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Chasse aux sorcier(e)s - Chronologie et bibliographie

samedi 10 décembre 2016 par Phap
Bibliographie Chronologie


Chronologie

 ? Dans la Bible, le livre de l’Exode dit : "Tu ne laisseras pas en vie la magicienne" [1].
 ? Le Canon episcopi, censé avoir été rédigé au concile d’Ancyre en 314, nie la réalité des vols de sorcières : ce sont des femmes dupées par des fantasmagories du démon d’après le Canon . Accorder du crédit à ces prétendus pouvoirs serait se montrer stupide et même pire, hérétique, d’après le Canon.
866 le Pape Nicolas 1er [2] écrit au roi des Bulgares que la torture n’est permise ni par la loi divine ni par la loi humaine
1233 Grégoire IX a émis une bulle, Vox in Rama, dénonçant un culte démonolâtrique en Germanie, suite à la demande de Conrad
15/5/1252 La bulle Ad extirpanda d’Innocent IV [3] autorise la pratique de la question - de la torture - dans le cadre de l’Inquisition, sous réserve de ne conduire ni à la mutilation ni à la mort. L’accusé bénéficie de deux protections : la question ne peut être donnée qu’une fois, et les aveux doivent être répétés librement pour être recevables.
Les clercs ne peuvent l’administrer ni y assister sous peine d’irrégularité.
1326 La bulle Super illius specula de Jean XXII [4] assimile certaines pratiques de sorcellerie à l’hérésie.
1425 à 1450 258 exécutions pour sorcellerie dans le Dauphiné. Le juge laïc Claude Tholosan poursuit les crimes de sorcellerie de 1426 à 1449 dans le Briançon et écrit son expérience vers 1436 dans un Traité redécouvert au vingtième siècle
1437 Le dominicain Johannes Nider (environ 1380-1438) écrit Formicarius , "la fourmilière". Une partie du livre traite de la sorcellerie et sera repris dans le "Marteau des maléfices" de 1486. Nider s’appuie sur le témoignage d’un juge laïc, Pierre de Berne.
1459 à 1461 « Grande vauderie d’Arras » avec la mise en accusation pour sorcellerie de 29 personnes dont 10 femmes. 12 seront exécutées, dont 8 femmes.
5 décembre 1484 Innocent VIII [5] fulmine la bulle Summis desiderantes affectibus contre la sorcellerie qui se propage en Germanie. La bulle affirme le soutien du pape aux Inquisiteurs Sprenger et Kramer / Institoris.
1486 Les dominicains Jacques Sprenger (1436 environ -1496) et Henri Institoris (ou Heinrich Kramer - 1436-1505) [6] publient le "Marteau des sorcières" Malleus maleficarum. La bulle de 1484 figure en tête de l’ouvrage.
1518 Arrivée à Metz, ville d’Empire, de Heinrich Cornelius Agrippa de Nettesheim (1486 1535). Il défend une femme accusée de sorcellerie contre l’inquisiteur Nicolas Savin. Il quitte Metz en 1520.
29 juin 1540 4 sorciers et sorcières sont brûlés vifs sur la place de Wittemberg
1555 Paix d’Augsbourg
1563 le médecin Jean Wier (1515-1588), disciple de Heinrich Cornelius Agrippa de Nettesheim, diagnostique dans la sorcellerie une forme de maladie qui n’appelle pas l’action de la justice, à l’encontre du Malleus maleficarum. Il exprime son opinion dans le livre De Praestigiis daemonum et incantationibus ac venificiis libri V qui a été traduit par : "Cinq livres de l’imposture et tromperie des diables, des enchantements et sorcelleries". Le livre sera traduit en allemand, français et anglais
1570-1630 période culminante des chasses aux sorcier(e)s.
1574 Le ministre calviniste Lambert Daneau publie le Dialogue des sorciers, vademecum des magistrats et des enquêteurs.
1580 Contre Jean Wier, Jean Bodin (1530-1596) écrit De la démonomanie des sorciers.
1581–1593 Procès de Trêves avec 368 exécutions. Le nombre exact d’exécutions dans la principauté est estimé à un millier, en l’absence de documents. L’archevêque électeur était alors Johann von Schönberg (1525-1599). source : Wikipedia
1590 à 1592 procès des sorcier(e)s de North Berwick (Écosse). Sous la torture, Gellie Duncan accuse trente personnes d’avoir pratiqué la sorcellerie, en particulier pour provoquer le naufrage du roi Jacques VI d’Écosse, futur roi Jacques 1er d’Angleterre. Ils seront étranglés et brûlés. Agnès Sampson et Cunningham, connu sous le nom de docteur Fian, figurent parmi les condamnés.
25/3/1593 Le théologien Cornelius Loos (1546-1595) doit se rétracter par rapport à son livre "De vera et falsa magia" - De la vraie et de la fausse magie - où il dénonce la persécution des sorcier(e)s dans le diocèse de Trêves
1594 Affaire de Dinteville en Champagne : Sébastien Breton et Jeanne Simoni son épouse sont poursuivis pour sorcellerie par le juge local. Jeanne Simoni est soumise à l’ordalie de l’eau puis on procède à la recherche de la marque du sabbat sur son corps. Elle meurt en prison avant sa condamnation à mort tandis que son mari est banni. Suite à l’appel de la famille, le juge est désavoué et démis de ses fonctions.
1595 Nicolas Rémy (v. 1525-1612) publie La démonologie. Il y expose son expérience de juge en matière de chasse aux sorcier(e)s : de 1576 à 1591, il a condamné au bûcher 900 personnes en Lorraine soit en moyenne 60 par an. Le livre sera traduit en allemand.
1597 Le roi Jacques VI d’Écosse, futur roi Jacques 1er d’Angleterre (1566-1625) écrit "Daemonoloy" où il confirme l’existence des sorcier(e)s serviteurs du diable et approuve leur persécution
1598 Anton Praetorius (1560-1613) écrit sous un nom d’emprunt le livre « Von Zauberey und Zauberern Gründlicher Bericht » (de l’étude approfondie de la sorcellerie et des sorciers) manifeste contre la persécution des sorcières et contre la torture
1er décembre 1601 interdiction générale de la "baignade" (ordalie de l’eau) par le Parlement de Paris après l’affaire de Dinteville de 1594
1602 (ou 1603 ? ) Henri Boguet (1550-1619), juge en Franche-Comté, écrit le « Discours exécrable des sorciers  », réédité douze fois en vingt ans. Il a condamné au bûcher en particulier Françoise Secrétain, accusée d’avoir rendu infirme une fillette de 8 ans, Louise Maillat.
1604 Appel de droit automatique des accusés pour sorcellerie, disposition reprise le 27 juin 1624, par le Parlement de Paris
1608 Le prêtre Francesco Maria Guazzo publie le "Compendium maleficarum " à Milan. Il y décrit les pactes avec le diable et les maléfices des sorcier(e)s. Le sous-titre en latin : "Ex quo nefandissima in genus humanum opera venefica, ac ad illa vitanda remedia conspiciuntur" pourrait se traduire par : "où l’on dévoile des œuvres infiniment néfastes pour le genre humain des empoisonneuses et les remèdes pour les éviter"
1610 deux possédées d’un couvent d’ursulines à Aix-en-Provence accusent un curé de Marseille, Louis Guafridy, de les avoir envoûtées.
Le dominicain Sébastien Michaëlis instruit l’affaire qui aboutit à la condamnation à la peine de feu du curé. Le frère Sébastien Michaëlis publiera en 1613 "Histoire admirable de la possession et conversion d’une pénitente séduite par un magicien" à propos de l’affaire.
1612 procès des sorcières dans le comté de Lancaster. 11 personnes dont 9 femmes sont accusés, 10 sont condamnés à mort et pendues, un est reconnu non coupable.
1612 Le procès de Logrono en Espagne aboutit à la condamnation au bucher d’une dizaine de sorciers. Le délégué de l’Inquisition, Alonso de Salzar y Frias, démontre l’inanité du procès. Interdiction est faite de confisquer les biens des accusés.
1612 Pierre de Rosteguy de Lancre (1553-1631), conseiller du Roi au Parlement de Bordeaux, écrit : « Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons  ». Envoyé pour purger le Labourd des sorciers et sorcières, il a fait condamner à mort 60 à 80 personnes.
Années 1630 vagues de possession dont le sommet à Loudun en 1632 : des ursulines possédées dans le couvent de Loudun accusent le curé de la paroisse, Urbain Grandier, d’être à l’origine des phénomènes diaboliques dans le couvent. Le curé est exécuté.
1626-1631 Procès de Bamberg aboutissant à 200 exécutions. En tout, environ 1 000 personnes auraient été exécutées sous le règne du Prince-évêque Johann Georg Fuchs von Dornheim. La lettre d’un condamné, Johannes Junius (1573-6 août 1628), maire de Bamberg, décrit comment il en est venu à faire de faux aveux et dénoncer des innocents. Source : Wikipedia
1626-1631 Procès de Würzburg mené avec le soutien du prince évêque du lieu, Philipp Adolf von Ehrenberg, aboutissant à 157 exécutions par le feu, la plupart après décapitation.
Philipp Adolf von Ehrenberg aurait fait brûler 900 personnes pendant son règne (1623–1631) dont son propre neveu, 19 prêtres catholiques et des enfants de sept ans accusés d’entretenir des rapports avec les démons. Source : Wikipedia
1631 Publication du traité Cautio criminalis, seu de processibus contra sagas du jésuite Friedrich Spee (1591-1635) qui dénonce les conditions d’instruction des procès en sorcellerie, dont l’usage de la torture.
1635 bulle du pape Urbain VIII [7] demandant de ne pas tenir compte des dénonciations des accusés en sorcellerie.
1644 début de la carrière de « dénicheur de sorcier(e)s » « witchfinder  » de Matthew Hopkins (env. 1620 – 1647) dans l’East Anglia. Il aurait fait pendre et brûler 300 femmes entre 1644 et 1646. Son livre « The Discovery of Witches », « Débusquer les sorcières » publié en 1647, emprunte au livre « Démonologie » du roi Jacques VI d’Écosse.
Juillet 1682 « Édit du roi pour la punition de différens crimes qui sont devins, magiciens, sorciers, empoisonneurs » en France : la sorcellerie est ramenée à une illusion
1691 Balthazar Bekker (1634-1698) écrit De Betoverde Weereld soit « Le monde ensorcelé » (plutôt que "Le monde enchanté"). Il y dénonce la croyance au pouvoir du démon, l’argument central de la chasse aux sorcières.
de février 1692 à mai 1693 Procès des sorcières de Salem (Massachusetts) aboutissant à la condamnation à mort de 20 personnes dont 14 femmes (19 sont pendues, la dernière meurt par écrasement sous des pierres). La justice prononce sa sentence en s’appuyant sur la notion d’"évidence spectrale" : les victimes se plaignent d’être tourmentées par les spectres des accusés. En 1695, le quaker Thomas Maule dénonce la procédure juridique utilisée.

Bibliographie

Sources

  • Nicolau Eymerich, Francisco Peňa, Le Manuel des inquisiteurs de frère Nicolau Eymerich, dominicain, avec les commentaires de Francisco Peňa, docteur en droit canon et en droit civil - Avignon, 1376 – Rome, 1578 - Introduction, traduction et notes de Louis Sala-Molins, École pratique des hautes études et Mouton éditeur, 1973, 249 p.
  • Sala-Molins, Louis, Le dictionnaire des inquisiteurs - Valence 1494, éditions galilée, 1980, 455 p.
  • Henri Institoris, Jacques Sprenger, Le Marteau des Sorcières, Malleus Maleficarum, traduit du latin et précédé de L’Inquisiteur et ses sorcières par Amant Danet, Éditions Jérôme Million, [Plon, première version de la traduction, 1973], 2005, 539 p.

Travaux historiques

  • Histoire du christianisme, tome 7, Mayeur J.-M., Pietri Ch. Et L., Vauchez A., Venard M. De la réforme à la Réformation (1450-1530), Desclée
    • Chap IV La hantise du diable par Marc Venard, p. 1029-
  • Henry Charles Lea, Histoire de l’Inquisition au Moyen-Âge, traduit de l’américain par Salomon Reinach, présenté par Bartolomé Bennassar, éditions Robert Laffont, 2004, 1458 p.
    • Livre III - chap. VI : La magie et les arts occultes, p.1153-1236
    • Livre III - chap. VII : Les sorcières, p.1236-1283
  • L’Inquizizione, Atti del Simposio internazionale - Citta del Vaticano, 29-31 ottobre 1998, a cura di Agostino Borromeo, Comitato del grande Giubileo dell’Anno 2000 - Commissione Teologico-storica, Citta del Vaticano, Bibiloteca Apostolica Vaticana, 2003
    • Gustav Henningsen, "La Inquiscion y las brujas", p. 567-605
  • Cohn Norman, Europe’s Inner Demons - An Inquiry inspired by the Great Witch Hunt, London : Sussex University Press, 1975, 302 p.
    [traduction française  : Démonolâtrie et sorcellerie au Moyen Age : fantasmes et réalités - trad. de l’anglais par Sylvie Laroche et Maurice Angeno, Paris : Payot, 1982, 315 p.
  • Boureau, Alain, Satan hérétique. Naissance de la démonologie dans l’Occident médiéval (1280-1330), Odile Jacob, 2004, 318 p.
  • Inquisition d’Espagne, sous la direction d’Annie Molinié et de Jean-Paul Duviols,
    • Ana Conde, "Sorcellerie et Inquisition au XVIe siècle en Espagne - L’exemple du diocèse de Cuenca : l’Inquisiteur Ruesta face à la Suprema : entre mythe et réalité", p. 95-107
  • 図説 魔女狩り(ふくろうの本/世界の歴史) 黒川 正剛(著) - 出版社 : 河出書房新社– La chasse aux sorcières – Kurakawa Masatake (auteur) - Kawade (shobôshinsha) éditions, © mars 2011, 127 p.
  • 図解 悪魔学 (F-Files No.027) 2010/6/25 - 草野 巧 Kusano Tsukami - 240ページ
    発行年月日:2010年07月6日 – 2016年 2月 2 日 quatrième réédition 新紀元社 Shinkigensha

    © esperer-isshoni.info, décembre 2016

[1Ex 22,17
Voir aussi :

"Celui qui s’adressera aux spectres et aux devins pour se prostituer à leur suite, je me tournerai contre cet homme-là et je le retrancherai du milieu de son peuple" Lévitique 20,6

ou encore

"On ne trouvera chez toi personne qui fasse passer au feu son fils ou sa fille, qui pratique divination, incantation, mantique ou magie, personne qui use de charmes, qui interroge les spectres et devins, qui invoque les morts.
Car tout homme qui fait cela est une abomination pour le SEIGNEUR, et c’est à cause de telles abominations que le SEIGNEUR ton Dieu dépossède les nations devant toi." Deutéronome 18,10-12

Pour clore ce sujet, voir la rencontre du premier roi d’Israël, Saül, avec la sorcière d’Endor au chapitre 28 du premier livre de Samuel :

Or Samuel était mort, tout Israël avait célébré son deuil et l’avait enseveli à Rama, sa ville. Et Saül avait aboli la pratique de la divination dans le pays.
Les Philistins se rassemblèrent et vinrent camper à Shounem. Saül rassembla tout Israël, et ils campèrent à Guilboa. Saül aperçut le camp des Philistins : il eut peur et son coeur trembla violemment.
Saül interrogea le SEIGNEUR, mais le SEIGNEUR ne lui répondit pas, ni par les songes, ni par le Ourim, ni par les prophètes.
Saül dit à ses serviteurs : « Cherchez-moi une femme qui pratique la divination, que j’aille chez elle la consulter. » Ses serviteurs lui dirent : « Il y en a une à Ein-Dor. » .../....
[début du chapitre 28]

[La divination par les songes, par la parole autorisée des prophètes, et le tirage au sort sont donc des pratiques autorisées dans la Bible.]

[2Nicolas 1er : v. 800 - 867, pape à partir de 858, 105e pape

[3Innocent IV : 1180 1190-1254, élu en 1243

[41316-1334

[5Innocent VIII : 1432-1492 ; pape avignonnais élu en 1484

[6Il semblerait que l’ouvrage n’ait en fait qu’un seul auteur, Henri Institoris, le nom du frère Jacques Sprenger ayant été ajouté pour donner plus de crédibilité à l’ouvrage.

[71568-1644, élu 235e pape en 1623


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