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Figures dominicaines - Louis Bertrand (1526-1581)

mercredi 3 janvier 2018 par Phap

Version numérisée de :

  • S. Louis Bertrand De l’Ordre de Saint Dominique - Patron de la Nouvelle Grenade, par le R. P. Jean-Dominique FOLGHERA, du même Ordre. Société Saint-Augustin, Desclée de Brouwer et Cie, Imprimeurs des Facultés Catholiques de Lille, 1897 [31 p.]

Les illustrations n’ont pas été reprises


En guise d’avertissement


Table des matières


I - ENFANCE ET JEUNESSE.

LOUIS Bertrand, fils aîné de Jean Bertrand, notaire royal à Valence, naquit en cette ville, le Ier janvier 1526. Le seul souvenir qu’aient laissé ses toutes premières années, c’est la fréquence de ses larmes. Mais la vue des saintes images et des tableaux des églises les calmait merveilleusement et semblait remplir l’enfant d’une joie toute particulière.

De bonne heure éclatèrent les indices de sa future sainteté.

Pieux, il faisait sa joie d’assister aux cérémonies religieuses. Dès l’âge de huit ans, il prit l’habitude journalière de réciter l’Office de la Vierge. Il s’adonna très jeune à l’oraison. Le soir, il se retirait de bonne heure dans sa chambre. Mais, au lieu de se livrer au repos, il vaquait à la prière, et, souvent, la prolongeait une partie de la nuit. Les domestiques l’observèrent maintes fois à travers les fentes de la porte.

Mortifié, il dormait fréquemment sur un coffre de bois ou sur le plancher, mais en ayant grand soin de bouleverser son lit, car la vraie vertu est humble et amie du secret. Le vendredi, il diminuait sa nourriture et s’habituait au jeûne.

Charitable, il aimait les malheureux. Encore très jeune, une de ses pratiques favorites était le service des malades dans les hôpitaux. Il y consacrait parfois sa nuit entière.

Chrétien digne de ce nom, connaissant, aimant, servant DIEU, il n’aspirait qu’à se dévouer tout entier à DIEU, et, ému sans doute par l’exemple de saint Roch, il résolut d’imiter ce pèlerin, ce mendiant, ce saint. Il comprit la grandeur du sacrifice : quitter parents, foyer, amis ; s’en aller solitaire, sans ressources, à l’aventure ; compter sur DIEU seul,... et il sut l’accomplir. Un beau jour il partit. La mortelle inquiétude de ses parents fut calmée par une lettre où leur fils leur expliquait en termes touchants et énergiques ce qu’il croyait sa vocation. Ils le firent poursuivre, et Louis, éclairé par DIEU, revint à la maison paternel|e. Mais, pour marquer sa rupture avec le monde, il revêtit l’habit ecclésiastique.

[p.4] Après la mort du Père Ambroise de Jésus, Minime, son premier directeur, Louis s’adressa au Père Laurent Lopez, Dominicain. En relations fréquentes avec le couvent et ses habitants, il sent germer en lui le désir de la vie dominicaine, le caresse d’abord avec une joie intime et profonde, s’en ouvre à son directeur, et, sur l’approbation de celui-ci, demande l’habit. Mais son père intervient, fait valoir la faible santé de son fils et tant d’excellentes raisons, que le Prieur promet de ne pas recevoir le postulant. Louis doit attendre, tout triste, la réalisation de son rêve. Il est sans cesse au couvent, arrose les arbres, et soupire : « Heureux arbres, de vivre dans cette enceinté sacrée ! que je vous porte envie ! » Parfois aussi, trompant la vigilance du sacristain, quand celui-ci vient clore les portes de l’église, il s’y laisse enfermer, et, prosterné au pied des autels, implore de DIEU et des saints la grâce que lui refusent les hommes.

Enfin un nouveau Prieur fut élu, et les vœux du jeune homme furent comblés.


II. — NOVICE ET MAITRE DES NOVICES.

L’EPREUVE purifie les amis de DIEU et Louis était du nombre. L’amour trop humain et trop exigeant de ses parents vint le relancer au fond de sa retraite. A peine tranquille de ce côté, une calomnie fit douter de sa vocation. La vérité se fit jour, et Louis put se former à cette école de perfection qu’est le noviciat.

Il nourrit son âme de ferventes méditations. Les deux éternités : le ciel, l’enfer, le rendirent soucieux de son salut. La Passion du Sauveur lui fit verser des larmes. Déjà DIEU se révélait à lui par des touches sensibles. Il demanda un jour au Père Micon pourquoi, dans l’oraison, il ne se possédait parfois plus et semblait emporté par une force invisible, « Quand cela vous arrive, répondit le religieux, remerciez DIEU en toute humilité, car c’est un bonheur que tous n’éprouvent pas. »

Les Constitutions devaient régler toute sa vie ; il les étudiait avec un soin scrupuleux, et jusque dans les moindres détails des cérémonies.
Enfin le Traité de saint Vincent Ferrier sur « la Vie spiri[p.6]tuelle » était, pour ainsi dire, son livre de chevet : les préceptes d’austère vertu qu’il contient lui étaient un sentier tout tracé vers la perfection.

Il savait que la sainteté, lettre morte dans les livres, est, chez les saints, vivante. Les saints de son Ordre, surtout saint Dominique et saint Vincent — auquel les liens du sang unissaient sa famille étaient toujours devant ses yeux comme autant de modèles. La ferveur des religieux qui l’entouraient enflammait la sienne ; il avait à cœur de marcher sur leurs traces. Il imitait l’humilité de l’un, la pénitence de l’autre, et, comme saint Antoine, devenait bientôt un exemple des vertus dont il s’était fait l’imitateur.

C’était un novice modèle : toujours recueilli, ami du silence, modéré dans ses paroles, humble et doux, maître de lui. Les Pères éprouvèrent une joie profonde à l’admettre à la profession, et, le 27 août 1545, Louis jura obéissance à DIEU, à la Sainte Vierge, à saint Dominique, selon la Règle de saint Augustin et les Constitutions des Frères-Prêcheurs, jusqu’à la mort.

Novice profès, il lui sembla voir s’ouvrir une nouvelle carrière. Son humilité le faisait s’accuser de lâcheté et le stimulait sans trêve. La pénitence, vers laquelle le portait un attrait naturel, eut en lui un amant enivré de cette folie qui crée les saints. Il comptait si peu avec son corps qu’il tomba gravement malade. Remis, il reprit, comme devant, ses exercices de mortification, et ainsi toute sa vie.

L’étude est une des principales occupations du Noviciat profès. Louis y éprouva d’abord une grande difficulté, provenant non de la paresse, mais de l’irrésistible élan qui le poussait vers DIEU. Ce fut une dangereuse tentation. Il la vainquit, et nul ne fut aussi studieux.

Mais son intelligence ordinaire et sa mémoire peu tenace secondaient mal ses efforts. Aussi disait-il avec un sourire qu’il était de ceux dont parle saint Paul, « qui apprennent toujours sans jamais parvenir à la vérité. »
La volonté de ses supérieurs l’appela au sacerdoce. Le 23 octobre I547, à peine âgé de vingt-deux ans, il célébra sa première Messe, avec une ferveur que ni l’habitude, ni la routine ne refroidirent jamais.
En 1551, il fut nommé Maître des Novices. Sa jeunesse,— [p.7] il n’avait que 26 ans, — en face d’un fardeau si lourd et si grevé de responsabilités, est une preuve de la confiance qu’on mettait en lui. Elle ne fut pas trompée.

Sa tâche lui était tout indiquée : conduire les autres par le rude chemin qu’il avait le premier suivi, les initier aux sublimes vertus où il était passé maître. Les paroles ne sont rien sans l’exemple : la vie de Louis était le flambeau qui éclairait ses paroles, le foyer qui les embrasait.

Il recommandait à ses novices l’humilité. « Nous devrions, disait-il, rester, en cœur et en esprit, prosternés à terre ; nous regarder comme des êtres misérables, si faibles, que, bons aujourd’hui, demain peut-être nous serons mauvais. Voyez saint Pierre : il jure avec hardiesse de suivre son Maître, de mourir avec lui... Il le renie jusqu’à trois fois. » Une de ses maximes favorites était qu’un religieux doit se mépriser soi-même sans mépriser personne, mépriser le monde, mépriser le mépris lui-même. »

Il leur inculquait l’esprit de pauvreté. « Un religieux, disait-il, doit être si détaché, que, s’il prenait fantaisie à un supérieur de lui enlever ses livres, de le chasser de sa cellule, il devrait être prêt à tout abandonner sans regret, pour l’amour de DIEU. »

II insistait spécialement sur l’obéissance, en développant ce principe, que, si les gens du monde, par simple point d’honneur, sont fidèles à leurs promesses, à plus forte raison des religieux, dont DIEU même a reçu le serment.
Il les excitait à l’amour envers Jésus crucifié, leur conseillait de s’armer, en toute occasion, du souvenir aimant de la Passion ; leur certifiait, par expérience, que l’âme y trouve refuge dans la détresse, force dans la tentation, flamme destructive de toute affection déréglée ; la définissait : l’école des chrétiens, où s’apprennent vite et efficacement la charité, l’obéissance, l’humilité, toutes les vertus. II voulait que toute cellule eût son crucifix, pour que ce mémorial visible du Divin Ami incitât à son amour. Un jour il s’aperçut que le Frère Jean Baga n’avait pas de crucifix dans sa cellule. Il s’écria. : « Personne ne saurait devenir vrai fils de saint Dominique sans avoir, dans sa cellule, l’image de Notre-Seigneur crucifié. » Puis, prenant un crucifix appendu au mur, il le lui remit en disant : « II pourvoira à tous vos besoins. »
[p.8] Enfin, aux novices étudiants, qu’il encourageait au labeur intellectuel, il disait n’avoir pas pour mission de fonder un nouvel Ordre, mais serrer de près et maintenir les antiques traditions des Prêcheurs, d’après lesquelles religieux de chœur est synonyme d’homme adonné à la théologie et à la science. Toute l’âme dominicaine de saint Louis est là.

Mais il ne suffit pas de jeter dans l’âme la semence des vertus, il faut extirper jusqu’aux racines les défauts, qui, comme autant d’épines et de mauvaises herbes, étoufferaient ces fleurs du Ciel.

Louis s’attaquait aux siens d’abord, et il priait les Novices de l’y aider. Il les avait instamment priés de l’avertir des défauts qu’ils pourraient remarquer dans sa conduite. Quand ils lui révélaient un défaut réel ou supposé, il leur en savait un gré extrême. Un jour, il allait infliger la discipline à un Frère. Celui-ci lui dit d’un ton de remontrance : « Mon Père, vous êtes vraiment trop dur. » Louis fut si charmé de la réprimande qu’il lui fit grâce. Il allait jusqu’à demander pardon à ses Novices des torts qu’il se croyait à leur endroit.

En revanche, il était sévère. Il voulait des vocations solides. Devant des signes douteux, devant une âme qui ne paraissait pas manifester l’intention très pratique de travailler à la perfection, il était sans pitié. Quand un Novice quittait l’habit, Louis avait coutume de se tourner vers les autres et de leur dire la parole de Notre-Seigneur à ses apôtres : « Vous aussi, voudriez-vous me quitter ? » En même temps il les conjurait avec instances de correspondre soigneusement à leur vocation et de mériter la persévérance.

Les négligents et les tièdes, à moins de s’amender, n’avaient pas beau jeu. Au dire d’un biographe qui fut Novice de Louis, le Chapitre des Coulpes, tenu à minuit, semblait une anticipation du Jugement dernier. Rien n’échappait à l’inexorable justicier : les moindres fautes étaient relevées et châtiées.

Il entendait, d’ailleurs, être écouté et obéi. Rigoureux sur l’article du recueillement et de la modestie, il les exigeait ’des Frères. Il allait jusqu’à se cacher pour observer leur démarche, quand ils se rendaient aux différents exercices, — non par espionnage mais par conviction qu’un Novice inattentif aux avis et peu soucieux de s’y conformer méritait d’être repris et puni.
[p.9]
Et puis, son âme était pleine d’amour. Les Novices le savaient tout dévoué à leurs intérêts ; ils pouvaient, dans leurs peines, leurs épreuves, compter entièrement sur lui. Louis avait aussi, à un haut degré, le sens de la justice. Un jour qu’il avait donné la discipline à un Novice, il s’aperçut que la faute ne méritait pas cette pénitence. Pour se punir, il se flagella jusqu’à faire ruisseler son sang.

Enfin l’empire de sa sainteté s’imposait. Pendant une récréation des Novices, au jardin, saint Louis se joint à eux ; puis, le visage tout rayonnant d’une sainte joie, il s’écrie : « Aimons, mes frères, aimons le Seigneur notre DIEU. » Son accent, sa vue embrasent tellement les cœurs que les Novices ; se retirent dans le silence pour converser avec DIEU. Une autre fois, il prend à part quatre Novices, et, très solennellement, leur dit : « Mes enfants, tenez-vous prêts : dans l’année, l’un de vous mourra. » L’année n’est pas écoulée que l’un d’eux quitte cette vie.

Saint Louis vit, à diverses reprises, les Novices confiés à ses soins. Il est à bon droit patron des Pères-Maîtres, en raison de sa saine rigueur, éclairée par la grâce, justifiée par l’exemple, réglée par la justice, compensée par le dévouement, adoucie par l’amour, irradiée par la sainteté.


III. — LE MISSIONNAIRE. (1562-1569).

SAINT Louis, comme saint Dominique, avait toujours ressenti cet attrait particulier de l’apostolat chez les infidèles. Pendant qu’il était Père-Maître, un faux frère trompa la prudence des supérieurs et fut admis au Noviciat. Il venait de l’Amérique du Sud, et le récit qu’il fit de l’ignorance, profonde des malheureux Indiens, de la pénurie des missionnaires, émurent vivement notre Saint. Sur ces entrefaites, le Maître Général de l’Ordre octroya pleine liberté à tout religieux désireux de partir pour les missions. Il n’en fallut pas davantage. Louis partit.

Débarqué à Carthagène, il évangélisa la partie nord-ouest de l’Amérique du Sud, autrefois royaume de la Nouvelle-Grenade, — dont il est appelé l’Apôtre, — englobée aujourd’hui dans l’Etat de Colombie.

JESUS-CHRIST est le modèle des rédempteurs. Il a lutté, il [p.10] a vaincu, mais à quel prix ! Louis se fit l’imitateur de JÉSUS ; ses sept années de missions furent sept années de luttes sans trêve, dont les âmes étaient l’enjeu.

Une vie sainte est la condition d’un apostolat fécond. Louis n’avait qu’à maintenir ses habitudes héroïques, et il les maintint, en dépit de toutes les difficultés. Il connaissait la parole de Notre-Seigneur : « Cette race de démons ne cède qu’à la prière et au jeûne ; » il les appliquait littéralement aux démons qui retenaient les Indiens dans l’idolâtrie, et il employait contre eux ces armes victorieuses. Un Espagnol, Jérôme Fernandez, qui l’accompagna dans plusieurs voyages, avait remarqué que souvent, plus spécialement le vendredi, il le quittait pour s’enfoncer seul dans les bois. Une fois Jérôme le suivit, et l’aperçut se meurtrissant à coups de discipline, tandis que d’ardentes supplications et d’abondantes larmes imploraient le pardon de ses péchés et la conversion des infidèles.

En maintes occasions, Louis fit éclater la sublimité de sa vertu. Un Espagnol avait gravement forfait à l’honneur. Pour voiler son crime, il en attribue la paternité à notre Saint. Mais le vrai coupable est découvert. L’Apôtre implore lui-même sa grâce et l’obtient. A un religieux qui voulait voir la justice suivre son cours, il répond : « Non, mon frère, si toutes les injures dont nous pouvons être l’objet recevaient leur châtiment, comment pratiquer le pardon ? comment mériter la couronne de la patience ? Il est juste de souffrir quelque chose pour DIEU. »

Une autre fois, — alors que Louis demeurait chez le gouverneur François Sanciz, — nouvelle calomnie du même genre. Le gouverneur fait comparaître le coupable, le soufflette de son épée en disant : « Misérable ! comment as-tu osé accuser un si saint homme ! » Mais Louis répond : « Pour être innocent de ces crimes, je n’en suis pas moins un pécheur, digne de toutes les calomnies. »

Notre Saint dut parfois résister à des attaques plus directes. Un homme, notoirement scandaleux, d’abord averti par lui, conjuré de changer de vie, et finalement menacé d’une dénonciation publique, résolut de le faire tomber et par là, de lui fermer la. bouche. Une femme de mœurs suspectes vint frapper un soir à la porte de la petite cabane qu’habitait [p.11] Louis, près de l’église. Il ouvre. Mais à la vue de la visiteuse, de son air, de sa parure, il comprend, ferme sa porte, se signe, court devant l’autel, découvre ses épaules et se flagelle sans pitié en priant DIEU d’éloigner la tentation Pendant trois heures retentissent les coups et les supplications. La pécheresse, du dehors, entend tout. La contrition lui brise le cœur ; elle mêle ses larmes à celles du Saint, implore son pardon. Elle se convertit ainsi que l’instigateur du complot.

Les démons intervenaient aussi. Furieux de la guerre déclarée que leur faisait le Saint, ils l’entouraient, le battaient. On l’entendait parfois crier sur un ton de commandement : « Dehors, traîtres, loin de moi ! » Un jour qu’il leur avait encore arraché une âme, ils le maltraitèrent et le laissèrent pour mort. Il répondit à une personne qui s’étonnait : « Pourquoi cette surprise ? Ne savez-vous pas ce que dit saint Paul : « Nous ne. combattons pas contre la chair et le sang, ’mais contre les principautés et les puissances, contre les chefs de ce monde ténébreux, contre les esprits mauvais répandus dans l’air.... »

Mais quelqu’action que l’Apôtre exerce sur DIEU, il lui faut en exercer une autre sur les hommes, aller à leur recherche, leur parler, les toucher, les convaincre. Louis parcourut bien du chemin à la poursuite des âmes. Carthagène et ses alentours, les pays de Tubara, Cipacoa, Pelvato, Sainte-Marthe ; Ténériffe, Mompox, plusieurs îles voisines du continent américain le virent tour à tour. Dans les bois sombres et touffus, peuplés d’animaux sauvages, il s’en allait seul et sans peur, sûr de DIEU. Dans un voyage avec Jérôme Fernandez, un énorme jaguar leur barre le chemin. Jérôme pousse un cri d’effroi. Mais le Saint répond avec calme : « Ne crains rien, mon fils, DIEU est avec nous. » Et, faisant le signe de là croix, il avance. Le fauve disparaît.

Arrivé au lieu de son apostolat, il se donnait tout entier au travail d’instruction, ne se rebutant jamais, descendant volontiers, lui, le sublime contemplatif, jusqu’aux rudiments, épelant l’alphabet de la foi chrétienne aux pauvres sauvages, -broyant menue la nourriture de leurs âmes, comme fait une mère pour son tout petit enfant, content à la fin quand le rayon de la vérité perçait les ténèbres épaissies dans leur [p.12] intelligence et leur cœur. Et,’ en effet, ce fut un fait universellement constaté, que la solide instruction de ses convertis.

Quand les paroles ne suffisaient pas, il allait plus loin. Il se faisait indiquer par les petits Indiens les retraites où leurs parents cachaient leurs idoles : il enlevait celles-ci et brûlait les temples. Il avait entendu parler des Caraïbes, — vraisemblablement des insulaires ; — ces sauvages n’avaient pas encore vu d’apôtre, ils passaient pour anthropophages : deux excellentes raisons pour que saint Louis se dirigeât vers eux. Le culte rendu aux ossements d’un prêtre païen opposa un insurmontable obstacle à son apostolat. Une nuit, il vint à bout de les enlever. Les idolâtres entrèrent dans une telle fureur, qu’ils chargèrent un de leurs prêtres de l’empoisonner. Celui-ci invita Louis à sa table. Notre Saint, espérant convertir son hôte, accepta. On lui servit un breuvage mortel. Saisi de violentes douleurs, les entrailles dévorées par un feu intense, pendant cinq jours il fut à la mort. DIEU veillait. Le cinquième jour, le moribond vomit une espèce de serpent, et fut guéri, à la stupéfaction des Indiens, sûrs de l’infaillibilité du poison. Mais tout le reste de sa vie, l’Apôtre s’en ressentit cruellement. Voilà pourquoi une coupe d’où s’échappe un serpent, est un des attributs de saint Louis, ce martyr par le désir et pat l’intrépidité. On comprend ainsi ces mots qu’il disait à un ami, avant de quitter l’Espagne : « Je ne suis pas digne du martyre, mais si DIEU m’en faisait la grâce, j’accepterais volontiers, et je le prierais de m’infliger les plus cruelles tortures. Oui, DIEU aidant, je mourrais joyeusement pour Lui et son Eglise. »

DIEU ne se laisse jamais vaincre en générosité. L’apostolat de son serviteur ressentit sa merveilleuse intervention.

L’Apôtre avait besoin de parler. DIEU aida sa parole. A travers les multiples dialectes des Indiens, il n’était pas toujours facile de trouver un interprète, surtout un interprète fidèle. Louis usa de son recours ordinaire ; et, un jour que son interprète commençait à traduire, ses auditeurs dirent au prêcheur de leur parler directement, car-ils le comprenaient très bien. Le don des langues avait été la réponse à sa prière.

L’Apôtre avait besoin d’agir. DIEU agit en lui. Les pas de saint Louis sur la terre d’Amérique furent marqués par de [p.14] nombreux miracles. Le pays de Cipacoa souffrait d’une extrême sécheresse. On implore le missionnaire. Celui-ci donne rendez-vous aux Indiens sur une colline voisine, fait dresser un autel, célèbre le Saint Sacrifice, parle aux assistants, leur raconte le martyre de sainte Catherine dont c’était la fête, leur promet, au nom du vrai DIEU et par l’intercession de la sainte, la pluie tant souhaitée. Il n’a pas fini, que le ciel se couvre, et pendant trois jours le sol s’abreuve abondamment.

Mais le plus éclatant de tous les miracles, miracle journalier et vivant, c’était le Saint, sa personne tout entière, sa conduite de tout instant, Sa réputation était faite parmi les Indiens. Ils l’appelaient le « saint religieux, » et « le religieux du bon DIEU. »

Au bout de sept années, Louis, sans doute éclairé d’en haut, — des paroles prophétiques le prouvent, — . demande son rappel, l’obtient et retourne en Espagne. Pendant la traversée, il sauve le navire d’un naufrage presque inévitable. Enfin, il remet le pied sur la terre d’Espagne, qu’il a quittée pour DIEU, où il revient pour DIEU, où il rapporte cette bonne odeur de JESUS-CHRIST, dont il embaume tous ceux qui approchent de sa personne.


IV. - LE PRÉDICATEUR ET LE DIRECTEUR

LA chaire et le confessionnal : le Frère-Prêcheur y porte son zèle, Louis Bertrand y porta sa sainteté.

Il avait l’instinct profond de cette vérité, « que le prédicateur doit être préparé autant et plus que le sermon. » Sa vie était la préparation de sa parole. Si l’éloquence est le son que rend une âme passionnée, comme l’a dit le Père Lacordaire, il était éloquent, ce passionné de DIEU, lui qui, parlant des souffrances du CHRIST, arrachait des larmes et des sanglots à son auditoire ; lui dont les cris transperçaient les âmes comme des flèches brûlantes ; lui qui savait t retourner les cœurs les plus pervers, amollir les cœurs les plus durs. Et de fait, malgré sa voix ingrate, malgré l’absence de tout art humain, aucun prédicateur ne fut plus goûté. Il prêcha dans les plus grandes églises, trop petites pour l’affluence extraor[p.15]dinaire, et même sur les places publiques. Autre preuve : les habitants de Xativa l’invitèrent à prêcher le Carême, l’année qui précéda sa mort. Ils avaient prévu le refus que le Saint, alors très faible, leur opposerait ; et ils insistèrent jusqu’à le conjurer de venir, ne dût-il paraître qu’une seule fois en chaire.

Les fatigues de la prédication ne l’engageaient pas à se ménager. Au contraire. Ses jeûnes plus rigoureux, son sommeil plus court, ses prières plus prolongées, sa pénitence plus austère, étaient l’application de cette parole de saint Paul : « Quand je suis faible, alors je suis fort. »

Il savait aussi que « nul n’allume l’amour, à moins d’en être soi-même embrasé. » (S. Grég.) A la sacristie, jusqu’au dernier moment, il poursuivait sa prière, si fervente, que, plusieurs fois, quand il montait en chaire, le feu de sa charité devenait visible et l’entourait d’un nimbe lumineux. La veille de Noël, il se rendit à Lyria, où il devait prêcher le lendemain. Lé soir venu, incapable d’user d’un lit, en cette nuit où son DIEU n’avait eu qu’une crèche, il gagne l’écurie, et, agenouillé sur la paille, passe la nuit en contemplation.

On ne s’étonnera donc pas de la surnaturelle ; influence de sa parole. L’effet de son premier sermon, à Palomar, fut tel, que, sur place, les auditeurs dépecèrent sa chape et en gardèrent les morceaux comme précieuses reliques. Les jeunes prédicateurs trouveront sans doute que c’était là un beau début.

Cette flamme sainte, unie à son désir du martyre, le rendait d’une extraordinaire intrépidité contre le vice. Convaincu que les pécheurs scandaleux, qui outrageaient publiquement la foi et la morale à leur profit, méritaient de l’entendre publiquement venger à leurs dépens, il parlait parfois en termes si peu voilés contre des crimes notoires, que c’était presque une dénonciation. Un gentilhomme.de vie licencieuse, se crut, à tort ou à raison, visé par l’Apôtre. Fou de colère, il le rejoignit, à cheval et armé d’une arquebuse, alors que le prêcheur regagnait son couvent de Sainte-Anne d’Albayda. Il l’apostrophe avec rage : « C’est ainsi, méchant moine, que tu te permets de me décrier ! » Et il dirige son arme contre la poitrine du Saint. Celui-ci, sublime de calme, fait le signe de la croix. L’arquebuse est métamorphosée en crucifix. Le gentilhomme est stupéfait, changé. Il se jette à bas de son cheval [p. 16] et aux pieds de Louis, implore son pardon, se convertit. C’est pourquoi les artistes mettent à la main de saint Louis Bertrand un crucifix dont le pied se termine en crosse d’arme à feu.

Une autre fois, il devait prêcher dans un village. Un noble des environs, craignant, sur la réputation bien connue du prédicateur, de voir stigmatiser ses vices, soudoya trois espions. Nos hommes se rencontrent en chemin, se font part de leur commission, entrent à l’église. Louis monte en chaire et débute par ces mots : « Les Juifs n’avaient payé qu’un Judas pour trahir le CHRIST ; celui qui est mon ennemi en a envoyé trois pour me surprendre. » Ils n’en écoutèrent pas davantage.

Telle était l’influence de saint Louis en chaire. Telle, plus discrète, mais non moins puissante, au confessionnal, car la conviction est dans l’âme et non dans le bruit de la voix. Le Frère Jean Perez entendit le Père Alphonse Godoy, qui était à se confesser, pousser de profonds soupirs et des gémissements aux pieds du Saint. Le Père lui en donna ensuite la raison en disant : « Frère Jean, un charbon ardent en embrase un autre, si froid qu’il puisse être. »

Un directeur est un homme de discernement. Louis avait une divine sûreté de coup d’œil pour découvrir les tendances, les besoins, les maux et les remèdes, pour démêler les illusions, les prestiges diaboliques. Une de ses pénitentes se croyait favorisée de visions célestes. Un jeune homme aux paroles merveilleuses, à l’aspect majestueux, à la fulgurante splendeur, lui apparaissait. « C’est le démon, » déclara le Saint. Incrédulité de la visionnaire. L’apparition se renouvelle. « Sachez, dit l’inconnu,-que le Père Louis Bertrand est votre ennemi. Voulez-vous une preuve de mes paroles ? Voyez cet adolescent plein de vie : dans un instant la mort va le saisir. » Triomphante, elle retourne vers son confesseur. « C’est le démon, » lui déclare-t-il avec une nouvelle fermeté. Nouvelle incrédulité de la visionnaire. Mais, dans la suite, elle ne put que reconnaître et déplorer son obstination.

Saint Louis avait plus que le discernement. Il avait l’intuition miraculeuse des consciences et des faits humainement inconnaissables. « Dans une confession générale que je lui fis à l’époque de ma profession, racontait un religieux, arrivé à un péché de ma vie passée, la honte me fit hésiter. Le bon [p.18]
Père s’écria : « Voudriez-vous donc jouer le rôle de Judas en taisant ce péché ? » Et il me le signala exactement. »

Une de ses pénitentes lui dit, au confessionnal : « Mon Père, j’ai oublié quelque chose. » — « En vérité, répliqua-t-il, c’est tel péché. » — Une autre, — et ses paroles prouvent la réputation du Saint, — lui dit un jour : « J’éprouve quelque peine de me confesser à Votre Révérence, car, avant que j’aie ouvert la bouche, vous connaissez tous mes péchés et imperfections. » — « Taisez-vous, ma fille. Qui a pu vous mettre en tête ces imaginations-là ? »

Saint Louis avait vraiment les sentiments et la sollicitude d’un père pour les âmes qui s’adressaient à lui. Une personne, de celles-ci, se laissa circonvenir par une dangereuse tentation. Louis en eut la révélation et il passa toute la nuit en prières pour prévenir une chute. Il réussit. Le matin venu, il alla trouver sa fille spirituelle, lui montra le danger auquel elle s’était exposée et s’écria : « O enfant indocile ! quelle peine j’ai eue à vous empêcher de tomber dans le précipice sur le bord duquel vous osiez jouer ! »

La même clairvoyance merveilleuse, unie cette fois à une héroïque charité, convertit une autre dame. Issue de bonne famille, elle jouissait d’une excellente réputation. Mais le Saint eut révélation d’une liaison coupable. Il en fut frappé au cœur, pria avec larmes et s’ensanglanta les épaules à coups de discipline. Il se rendit chez cette dame. Ses larmes l’empêchèrent d’abord de parler. Enfin, d’une voix entrecoupée de sanglots, il dit ; « C’est vous... ce sont vos péchés qui causent mon affliction. Voyez ce qu’ils m’ont coûté. »
Il découvrit légèrement ses épaules déchirées et sanglantes. La pécheresse éprouva une telle contrition, un tel désespoir, qu’il dut lui promettre le pardon de DIEU. ’
Voilà comment saint Louis entendait le zèle des âmes.


V. — LE SUPÉRIEUR.

LE suffrage des religieux appela saint Louis à gouverner plusieurs couvents. Il fut Vicaire du couvent de Sainte-Anne à Albayda (1557-1560) ; Prieur du ; couvent de Saint- Onuphre, à deux lieues de Valence (1570-1573) ; Prieur du couvent de Valence (1575-1578).
[p.19].
Peu de temps après son élection à Valence, il eut la vision d’une triple représentation de la Sainte-Face sur le voile de Véronique. « Il me demanda, écrit le Père Antist, ce qu’elle signifiait. Mais aussitôt il répondit : Ce sont les épreuves et les souffrances qui m’attendent durant mes trois années de Priorat. »

Il se rendait donc parfaitement compte des difficultés de la charge. Humble, il se jugeait incapable de la remplir dignement. Timoré, il craignait de pécher contre un de ses nombreux devoirs. Quand il fut élu et confirmé Prieur de Valence, il courut, tout en larmes, se prosterner devant une statue de saint Vincent Ferrier, et s’écria : « O Saint Père Vincent ! ils m’ont élu Prieur, moi, incapable. Je vous transfère le Priorat ; acceptez, je vous, en prie. Je serai votre sous-prieur et gouvernerai d’après vos ordres. » Le bruit courut que la statue, comme si elle eût été animée, s’était baissée pour le relever doucement. Pendant la dernière maladie du Saint, deux religieux voulurent en avoir le cœur net et l’interrogèrent si habilement qu’il dut avouer. Mais il se hâta d’ajouter : « Comme une bête de somme, j’étais condamné à porter le poids de la communauté ; aussi, comme l’ânesse de Balaam, ai-je reçu ma faveur divine. Après ce qui est arrivé à l’ânesse, étonnez-vous donc de ce qui m’est arrivé ! »

On comprend que le désir de démissionner l’ait poursuivi souvent. Une fois, il alla jusqu’à prier le Maître Général de le décharger. Il n’y gagna qu’une extension de ses pouvoirs et le souhait émis par le Révérendissime Père que l’Ordre comptât beaucoup de Prieurs comme celui de Valence. Ainsi enchaîné par l’obéissance, Louis conjura ses religieux de lui obtenir, par leurs prières, la grâce de remplir sa charge, d’une manière agréable à DIEU ; la grâce aussi de finir sa vie hors d’un tel office, afin de pouvoir préparer sans distraction l’importante affaire de son salut éternel.

De pareilles dispositions expliquent son caractère de Supérieur. Le lendemain de son entrée en charge, à Valence, il fit faire et suspendre au mur de sa cellule un écriteau qui portait, en grosses lettres bien lisibles, ces paroles de l’Apôtre : « Si je cherchais à plaire aux hommes, je ne serais pas .serviteur du CHRIST. » On assure que ce n’était pas lettre morte et qu’il avait là un mot d’ordre en toute occasion où la [p.20] volonté des hommes était en désaccord avec celle de DIEU.

Tel il avait été, Père-Maître, vis-à-vis de ses novices, tel il fut Prieur, vis-à-vis de ses religieux :

L’homme d’exemple. Il savait que des religieux sans supérieurs sont comme des soldats sans officiers. Aussi voulait-il être toujours à la tête des siens. Quand il prêchait au dehors, il faisait son possible pour rentrer le soir, dût-il, à cette fin, payer une monture. Malade, il se raidissait contre la faiblesse et la souffrance. S’il devait dîner à l’infirmerie, il n’en occupait pas moins sa place au réfectoire. Incapable de se tenir debout, il se rendait au chœur en s’appuyant aux murs, et présidait l’office, assis dans sa stalle.

L’homme de parole convaincue. Les vertus religieuses étaient le thème de ses instructions. Il recommandait la pauvreté, le détachement, surtout l’obéissance, car, disait-il, « la pauvreté la plus appréciée de DIEU est celle par où les hommes abandonnent leur volonté propre. » II prémunissait ses religieux contre les occasions de péchés, même légers, estimant « que les défaillances vénielles méritaient d’être punies chez les religieux, à l’égal des péchés mortels chez de simples laïcs. »

L’homme de correction, par conséquent. Il avait toujours affectionné et pratiqué cette vertu annexe de la charité : la correction fraternelle. L’amitié, la reconnaissance, loin de de lui fermer les yeux et la bouche, lui semblaient des titres à ce qu’il regardait comme un précieux service. Cette habitude donna même lieu à un curieux incident d’outre-tombe. N’étant pas encore Prieur, il signala certains défauts à un religieux qui avait été son novice. Celui-ci, d’humeur vive sans doute ce jour-là, lui répondit qu’il semblait n’être occupé qu’à regarder les défauts du prochain, et que ses bonnes intentions ne l’empêchaient pas d’être un ignorant. Louis, en toute humilité, avoua que c’était juste, et ajouta : « La science n’est pas assurée du Ciel, puisque Lucifer, la plus haute intelligence créée, est misérablement tombé en enfer. » Ce Frère mourut, et, une nuit que Louis priait au chœur, il lui apparut : « Je vous demande pardon de ma vivacité, lui dit-il, DIEU me refuse l’entrée du Ciel jusqu’à ce que vous ayez célébré pour moi une Messe, en guise de pardon. » On comprend que, supérieur, il ne reculât pas devant la répri[p.21]mande. Doux, mais ferme ; ni la science, ni la position ne lui faisaient tolérer les abus, car, disait-il, « un supérieur est responsable de tous ses subordonnés, vieux et jeunes, savants et ’simples. » Souvent, le soir, quand l’ombre enveloppait le couvent, il faisait sa ronde pour s’assurer que régnaient partout le silence et l’ordre.

S’il avait grand soin de l’âme de ses religieux, il ne méprisait pas leur corps. En temps de disette, le Procureur fut tenté de réduire l’ordinaire. Louis n’y consentit pas. Il avait pour principe que les religieux méritant les libéralités et les aumônes par leurs travaux de la chaire, du confessionnal, et autres, il était juste de les dépenser d’abord à leurs besoins Après le Chapitre Provincial, tenu au couvent de Valence pendant le Priorat de notre Saint, les Pères capitulaires furent unanimes à le remercier de son hospitalité vraiment fraternelle. Mais lui, se prosternant humblement à leurs pieds, leur demanda pardon de n’avoir pas fait davantage, autant que l’eussent exigé leurs mérites et leurs travaux.

Il n’oubliait pas cependant que le couvent est la maison des pauvres, et que le supérieur est le dispensateur de la Providence. Ses pieuses prodigalités effrayèrent maintes fois ses religieux, qui n’avaient pas tous la même confiance absolue et filiale au Père céleste. Mais il passait outre. « Soyez tranquille, mon Frère, disait-il au Frère Jean Perez, à Albayda, craignez-vous que DIEU nous abandonne ? Donnez en vraie charité tout ce que nous avons, le dernier morceau de pain, s’il le faut, aux membres souffrants de JESUS-CHRIST, et DIEU aura soin de nous. » II rappelait aussi la parole prononcée par le Père Michel de Saint-Dominique, Prieur de Valence pendant la famine de 1556 : « Si beaucoup sort par ici, » — il montrait la porte, — « beaucoup reviendra par là, » il désignait l’église.

Il ne reculait pas devant des dépenses qui eussent pu paraître superflues, vu la pauvreté du couvent. A Saint-Onuphre, il fit ériger une grande croix, couverte d’une espèce de dôme. Certaines réclamations s’élevèrent. Il répondit : Hélas ! mes Frères, les hérétiques, luthériens et calvinistes, ne regardent pas à des dépenses bien autrement considérables pour abattre les croix, en Allemagne et en France ! »

De fait, malgré ses libéralités, jamais les communautés [p.22] confiées à ses soins ne furent plus prospères, --- au temporel comme au spirituel. —Elles avaient à leur tête un saint qui, dans ses subordonnés, voyait surtout leurs âmes, et, dans leurs âmes, DIEU.


VI. — LE MALADE.

SAINT Louis est le patron des Pères-Maîtres, parce qu’il exerça longtemps èt éminemment ces fonctions, il pourrait, à un titre analogue, être le patron des malades ; La maladie, ou mieux les maladies firent de loi une victime, mais une victime résignée, héroïquement patiente.

La constitution du Saint était délicate. Son père en avait argué pour lui faire refuser l’habit. La vie religieuse pratiquée à la lettre, aggravée par des mortifications volontaires et saintement excessives, eut vite fait de la miner. Encore novice, il dut interrompre ses études et aller se rétablir dans un couvent voisin. Les fatigues des missions, le poison versé par les Indiens le délabrèrent irrémédiablement, fil souffrait d’une faiblesse de la vue qui s’accentua avec l’âge. De douloureux maux d’oreille rendaient son ouïe un peu dure. Un ulcère à la jambe gauche le tourmenta pendant tout son séjour en Amérique et ne guérit jamais. Cette lamentable énumération explique le visage pâle, émacié, spectral de saint Louis.

Ses infirmités lui étaient une source sans cesse jaillissante d’humilité. Il attirait constamment l’attention sur elles. Il s’appelait « le boiteux inutile », « le pauvre sourd. » Un jour qu’il allait prêcher, il dit à son compagnon : « Ecoutez, mon Frère, si l’on vous parle du prédicateur, vous répondrez que ce n’est qu’un malheureux sourd, aveugle et par-dessus tout grand pécheur. »

Les soins dont il était l’objet provoquaient encore son humilité. L’archevêque de Valence, son intime ami, pour le changer d’air, l’invita à sa maison de campagne, et le soigna comme une mère. Le Saint, tout confus, lui disait : "Je le vois bien, DIEU a inspiré à Votre Grâce de s’abaisser jusqu’au’ misérable et indigne pécheur que je suis, pour m’exciter, sur la fin de ma vie, à commencer d’aimer et de servir sa divine Majesté. »
[p.13]
Mais ce que le saint malade affirmait surtout, c’était une âme vraiment forte et vaillante, dans un corps débile et épuisé. Il allait tant qu’il pouvait aller, nous l’avons déjà dit en dépeignant le supérieur qu’il était. Après quelque répit, après quelques soulagements impérieusement nécessaires, au premier regain de vigueur il reprenait le joug des austérités. Ceux qui lui conseillaient des ménagements perdaient leur temps.

Jusqu’au sein de la maladie, aux portes de la mort, il gardait l’amour de la mortification et l’attachement aux constitutions dominicaines.

Le Père Jean Lescano vint le voir sur son lit de douleur et voulut lui baiser la main. Louis la retira. Le Père insista, et sa main, en poursuivant celle de l’humble Saint, se heurta à une planche, qu’il avait trouvé moyen de glisser sous ses épaules. « Oh ! Père Louis, s’écria-t-il, cela, en cet état de souffrance ! » — « Ne dois-je pas mourir sur la croix ? répliqua le malade ; si la croix du martyre m’est refusée, ne dois-je pas m’assurer ce que je puis ? Mais, je vous en prie, ne le dites à personne. »

L’archevêque, dans une de ses très fréquentes visites, entendit son ami gémir doucement, et vit tout son corps trembler sous la violence du mal. Il se pencha sur lui et lui dit : « Père Louis, n’êtes-vous pas heureux d’accueillir ce que DIEU vous envoie, de souffrir quelque chose en retour de tout ce qu’il a souffert pour vous, de purifier votre âme ? » — « Oh ! certainement, Monseigneur, repartit le Saint. Je n’échangerais pas mes souffrances contre tous les biens du monde. Je rougis en pensant que, sans aucun mérite de ma part, DIEU daigne accorder de telles faveurs à un grand pécheur comme moi. » Et il répéta l’exclamation qu’il avait constamment aux lèvres : « Seigneur, brûlez ici-bas, coupez ici-bas, n’épargnez jamais ici-bas, mais épargnez dans l’éternité ! »

Les médecins avaient ordonné au malade de déposer les habits de laine. Il avait obtenu depuis quelque temps de les reprendre. Mais, la veille de sa mort, il crut n’avoir pas encore effectué l’échange. Sa vue très faible, la blancheur et la douceur de l’étoffe le trompèrent. Il se troubla, pleura, [p.24] supplia ses frères, par l’amour de DIEU, par la charité de JESUS-CHRIST, de lui rendre l’habit de saint Dominique, son Père. On essaya de le convaincre, mais en vain. On lui rapporta donc, sans qu’il s’en doutât, les mêmes vêtements. Alors, il fut heureux, prêt au dernier voyage dans l’habit prescrit par la règle.

Si patient qu’il fût, il se plaignait pourtant des infirmiers, mais tout au rebours de certains malades exigeants et tyranniques. Il trouvait que les infirmiers étaient trop bons pour lui, l’obligeaient à manger au-delà du nécessaire, ne lui permettaient pas de réserver aux pauvres le meilleur de sa portion.

Il obéissait aux médecins comme à ses supérieurs. Ils essayèrent pourtant des remèdes tellement extraordinaires, que le pauvre Saint en était parfois réduit à s’écrier : « De grâce, laissez-moi seul, et souffrir ce qu’il plaît à DIEU. Que sa volonté soit faite ! » Croyant arriver à un résultat, ils interdirent une fois toute nourriture. Louis supporta d’abord pendant plusieurs jours ce traitement pernicieux ; enfin, pour ne pas mourir, il dut supplier le Père Antist de lui donner un morceau de pain.

Mais, si ce qu’on exigeait pour le bien de son corps lui paraissait nuire au bien de son âme, il ne transigeait jamais. Pour guérir sa surdité, les médecins prescrivirent un remède à une heure très matinale. Louis n’en célébra pas moins la messe auparavant. Les médecins attribuèrent l’insuccès du traitement à cette fatigue journalière que s’imposait leur malade. Mais celui-ci répondit qu’il préférait rester sourd et ne pas priver son âme de cette divine nourriture, avant-goût et gage du Ciel.

Pendant sa dernière maladie, par un prodige de volonté, il quittait son lit pour monter à l’autel, et plusieurs fois se trouva mal à l’issue de la messe. Un religieux lui conseillait de ne pas hâter sa mort par cette dépense d’énergie. Il répondit : « Mon Frère, les Sacrements de l’Eglise n’ont jamais tué personne. Au contraire, ils influent heureusement sur la santé du corps aussi bien que sur celle de l’âme, selon le bon plaisir de DIEU. »

D’ailleurs, là comme partout, le miracle accompagnait l’héroïsme de saint Louis. Deux médecins distingués par[p.26]lèrent du surnaturel parfum qu’exhalait son corps souffrant. L’ulcère invétéré de sa jambe ne répandait aucune odeur. Au contraire, le Père Sala, qui l’avait soigné souvent pendant le Priorat du Saint, à Valence, disait qu’à son grand étonnement, loin d’éprouver aucune répugnance, la vue seule de la plaie lui causait une étrange mais sensible impression de joie, assez forte pour le pousser plusieurs fois et comme malgré lui à la baiser.

Enfin Louis connut, bien à l’avance, la date de sa mort. Plusieurs personnes en avaient ouï parler, entre autres le Père Laurent Camora, Prieur de la Chartreuse de Portacœli, près Valence. Désireux de vérifier la prophétie, rentré à son couvent, il écrivit sur une feuille de papier :
Révélation.
En l’an 1581, le jour de saint Denys, meurt Frère Louis Bertrand.

Il la plia, la scella et écrivit à l’extérieur : Document secret, à ouvrir le jour de la Toussaint, 1581. Sans en dévoiler à personne le contenu, il la déposa à la salle commune, avec défense d’y toucher sans sa permission. Après la mort du Saint, à cette date précise, il réunit ses religieux, rompit le cachet et leur lut la prophétie dont ils avaient déjà vu l’accomplissement.

Le saint malade appelait ce jour qu’il connaissait et qu’il avait hâte de voir se lever, mais en soumission entière a la divine volonté. Il voulait mourir, mais au jour marqué par DIEU. Le 6 octobre 1581, après sa confession, il s’informa du jour de la semaine. On lui répondit qu’on était au vendredi. Il demanda quel jour tombait la fête de saint Denys. « Lundi, » lui répondit-on. Alors il compta sur ses doigts : « Vendredi, samedi, dimanche, lundi » puis, avec un soupir : « O mon DIEU, encore quatre jours à vivre ! Que votre volonté soit faite ! »

Le 9 octobre, vers dix heures du matin, Louis se retourna vers l’Archevêque et murmura : « Aidez-moi, je meurs, lisez un évangile et bénissez-moi. » Le prélat, avec d’abondantes larmes, lut l’évangile et marqua du signe de la croix le front et la tête de son ami, La communauté [p.27] accourut, et, pendant la prière des agonisants, l’âme du Saint, brisant les derniers liens de son corps, fut conduite par les anges au pied du trône de JESUS-CHRIST.


VII. — LE SAINT. — SON CARACTÈRE. SA GLOIRE.

LA sainteté est comme un arbre, dont la divine charité est la sève et qui pousse feuilles, fleurs et fruits suivant son espèce.

L’humilité est le terrain où il plonge ses racines. Saint -Louis fut humble, d’une incompréhensible humilité. C’était sincèrement qu’il se croyait un pécheur, un misérable. C’était sincèrement qu’il s’appelait « un insensé, » « le perturbateur de la paix d’autrui », « la cause de tous les malheurs qui arrivaient, » « l’ivraie semée parmi le bon grain. » On surprit maintes fois sur ses lèvres cette citation profane, empruntée à Térence : « Je suis Davus, le trouble-tout. » Le Père Catalan lui dit un jour pour l’éprouver : « Dites-moi quel est le plus grand pécheur de nous deux ? » — « Mon Père, c’est moi. » Et, avec une flamme d’enthousiasme : « Soyez assuré que je suis le plus grand pécheur de la terre. » C’était sincèrement qu’il allait au-devant de l’humiliation. Un de ses amis et pénitents s’accusa, en confession, de sentiments d’irritation à l’égard d’un religieux, provoqués par certaines paroles de celui-ci. Louis, après un peu d’hésitation, dit : « Allez-y franchement. N’est-ce pas moi qui vous ai ainsi scandalisé ? Je sens que je deviens vieux et sourd, je ne prête pas toujours attention à ce que je fais, j’entends mal ;j’ai donc bien pu vous causer de la peine. Et puis, étant terriblement orgueilleux, rien d’étonnant à ce que j’aie prononcé les paroles qui vous ont blessé. »

La crainte de DIEU est l’un des dons caractéristiques de saint Louis. La vraie crainte, dite filiale, a deux actes : craindre d’offenser, craindre de perdre DIEU qu’on aime comme un père. Le premier nous est suffisamment prouvé par les vertus du Saint, par son habitude de se confesser ordinairement deux fois, et jusqu’à trois fois par jour. Le second existe dans fous les saints et même tous les chrétiens, [p. 28] mais cette appréhension étreignait l’âme de saint Louis comme un étau, et la pressurait jusqu’à l’agonie.

Père-Maître, il avait ménagé un petit régal à ses Novices. Soudain des pleurs gonflent ses yeux. Il se lève et court dans sa cellule. Le Père Thomas Arenas redoute quelque accident, se hâte à son aide, le trouve prosterné à terre, versant des torrents de larmes. Aux interrogations anxieuses de son ami, le Saint répond : « Nous mangeons et babillons, et j’ignore si je ne serai pas réprouvé pour toujours ! »

Le visage de Louis était ordinairement triste. Des personnes bien intentionnées, qui attribuaient cette mélancolie à des causes physiques, lui conseillaient certaines recettes infaillibles. Mais sa réponse était faite pour leur indiquer la vraie source du mal : « Hélas ! demain peut être le dernier jour de ma vie ! Comment un chrétien se livrerait-il à une joie vaine, quand il sait qu’il lui faudra comparaître au redoutable tribunal de DIEU, et quand il ne sait ni le jour ni l’heure de cette comparution ? »

DIEU se complut à développer ce don salutaire. Jean Bertrand mourut le 9 novembre 1548. Il apparut à son fils, tourmenté au purgatoire. Parfois Louis voyait son père jeté violemment du sommet d’une tour. D’autres fois il le contemplait battu cruellement, affreusement blessé et comme troué à coups de poignard. Souvent, pendant le jour, pendant le silence des nuits, il l’entendait crier d’une voix lamentable : « Louis, mon enfant, au secours ! Aie pitié de moi ; prie pour ma délivrance de ces tortures. » Jean Bertrand était vraiment homme de bien. Sa purification, aidée des prières et des austérités de son fils, dura néanmoins huit ans.

Ainsi éperonné, saint Louis nous est plus compréhensible dans sa passion pour la pénitence, dans son acharnement et sa haine irrémissibles contre lui-même. Il fut si bien le type du pénitent que l’Eglise, dans l’oraison qu’elle chante au jour de sa fête, lui assigne ces deux glorieux caractères : la mortification du corps, la prédication de la foi.

Il était Maître des Novices. L’un d’eux, voyant le sol plus ensanglanté encore que d’habitude par les disciplines du Saint, résolut d’avertir le Prieur, afin que celui-ci mît des bornes à une telle austérité. Louis le supplia, par l’amour de DIEU, de [p. 29] lui garder le secret : « Je m’amenderai, mon enfant, » lui dit-il. Mais l’amendement, comme le découvrit un ami intime, consista à se ceindre d’un linge pour étancher le sang.

Le Père Jean Baga racontait que la dernière année du Priorat de Louis à Valence, il le vit, une fois, vers onze heures du soir, quitter doucement sa cellule et gagner une petite chapelle, où retentirent bientôt de terribles coups de discipline. Le religieux se cacha pour observer. Au bout de quelque temps, le Saint revint, jeta un coup d’œil autour de lui, rentra dans sa cellule, d’où montèrent vers DIEU de véhéments soupirs de douleur et d’amour.

Un de ses amis, croyant à quelque indiscrétion dans ses pénitences, lui demanda un jour : « Pourquoi donc vous frapper ainsi sans miséricorde ? » Le Saint éluda la question, et, avec un sourire, répondit : « Que voulez-vous y faire si je suis assez fou pour continuer ? »

Ainsi détaché de lui-même, il était tout préparé à s’unir à DIEU. La prière était vraiment, comme parle sainte Catherine de Sienne ; « le pâturage de son âme. » Près du couvent de Sainte-Anne d’Albayda s’élevait une colline escarpée. C’était son Sinaï. Presque tous les jours, il la gravissait nu-pieds, et allait vaquer à la contemplation. Un jour, au retour, il rencontra un prêtre qui venait lui faire visite. A toutes ses salutations, saint Louis, encore ravi, ne put que répondre ; « Oh ! nous pouvons être les enfants de DIEU ! Nous pouvons être les enfants de DIEU ! »

Un Père du même couvent, pendant un hiver assez rigoureux, se plaignait du froid-. Le Saint lui conseilla l’oraison, et ajouta : « Ne vous est-il jamais arrivé de commencer votre prière dans l’engourdissement du froid, et de sentir bientôt une chaleur brûlante ? »

« La lumière, a dit Notre-Seigneur, ne saurait demeurer sous le boisseau. Il faut qu’elle luise. » La lumière de sainteté qu’était Louis Bertrand fit luire et rayonner son éclat. Sa réputation était faite. C’était un saint, et tous d’accourir à lui, en toute difficulté, toute obscurité, toute peine, ne se gênant pas de réclamer son assistance, d’exiger presque des miracles. Le Saint avait un mot piquant pour faire allusion à cette foule de solliciteurs : « Ils me regardent comme une [p.30] espèce de bohémien. Ils me posent des questions pour m’embarrasser ; mais quelquefois mes paroles se rencontrent avec la vérité. »

Saint Louis fut un thaumaturge. Les miracles semblaient tomber de ses lèvres et de ses mains. Mais nul ne fut jamais bien reçu à lui en parler. A un ami, qui lui posait une question catégorique, il répondit : « Pourquoi cette interrogation ? DIEU, en cet ordre de choses, agit comme un serrurier qui veut fabriquer un outil ; il a sous la main plusieurs morceaux de fer, tous également convenables, il choisit celui qui lui plaît. » A un religieux qui demandait un éclaircissement relatif à une révélation faite au Saint, celui-ci répondit : « Mon fils, contentez-vous de savoir que DIEU, lorsqu’il veut bien nous révéler quelque chose, a des grâces de lumière pour nous donner pleine certitude. »

Le miracle, qui avait marqué la vie du Saint, ne déserta ni sa mort, ni sa tombe.

Quatre principaux faits surnaturels accompagnèrent son dernier soupir. On vit s’exhaler de sa bouche une lumière brillante. Son visage resplendit comme un cristal très pur. Une odeur de sainteté, au sens littéral du mot, embauma tous ceux qui entouraient sa couche funèbre. Une céleste musique fut entendue de plusieurs personnes.

Le cadavre du Saint, divers objets qui lui avaient servi, devinrent autant de sources miraculeuses. Sur son tombeau, les miracles se multiplièrent.

Aussi, après long et scrupuleux examen, après étude attentive de la vie entière et de chacun des actes du serviteur de DIEU, l’Eglise put témoigner de l’héroïsme de ses vertus et de l’éclat de ses miracles, proposer les unes à notre imitation, les autres à notre admiration, les unes et les autres à notre reconnaissance envers DIEU « admirable dans ses Saints ».

Louis Bertrand fut béatifié par Paul V, en 1608S ; canonisé par Clément X, en 1671 ; déclaré par Alexandre VIII patron de la Nouvelle-Grenade. Son corps, miraculeusement préservé, repose dans une châsse, en l’église Saint-Etienne à Valence, où il fut baptisé.

Notre Saint occupe une place nettement distincte entre tous les saints dominicains. Auprès de Pie V, le Pape ; d’An[p.31]tonin, l’évêque ; de Thomas et de Raymond, les docteurs ; de Pierre et Jean, les martyrs ; de Vincent et d’Hyacinthe, apôtres comme lui, il représente plus spécialement le « religieux », l’homme de retraite, de prière, de pénitence.

Tous ne sont pas destinés à marcher sur les traces des premiers ; tous peuvent aspirer à marcher sur les siennes par une conscience droite de leur vocation, par un accomplissement courageux des devoirs qu’elle impose.

O saint Louis Bertrand, patron et modèle des religieux, priez pour nous.


APPROBATION DE L’ORDRE.

Nous avons lu par ordre du T. R. Père Provincial le travail du R. P. Folghera, intitulé « Saint Louis Bertrand », et l’avons jugé digne de l’impression.

  • Fr. M.-B. SCHWALM, des Fr. Prêc., Lecteur en théologie.
  • Fr. J.-H. HAGE, des Fr. Prêc., Lecteur en théologie.

IMPRIMATUR :

  • Fr. R. BOULANGER, Prieur Provinc.

fr. Franck Guyen op, janvier 2018


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