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Bouddhisme populaire au Japon - Le célèbre mandala de la ville de Taima dela 当麻寺 (préfecture de Nara 奈良)

mardi 21 juillet 2015 par Phap

1§. Je voudrais rendre compte de ma journée dans la petite ville de Taima dera 当麻寺 au mois d’avril 2009.
J’ai abordé le mandala du Taima dera [1] à plusieurs reprises dans mes cours, aussi ai-je voulu aller le voir sur place.

2§. Le taima mandala me semble en effet un point d’entrée pertinent pour le courant bouddhiste mahayana de la Terre Pure, dans la mesure où il illustre le Sutra de la Contemplation de Vie infinie, l’un des trois sutra canoniques de la Terre Pure.

3§. De plus, ce mandala permet de renvoyer aux débuts de la Terre Pure avec Hônen, puis l’école Seizan 西山 [2] qui a rendu célèbre le taima mandala au Japon à partir du XIIIe siècle de l’ère chrétienne – voir plus de détails sur Dailymotion

Une version du mandala de Taima dera en couleurs

4§. Après environ une heure et demi de trajet, je suis arrivé dans la petite ville de Taima dera. Le temps était ensoleillé, il faisait chaud de manière agréable.
J’y ai retrouvé l’ambiance reposante des petites villes de province, à l’écart des grands flux de circulation et d’animation nationaux : il fait bon se promener là, dans les petites rues tranquilles, où les gens marchent sans se presser et où l’on n’est pas happé par les animations sonores des grandes villes japonaises.

5§. Je prends la direction du temple, indiquée en japonais comme : 當麻寺et non pas当麻寺. Comme il était plus de midi, je m’arrête à un petit établissement de nouilles ramenらー めん. Je suis le premier client. Je m’installe au comptoir. La patronne m’amène aussitôt un verre d’eau glacé et une lingette. Je choisis un settto せっと, un menu : la patronne me propose différents types de sauce et de riz ; comme je ne comprends rien de ce qu’elle me dit, je choisis au hasard.

6§. Petite émotion en arrivant près du temple. A main droite, en haut de quelques marches, un petit sanctuaire [3] shintô tout simple… et le portique shintô, le torii鳥居est blanc, comme les fleurs de cerisiers.

... kimochi 気持, une petite émotion

7§. Je monte les marches menant au temple 當麻寺. Je passe le portique d’entrée, avec, à leur poste, les statues des gardiens à gauche et à droite, dans des poses féroces. Attention à bien enjamber la poutre qui barre l’entrée.

8§. Une pancarte indique ce qui a rendu célèbre le site du Taima dera : on raconte qu’une princesse, la princesse Chûjô 中将姫 chûjô hime, a obtenu du Buddha Amida un mandala 曼荼羅 tissé miraculeusement à partir de fibres de lotus.
La princesse, à sa mort, a bénéficié d’une autre faveur : le Tathagata Amida Amida ryôrai est venu l’accueillir 来迎 raigô avec un cortège fourni [4]

9§. Précisons que le raigô fait l’objet d’une représentation chaque année le 14 mai – on peut imaginer qu’alors la petite ville de Taima dera connaît une activité frénétique qui démentirait l’impression actuelle de tranquillité.

10§. Je vais vers le temple principal.
A l’entrée, il faut s’acquitter d’un billet d’admission拝観 qui permet de visiter :

  1. le « bâtiment principal », 本堂 hondô (appelé 曼陀羅堂 mandala dô sur le prospectus),
  2. le « bâtiment du temple » 金堂 kondô et
  3. le « bâtiment de conférence » 講堂 kôdô [5].

    J’achète aussi la brochure éditée par le taima dera avec des reproductions en couleur.

11§. Une classe d’étudiantes, en uniforme bleu marin, m’ont précédé dans le mandala dô. Elles sont assises devant l’autel. Je découvre d’abord la statue du Tathagata Amida en position assise sur un trône de lotus – la statue constituerait ailleurs le 本尊 hon zon, l’objet de vénération.

Or ce n’est pas le cas ici : elle se trouve sur la gauche (pour celui qui regarde) de ce qui est le véritable objet de vénération : le mandala, protégé par un grillage assez génant.


... Un grillage gênant [5]

12§. Stupeur : je m’attendais à une modeste représentation et c’est un mandala de plusieurs mètres [6] qui tombe sous mes yeux.

Un mandala de plusieurs mètres [6]

13§. En revenant à l’entrée, je découvre une représentation en noir et blanc de plusieurs mètres. Sa dimension en fait un instrument idéal d’explication (prédication) à partir d’image - etoki en japonais -.
Je remarque par ailleurs que la version couleur ne recoupe pas la version noir et blanc, et qu’il existe des différences entre ma petite version noir et blanc et la grande version.

14§. Une présentation audio commente le mandala en japonais. Les étudiantes se tiennent à peu près correctement.
Je n’ai pas passé assez de temps au Japon pour savoir comment un Japonais moyen de leur âge perçoit le taima mandala. Si l’atmosphère était relativement studieuse, elle ne m’a pas semblé particulièrement habitée par la prière ou la vénération – mais je peux me tromper.


Au revoir et à bientôt

15§. Ce mercredi 8 avril 2009 fut une journée mémorable. Je reviendrais bien dans cette petite ville de Taima, un 14 mai.
Pourquoi le 14 mai ? Ce jour-là a lieu la représentation annuelle mentionnée plus haut, avec le Bouddha Amida qui vient accueillir – raigô 来迎 - la princesse Chûjô à sa mort ; cette cérémonie est appelée en japonais nerikuyô eshiki 練供養会式 [7]

16§. J’espère que vous aurez apprécié ce voyage par procuration. Merci pour votre attention.


© esperer-isshoni.fr, avril 2009
© esperer-isshoni.info, juillet 2015

[1nous écrirons taima mandala pour suivre l’appellation japonaise 当麻曼荼羅

[2J’ai visité quelques jours plus tôt le temple principal (総本山 sôhonzan) d’une des quatre sous-branches de l’école seizan à Kyôto, le Zen rin ji 禅林寺, connu aussi sous le nom de 永観堂 Eikandô, d’après le nom d’Eikan, prononcé aussi Yôkan, 永観 (1033-1111), un des "abbés" du temple.
[Pour l’histoire du temple Eikan dô, voir le site en anglais du temple

  • Rappelons que ce temple avait été fondé par Shinjô en 853 de l’ère chrétienne, pour l’école bouddhiste shingon 真言.
  • Eikan / Yôkan est réputé avoir pratiqué le Nembutsu (invocatoire) jusqu’à 60,000 fois par jour - un exemple qui montre que les pratiques de la Terre Pure se retrouvaient dans différentes écoles du bouddhisme ; en même temps, il venait en aide aux plus pauvres.
  • Plus tard, Johen (静遍僧都), successeur de Yôkan, a été convaincu par l’enseignement de Hônen 法然 (1133-1212), le fondateur du Jôdo shû 浄土宗, l’École de la Terre Pure au Japon ; il a alors demandé à un des disciples de Hônen, Shôku 証空 Zennebô, appelé aussi Seizan Shôkû (1177-1247), de lui succéder à la tête du Zen rin ji. C’est ce dernier qui a fondé l’école Seizan.

(Ces éléments historiques proviennent d’une brochure distribuée à l’entrée du temple).

J’ai pu y voir le fameux yamagoshi Amida 山越し阿彌陀 « la descente d’Amida par-dessus les montagnes » (une reproduction).

yamagoshi Amida 山越し阿彌陀, "Amida-qui-franchit-les-montagnes" [ma traduction],

Couleurs sur soie, 13e siècle, 138 x 118 cm, Zen rin ji

Était aussi visible « Amida-qui- se-retourne » 見返り阿彌陀図 mikaeri Amida zu
"Le Bouddha qui se retourne"

On raconte que Yôkan, alors qu’il célébrait une liturgie d’hommage au Buddha Amida, aurait eu la surprise de voir une représentation du Buddha s’animer et passer devant lui ; de surprise, il se serait arrêté. Amida Buddha se serait alors retourné (mikaeri) et lui aurait dit : « Eikan, tu lambines ! »[ d’après un panneau en anglais et en japonais à l’entrée du temple.].

[3Prècision de vocabulaire : on distingue les temples bouddhistes (寺 tera) des sanctuaires shintô (社 yashiro)

[4Il y a beaucoup de choses à raconter et à commenter ici. On nous permettra de renvoyer à l’article : Terre Pure : le mandala du sutra de la contemplation.
Le lecteur (la lectrice) intéressé(e) peut aussi aller voir sur Dailymotion deux présentations de l’origine de la tapisserie, l’une reprenant la légende racontée dans deux peintures sur rouleau emaki 巻 de 1253, intitulés Taima mandara engi emaki 当麻曼荼羅縁起絵巻 (Kômyôji 光明寺, dans la préfecture de Kanagawa, actuellement au Musée National de Kamakura), l’autre s’appuyant sur les investigations de la science historique.

[5photo tirée du blog en date du 2008/02/04 : http://avantdoublier.blogspot.com/2008_02_01_archive.htm

[6photo tirée du blog précédent

[7kuyô 供養 signifie : « service (bouddhiste) à la mémoire des morts ».


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