [22], il meurt aussi.
    La cosmologie bouddhiste s’en trouve compliquée, et c’est la raison pour laquelle, à mon avis, le Theravada n’a pas retenu cette solution : la solution des samskara est plus « économique ».

    39§ Précisons que la religion populaire semble avoir par contre reçu cette notion d’être intermédiaire : si l’on en croit le bhikkhu thaï Bouddhadasa, les « âmes errantes », les sambhavesi thaïlandais correspondent à ces êtres intermédiaires.
    Bouddhadasa critique le culte de ces esprits qui « n’est pas du bouddhisme » [23].
    [Nous verrons dans le deuxième article que le bouddhisme tibétain a aussi retenu cette solution]


    Conclusion : les fruits du Chemin

    40§ Au terme de cette première partie consacrée au bouddhisme originel tel que nous le reconstruisons à partir de la "Doctrine des Anciens", le Theravada, il peut être bon de revenir à la figure du Bouddha Sakyamuni et à son message.

    41§ En effet, nous avons consacré beaucoup d’énergie à expliquer le fonctionnement des vies et naissances dans le samsara, dans l’écoulement des vies et des morts sans fin.
    Or le Bouddha Sakyamuni, après avoir produit ce savoir suprême abhijna mondain, a découvert un autre savoir suprême, supra-mondain celui-là : le Bouddha a éprouvé qu’il y a un au-delà du samsara, le nirvana, qui arrête cette circulation proprement infernale –il sait comment l’atteindre, et il l’enseigne dans les Quatre nobles vérités.

    42§ Celui qui s’engage dans l’Octuple Chemin décrit par la 4° Noble Vérité peut espérer atteindre les fruits suivants :

    1. l’état de sotapanna  : l’adepte est sûr de ne pas renaître dans les destinées malheureuses ; il atteindra l’état d’arhat dans le futur ;
    2. sakadàgâmin  : l’adepte est sûr de renaître une fois au plus dans le monde des hommes avant de naître dans les destinées célestes ; il atteindra l’état d’arhat dans le futur de manière certaine ;
    3. anagamin  : l’adepte ne revient pas dans le monde des hommes ; il est sûr de renaître une fois seulement dans les destinées celestes, où il atteindra l’état d’arhat
    4. arhat  : il ne renaît plus, cette vie est la dernière pour lui.


    43§ La progression se définit à partir du nombre de « liens » que l’adepte « éteint » ou « coupe ».

    • Le sotapanna et le sakadagamin sont encore liés au monde du désir kamadhatu,
    • l’anagamin est délié des 5 liens qui l’attachaient au monde du désir mais il est encore lié aux mondes supérieurs, le monde des formes rupadhatu et le monde sans forme arupadhatu  ;
    • l’arhat n’a plus aucun lien avec le Triple Monde, il a coupé les dix liens [24].

    44§ Dans le bouddhisme originel, l’arhat représente l’idéal à réaliser. Le Bouddha Sakyamuni diffère de l’arhat en ce qu’il a découvert seul les Quatre Nobles Vérités, alors que l’arhat les a reçus avec l’aide du Bouddha.

    45§ Lors de son Nirvana parfait (appelé aussi Nirvana sans reste) parinirvana à 80 ans, le Bouddha Sakyamuni laisse aux disciples le dharma (la Loi découverte par le Bouddha) et la sangha (la communauté, monastique et laïque). Désormais, il échappe à tous les regards, il ne peut plus rien pour ses disciples.

    46§ Certains disciples deviennent alors la proie du désespoir, malgré la parole de réconfort du Guide :

    « Que la Loi, leur dit Sàkyamuni, soit votre île et votre recours ; ne cherchez pas d’autre recours » [25]

    47§ Quelle a été l’angoisse de ces disciples ? Celle d’être abandonnés, de n’avoir plus de guide qui les éclaire – et peut-être la crainte qu’à la mort, ils se retrouvent seuls face à leurs « formations karmiques » samskara : en mourant, ils risquent certes d’aller dans les destinées malheureuses, mais surtout de perdre la grande opportunité de cette vie : naître comme hommes dans une période où ils ont pu entendre de leur vivant le Bouddha prêcher la Bonne Loi !

    48§ Sauront-ils tirer partie de cette opportunité durant cette vie ?
    Quelle angoisse de rater cette occasion rarissime ! Qui allégera cette pression énorme sur leurs épaules ?
    Le Grand Véhicule Mahayana et le Véhicule du Diamant Vajrayana s’y emploieront, nous verrons comment.


    © esperer-isshoni.fr – février 2009
    © esperer-isshoni.info – février 2015

    [1« Ce que nous appelons vie,… c’est la combinaison des cinq agrégats, une combinaison d’énergies physiques et mentales. Celles-ci changent continuellement… Par conséquent, même pendant la durée de cette vie, nous naissons, mourons à chaque instant, et pourtant nous continuons d’exister. .. » Walpola, Rahula, L’enseignement du Bouddha d’après les textes les plus anciens, préface de P. Demiéville, Seuil, 1961, p.57

    [2Citons Mohan : « Naturellement celui qui peut diriger correctement sa pensée dans chaque expérience de la vie quotidienne est également capable de la maîtriser au dernier moment de la vie. La pensée au dernier moment de la vie est un des facteurs déterminants de la naissance suivante » dans Wijayaratna, Môhan, La philosophie du Bouddha avec la traduction intégrale de dix textes du Canon bouddhique, Editions de la Sagesse, Lyon 1995, p. 220 221
    Voir aussi : « La différence entre la mort et la naissance n’est qu’un instant de notre pensée : le dernier instant de la pensée en cette vie conditionnera le premier dans ce qu’on appellera une vie suivante, qui n’est en fait que la continuation de la même série… » dans Walpola, Rahula, L’enseignement du Bouddha d’après les textes les plus anciens, préface de P. Demiéville, Seuil, 1961, p.57

    [3Vasubandhu, abhidharmakosa vol IX p 296- 297

    [4« En l’endroit où meurt une personne possédant le recueillement [qui produit une existence d’Àrupya], dans cet endroit commence l’existence en question » Abhidharmakosa volume 2, p 5

    [5« Les bhikkhis récitent très souvent ce sutta au chevet d’un mourant afin de purifier ses dernières pensées » Walpola, ibidem, p. 99

    [6DN 22 Maha-satipatthana Sutta GRAND DISCOURS SUR L’ETABLISSEMENT DE L’ATTENTION – traduit en français par Jeanne Schut.
    Voir aussi en anglais : DN 22 Maha-satipatthana Sutta - The Great Frames of Reference – Translated from the Pali by Thanissaro Bhikkhu

    [7Traduction anglaise de Thanissaro : http://www.accesstoinsight.org/tipitaka/dn/dn.22.0.than.html

    [8L’anagamin ne revient plus dans le "monde du désir" kamadhatu  ; il renaît encore une fois pour entrer dans le nirvana  : cette dernière naissance est nécessaire parce qu’il est encore retenu par l’attraction pour le monde sans forme arupadhatu.

    [9SUTTA 38 Mahatanhasankhaya Sutta dans le Majjhima Nikaya.
    Traduction de Jeanne Schut, disponible sur Internet.
    Voir la reprise de cette problématique par le moine thaïlandais Buddhadasa (1906 – 1993) dans : Gabaude, Louis, Une herméneutique bouddhique contemporaine de Thaïlande : Buddhadasa Bhikkhu, Publications de l’Ecole Française d’Extrême Orient, volume CL, Paris 1988, p 306

    [11On les retrouve aussi dans la synthèse bouddhiste comme le 2° anneau dans la Production Conditionnée (dans le sens des aiguilles d’une montre anuloma) avec l’appellation « formations karmiques » [traduction de Lamotte].

    [12Voir les paragraphes §2253 (samskara) et §2286 (actes) dans : Renou, L., Filliozat, J., L’Inde classique, Manuel des études indiennes, Tome II, Paris, Imprimerie Nationale, École Française d’Extrême Orient, Hanoï, 1953.
    Ces deux paragraphes inspirent ce qui suit.

    [13Voir Renou : « « Elles [les « continuités sériales » , les samskara] ne s’épuisent pas nécessairement dans la nouvelle vie mais plutôt dans une série de vies successives, d’autant plus qu’elles peuvent être renouvelées au cours de chaque vie ». Renou, ibidem, §2286 p.542

    [14« Les samskara ne se dissolvent pas avec le corps. Elles font tendre vers des destinations diverses gati en fonction de leur nature originelle. Elles font tendre à reprendre corps, à opérer une « rejonction » patisamdhi  » Renou, §2286 p.542

    [15L’épuisement de l’efficience des anciennes traces d’actes est par lui-même fort long, d’autre part les actes nouveaux ne pouvant être tout à fait évités, la formation de nouvelles traces efficientes n’est que restreinte, non pas supprimée.
    Seulement il est possible de bien orienter l’activité inévitable. On peut, pratiquant le bien, déterminer la formation de traces à conséquences favorables : renaissances agréables d’abord, tendance à progresser ensuite vers le but ultime qui sera l’arrêt. On peut même, parmi les constructions psychiques efficientes, en introduire de nouvelles dont l’efficience sera dirigée contre les premières, déposant ainsi dans l’agrégat transmigrant le germe de sa décomposition ». Renou, §2290

    [16Gabaude, ibidem, p. 283.

    [17« Au contraire l’existence-mort et l’existence-naissance font série, la seconde étant postérieure à la première et se produisant dans un autre lieu que la première sans qu’il y ait coupure entre elles [grâce à l’existence intermédiaire]. » Abhidharmakosa , vol. II, p. 36

    [18Abhidharmakosa, vol. 2 p. 47

    [19SUTTA 38 Mahatanhasankhaya Sutta dans le Majjhima Nikaya)
    Traduction de Jeanne Schut, disponible sur Internet.
    Voir la reprise de cette problématique par le moine thaïlandais Buddhadasa (1906 – 1993) dans : Gabaude, p 306

    [20Noter que la traduction anglaise évite de renvoyer à un être intermédiaire. Nous savons que tout discours sur l’origine est toujours une reconstruction de ce qui est de soi inaccessible.

    [21Le Sutra lui-même dit que l’existence intermédiaire n’est pas comprise dans les destinées : « Il y a sept bhavas ou « existences » : existences infernale, animale, de Prêta, divine, humaine, plus le karmabhava et l’existence intermédiaire (antarâbhava).
    Ce Sutra indique les cinq destinées (existences infernale, etc.) avec leur cause, à savoir l’acte ou karmabhava, et leur accès, a savoir l’existence intermédiaire par laquelle un être arrive à une destinée. (Abhidharmakosa, vol 2 p. 84)

    [22« L’être intermédiaire est produit en vue d’aller au lieu de la destinée où il doit aller. Il possède, en vertu des actes, l’oeil divin. Il voit le lieu de sa naissance, même lointain. Il y voit son père et sa mère unis. …. » Abhidharmakosa, vol 2 p 51

    [23Buddhadasa cité par Gabaude, p. 283.

    [24Voici la liste des dix liens ;
    1. la croyance à la personnalité
    2. le doute
    3. la confiance dans la valeur des préceptes et des rites
    4. le désir sensuel
    5. la méchanceté
    6. le désir de l’existence comportant une matière subtile
    7. le désir de l’existence immatérielle
    8. l’orgueil
    9. l’agitation
    10. l’ignorance

    [25digha II, 100


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