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Le sacrement de réconciliation : petit guide spirituel

samedi 21 novembre 2015 par Phap

1§ Des ami(e)s m’ont confié des difficultés liées à la pratique du sacrement de réconciliation (dans l’Église catholique de rite latin). Ils m’ont demandé de les aider dans la compréhension de cette pratique, en particulier dans ses étapes.

2§ Voici donc une proposition pour le déroulé du sacrement.

3§ Je partirai concrètement de mon expérience de fidèle qui vient demander le sacrement au ministre. La pratique que je propose est colorée par mon rapport à Dieu, à l’image que j’ai de lui, et qui n’est pas forcément la vôtre. Donc voyez si cela vous convient ; ce que je rapporte n’a ni force de loi ni valeur de norme universelle : ce n’est pas du « unitaille » (une taille qui convient à tous, en anglais « one size fits all »).

3bis§ [Faute de temps, je n’ancrerai pas le sacrement de réconciliation à l’intérieur du salut réalisé en Jésus Christ, tel que l’Église Catholique (dont je suis membre) l’explicite. Sans un minimum d’initiation à cet ancrage, le geste de réconciliation tel que je vais l’exposer peut être difficilement compréhensible à notre lecteur (lectrice). Nous l’en avertissons par avance ici.]

Je vois personnellement trois étapes dans ce sacrement, et toutes comptent :

  1. avant le sacrement, la préparation ;
  2. pendant le sacrement, la disponibilité souple au souffle de l’Esprit Saint ;
  3. après le sacrement, l’action de grâce.

1. avant le sacrement, la préparation personnelle

4§ Je conseillerai un temps de prière avant pour demander à l’Esprit Saint en nous d’éclairer notre vie. Par exemple :

« voilà, Seigneur, je vais demander le sacrement de réconciliation, mais avant cela, je voudrais discuter avec toi. Eclaire moi sur ce que tu veux que je dise ; en tout cas, moi j’ai prévu de dire cela : etc… » ;

puis discuter avec le Seigneur, lui dire ce qui nous turlupine, ce qui nous fait mal au cœur, ce que nous n’arrivons pas à digérer. Lui demander qu’il confirme que c’est aussi quelque chose d’important pour lui, et aussi s’il voit d’autres choses.

5§ Dire aussi les joies qui nous portent, les choses dont nous sommes fier(e)s et dont nous sentons qu’elles nous confirment dans notre voie.

6§ Pour cette prière, se donner un temps (5 minutes, dix minutes, à votre guise - et s’y tenir). Il ne s’agit pas de s’éplucher en boucle sans fin ; à un moment donné, on conclut avec le Seigneur : « bon, je me lève et je dirai ceci et cela au prêtre qui m’accueillera – sauf contre-ordre de ta part ».
Et aussi dire : « voici ce que j’attends du moment qui vient, voici la ou les grâces que j’aimerai que tu me donnes à ce moment ».

7§Puis se lever et entrer en relation avec le ministre.


2. La relation avec Dieu par la médiation du ministre

8§ Se décentrer de ce qu’on va dire, de la tension qui est là (et c’est normal qu’elle soit là, il s’agit d’un moment important).
Des gestes y aident : regarder le ministre de temps en temps, accueillir son regard, attendre qu’il vous invite à vous asseoir, échanger des salutations, prendre conscience de son attitude corporelle, etc.

9§ Après la salutation, passer au vif du sujet sans trop tourner autour du pot.

10§ Pour passer au vif du sujet, il me semble important de franchir un sas d’entrée formel qui marque la rupture avec le temps de la salutation, de l’apprivoisement mutuel ; la transition se décide dans une dynamique entre vous et le ministre, ensemble vous sentez quand il faut commencer ; ce peut être vous qui prenez l’initiative, ou le ministre.

11§ Ce sas est constitué par une phrase comme :

« Bénissez moi mon Père, parce que j’ai péché »

et par le signe de croix fait ensemble avec le ministre.

12§Vous pouvez être inquiet(e) : est ce que je vais être à la hauteur ? est-ce que le ministre va être à la hauteur ?
Confiance. Ne vous laissez pas obnubilé(e) par les rubriques, les choses à faire et à dire, à quel moment et sous quelle forme. Tenez vous au cœur, là où se trouve l’essentiel, et les formes viendront d’elles-mêmes - il faudra quand même en avoir appris une par coeur (sinon, qu’est-ce qui viendrait ?).

13§ Pour le dire autrement : l’arbre ne doit pas cacher la forêt, les formes ne doivent pas empêcher le fond de trouver à se dire. Peut-être pensez-vous qu’un manquement sur une des étapes va invalider le sacrement ? Alors dites-vous bien que trois choses sont requises pour la validité du sacrement :

  • l’exposition de la matière au ministre ;
  • le désir de s’amender de votre part qui est explicité,
  • la parole d’absolution du ministre.

Les formes les plus simples sont les meilleures, à mon avis. Ne vous embarrassez pas, apprenez en une par coeur et voilà.

14§ Recevez l’encouragement du ministre.

La confession des péchés

15§ On peut se dire pécheur avec le confiteor  :

« Je confesse à Dieu tout puissant, je reconnais devant mes frères que j’ai péché en pensées, en paroles, par action et par omission. Oui, j’ai vraiment péché c’est pourquoi je supplie la Vierge Marie, les anges et tous les saints, et vous aussi mes frères de prier pour moi le Seigneur notre Dieu ».

16§Puis préciser ce qui nous pèse sur le cœur. Ne pas tourner trop longtemps autour du pot - bien sûr, cela peut être difficile de commencer directement par quelque chose qui semble lourd, alors dites des choses un peu convenues ou qui ne comptent pas trop au début, vous n’êtes pas dupe et sans doute le ministre non plus - et puis dites ce qui est important pour vous après ces préliminaires peut-être nécessaires.
En régime habituel, la prière personnelle préalable vous a permis de déterminer l’essentiel de ce que vous voulez dire, donc cela doit venir assez naturellement et sans trop d’effort au cours de l’échange.

17§ Dites honnêtement (et sans chichis si cela vous est possible) ce qui vous a semblé important - et si vous dites autre chose que ce que vous avez prévu, ou si vous ne le dites pas aussi bien que vous voudriez, dites-vous que le ministre absout vos péchés, ceux que vous avez dit, ce que vous aviez dit et ce que vous auriez voulu dire – il absout tous vos péchés.

Et dites-vous aussi que dans cet échange, il y a plus que deux personnes, il y a plus que le ministre et vous. Soyez disponible et à l’écoute, soyez souple et non pas crispé(e), autant que cela est possible, tout en sachant que paradoxalement vous devez aussi être tendu(e) ! Pourquoi cette disponibilité ? Parce qu’alors éventuellement quelque chose en vous vous amènera à dire autre chose que ce que vous aviez prévu, ou alors à l’articuler autrement : et cela peut être bien, cela peut être le résultat de l’Esprit Saint qui aura soufflé en vous.Peut-être. Plus vous avancerez dans votre relation avec le Dieu de Jésus Christ, et plus vous serez sensible et disponible à ces déplacements subtils de l’Esprit (du moins c’est mon expérience personnelle).

18§ Ne succombez pas au scrupule, à la peur d’oublier de tout dire : tenez vous dans le climat de prière que demande ce sacrement naturellement, ayez confiance en la présence de Dieu et de son efficacité, qui dépasse la vôtre et celle du ministre. Dans ce climat, les choses importantes sortiront, ne vous inquiétez, l’Esprit Saint travaille en vous et en votre interlocuteur, ayez confiance en son action.

19§ Au fait, ce moment est un moment où des choses importantes sont en jeu, me semble-t-il. Alors soyez vigilant(e) à ce qui se passe en vous, incrédulité, gêne, ou au contraire, force, espérance, éclaircissement qui surviennent en vous. Ecoutez le ministre, voyez quelle dynamique d’écoute se met en place : écoute du ministre, écoute de l’Esprit Saint qui profite de l’occasion pour vous transmettre quelque chose.

20§ Pratiquez autant que possible la garde de la bouche en évitant de dire des choses oiseuses ou légères : le moment est grave, me semble-t-il, des choses importantes se jouent là, non ?

21§ Un autre point important : la gravité du moment ne doit pas faire oublier une autre face du sacrement de réconciliation. Si je viens confesser mes péchés, c’est parce que je crois que Dieu veut se réconcilier le monde avec lui – et donc en particulier que Dieu veut se réconcilier avec moi, et que cela m’est donné, offert en son Fils mort et ressuscité pour nous. Et pourquoi Dieu veut se réconcilier avec moi et avec l’univers ? Parce qu’il a fait et qu’il continue de faire toute chose par amour, et qu’il veut que tous les hommes et toutes les femmes (dont moi) nous entrions dans sa joie, dans la joie de la présence partagée, lui avec nous et nous avec lui, dans un univers transfiguré d’une beauté insoutenable pour nos yeux de chair.

22§ Donc l’autre face du sacrement, c’est à mon avis… l’action de grâce pour les merveilles qu’il faites pour moi : je confesse l’amour de Dieu pour moi et c’est sur cet horizon que je peux confesser mes manquements à cet amour. Voir d’abord à quoi nous sommes appelés, à quel avenir de communion nous sommes convoqués. Voir quelle est la Noce, la fête à laquelle nous sommes convié(e)s et seulement après se lamenter de ne pas avoir un si beau vêtement pour la noce.

23§ A mon avis, en faisant cela, en conjoignant la confession de ses péchés, et la confession des merveilles que le Seigneur fit et continue de faire pour moi, j’évite la morosité et l’enfermement du Moi sur lui-même, vexé de ne pas correspondre à son idéal artificiel de héros, de premier de la classe, de fils ou de fille préféré(e) de ses parents – et je me situe comme fils et fille de Dieu appelé (e) par grâce, par amour (le passé), dans l’amour (le présent) et pour l’amour (à venir).

24§ J’aime beaucoup personnellement ce que disait un saint, un jésuite je crois (merci de me signaler son identité si vous la connaissez) : « je te montre ce dont je veux te guérir ». La dynamique du péché, c’est l’enfermement, c’est tourner en boucle sur soi : « j’aurais dû faire çà », « je suis nul(le) », « je n’ai pas su faire çà », etc…

25§ Tout ce qu’on se reproche est sans doute vrai, mais la force du péché est redoublée quand on le laisse prendre le dessus sur soi en entrant dans un système de miroir en abîme. « Moi », « moi », « moi » et encore « moi » : si vous venez demander le sacrement de réconciliation, c’est que vous croyez, que vous espérez qu’un autre peut vous sortir de cet enfermement. Sinon, pourquoi viendriez-vous ? Alors laissez de la place à cet autre, dites le bien qu’il vous a fait et qu’il continue de vous faire, dites le bien que vous attendez encore de lui. Et rendez grâce.

26§ A mon avis, la confession devrait toujours comporter ces deux volets : mes péchés, et la joie, la grâce que j’ai éprouvée avec mon Dieu, les cadeaux qu’il m’a faits. Dire ces deux choses au ministre, et alors vous verrez que vos péchés sont situés comme ce qui empêche une dynamique de se déployer, comme ce qui fait obstacle au déploiement d’une relation entre vous et quelqu’un qui est formidable et qui rend toute chose formidable, - et vous aussi, et surtout vous.
Cela aidera à sortir d’une impasse, celle du Narcisse en quête de lui-même, d’elle-même, déçu(e) de ne pas être aussi beau (belle) qu’il (elle) l’aurait souhaité. Le péché alors, ce n’est pas le bouton sur le nez ou la ride sur la peau, c’est le centrement sur soi et le désir de captation des autres pour se valoriser soi-même ; là est le péché qui trouve à se dire dans ce dépit. Ce double volet de la confession aide à entrer dans une dynamique de don de soi et d’accueil de l’autre (le contre-don) ; cela aide à entrer dans la vérité, qui est une vérité de la relation – aimante.

27§ Ecouter ensuite : écouter ce que dit le ministre, écouter ce que dit l’Esprit Saint en vous, à travers lui (et malgré lui quelquefois). Il se peut que le ministre suscite en vous des réactions peu amènes (« il est brutal », « il ne comprend rien », « il rabâche ») ; elles sont là, ne vous y attachez pas, écoutez les patiemment sans leur donner de combustible, et dites vous simplement que la grâce de Dieu et la foi de l’Eglise pallient à l’éventuelle insuffisance (pastorale et/ou humaine) du ministre qui se trouve être devant vous à ce moment-là.

28§ Le ministre propose un signe de conversion. Recevez le et manifestez que vous le recevez.

Recevoir l’absolution.

29§ Vient alors le moment de l’absolution : vous et le ministre avez senti que c’était le moment, alors vous vous êtes préparés l’un et l’autre. Vous pouvez signifier votre désir de conversion :

« Jésus, Fils de Dieu Sauveur, prends pitié de moi pécheur »
(belle formule de la Prière de Jésus)

Ou encore :

« Père, j’ai péché contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils (ta fille). Prends pitié du pécheur (de la pécheresse) que je suis ».

Ou encore :

« Mon Dieu, j’ai un très grand regret de t’avoir offensé, parce que tu es infiniment bon, et que le péché te déplaît. Je prends la ferme résolution, avec le secours de ta grâce, de ne plus t’offenser et de faire pénitence.

 »

30§Humblement, recevoir l’absolution ; trouver l’attitude juste, corporellement ; juste, cela veut dire ajustée à la situation, au ministre et à ce que vous vivez à ce moment-là. L’incrédulité peut monter, mais aussi l’espérance : ne vous paniquez-pas – et ne vous exaltez pas non plus !

Vous pouvez vous dire en vous même : « Seigneur, que ta volonté soit faite, et non pas la mienne. Entre tes mains, je remets mon esprit. ».

31§Constater ce qui se passe en vous, sans vous y accrocher, constatez et laissez partir. Cela est possible quand l’attitude de fond est celle de la disponibilité à ce qui vient, la confiance dans la puissance de ce qui vient.

Vous pouvez vous dire en vous même : « Seigneur, que ta volonté soit faite, et non pas la mienne. Entre tes mains, je remets mon esprit. ».

32§ Goûter ce qui vous arrive.
Le ministre étend les mains au dessus de votre tête (geste magnifique à mon avis) et dit la prière de réconciliation :

« Que Dieu notre Père vous montre sa miséricorde ;
par la mort et la résurrection de son Fils, il a réconcilié le monde avec Lui et il a envoyé l’Esprit Saint pour la rémission des péchés ;
par le ministère de l’Eglise, qu’il vous donne son pardon et sa paix.
Et moi, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, je vous pardonne tous vos péchés ».

33§ Faites un signe de croix lors de la mention trinitaire « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Répondre : « Amen ».

34§ Il y a un sas de sortie comme il y avait au début un sas d’entrée. Le voici sous deux variantes.

35§ Le ministre vous invite à l’action de grâce.
S’il dit :

« Rendez grâce au Seigneur car il est bon »

, répondez par

« Eternel est son amour »

 ; il dira ensuite :

« Le Seigneur vous a pardonné, faites de même ».

36§ Autre possibilité : le ministre dit :

« Allez en paix et annoncez à travers le monde les merveilles de Dieu qui nous a sauvés ».

Répondez par

« Béni soit Dieu maintenant et toujours »

. _
Au fait, si vous vous trompez dans les réponses, ce n’est pas grave !

37§ Voilà : remerciez le ministre, serrez lui la main si cela est souhaitable, n’oubliez pas en tout cas de lui sourire si vous le pouvez.

38§ Et partez avec une foi, une confiance et une charité renouvelées.

Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils, non pas pour condamner le monde, mais pour qu’il soit sauvé.

Quelle chance que ce soit ce Dieu-là notre Dieu !


3. Après le sacrement, l’action de grâce

39§ Et si vous êtes heureux (heureuse), si vous vous sentez soulagé(e), renouvelé(e), si le monde vous semble refait à neuf, alors ne vous exaltez pas, ne cherchez pas à entretenir ce sentiment. Laissez le s’exprimer autant qu’il le fera, simplement, et rendre grâce au Seigneur tout aussi simplement.

« Seigneur, comment se fait-il que j’ai trouvé grâce à tes yeux ? ».

Et pensez avec joie à la façon dont vous allez accomplir le signe de conversion que vous a remis le ministre.


© esperer-isshoni.fr, février 2009.
© esperer-isshoni.info, novembre 2015.


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