Franck GUYEN

Les traces de Dieu dans la création d’après Thomas d’Aquin (1225-1274) - S.T. Ia, q.45 a.7 - le texte en latin et français

jeudi 31 mai 2018 par Phap

Voir notre commentaire du texte de Thomas d’Aquin


Rappelons que les articles dans la Somme Théologique de Thomas d’Aquin sont énoncés selon la structure suivante :


Le libellé de la problématique

Articulus VII. Utrum in creaturis sit necesse inveniri vestigium Trinitatis. [1] ARTICLE 7 : Y a-t-il un vestige de la Trinité dans les êtres créés ?


Les objections

AD SEPTIMUM sic proceditut. Videtur quod in creaturis non sit necesse inveniri vestigium Trinitatis. Per sui enim vestigia unumquodque investigari potest. Sed Trinitas Personarum non potest investigari ex creaturis ut supra habitum est (qu. 32, art. 1). Ergo vestigia Trinitatis non sunt in creatura. 1. Il semble qu’il ne soit pas nécessaire de trouver dans la création un vestige de la Trinité. Car tout être s’offre à l’investigation par ses vestiges. Mais la Trinité des Personnes ne peut se découvrir à partir des créatures, comme on l’a établi précédemment a. Donc il n’y a pas de vestiges de la Trinité dans la création.
2. PRAETEREA, quidquid est in creatura, creatum est. Si igitur vestigium Trinitatis invenitur in creatura secundum aliquas suas proprietates, et omne creatum habet vestigium Trinitatis, oportet in unaquaque illarum inveniri vestigium Trinitatis : et sic in infinitum. 2 Tout ce qui se trouve dans la créature est créé. Donc, si l’on trouve un vestige de la Trinité dans une créature en raison de telle ou telle de ses propriétés, et si tout ce qui est créé offre un vestige de la Trinité, il faudra qu’en chacune de ces propriétés on trouve un vestige de la Trinité, et ainsi indéfiniment.
3. PRAETEREA, effectus non repraesentat nisi suam causam. Sed causalitas creaturarum pertinet ad naturam communem : non autem ad relationes, quibus Personae distinguuntur et numerantur. Ergo in creatura non invenitur vestigium Trinitatis, sed solum unitatis essentiae. 3 L’effet ne représente que sa cause. Mais la causalité des créatures appartient à la nature commune de la Trinité, non aux relations par lesquelles les Personnes se distinguent et se comptent. Donc on ne trouve pas dans la créature un vestige de la Trinité, mais seulement de l’unité de l’essence divine.


La position qui fait autorité

SED CONTRA est quod Augustinus dicit, 6 de Trin. (cap. 10) quod Trinitas vestigium in creatura apparet. d’après S. Augustin, « un vestige de la Trinité apparaît dans la créature ».


La réponse personnelle de Thomas d’Aquin

RESPONDEO dicendum quod omnis effectus repraesentat aliquater suam causam, sed diversimode. Nam aliquis effectus repraesentat solam causalitatem causae, non autem formam ejus, sicut fumus repraesentat ignem : et talis repraesentatio videtur esse repraesentatio vestigii ; vestigium enim demonstrat motum alicujus transeuntis, sed non qualis sit. Aliquis autem effectus repraesentat causam quantum ad similitudinem formae ejus, sicut ignis generatus ignem generantem, et statua Mercurii Mercururim : et haec est repraesentatio imaginis. Tout effet représente de quelque manière sa cause, mais diversement. Parfois l’effet représente seulement la causalité de la cause, mais non sa forme. C’est ainsi que la fumée manifeste le feu, et une telle représentation est appelée vestige ; car l’empreinte du pas manifeste le mouvement de quelqu’un qui est passé, sans révéler sa nature. Mais un autre effet représente la cause parce qu’il a une forme semblable à celle de cette cause : le feu engendré représente le feu dont il est issu, et la statue de Mercure représente celui-ci. Une telle représentation est une image.
Processiones autem divinarum Personarum attenduntur secundum actus intellectus et voluntatis, sicut supra dictum est (qu. 27) : nam Filius procedit ut Verbum intellectus, Spiritus Sanctus ut Amor voluntatis. In creaturis igitur rationalibus, in quibus est intellectus et voluntas, invenitur repraesentatio Trinitatis per modum imaginis, inquantum invenitur in eis verbum conceptum et amor procedens. Or les processions des Personnes divines ont lieu selon les actes de l’intelligence et de la volonté, on l’a vu antérieurement ; car le Fils procède comme Verbe de l’intelligence, et l’Esprit Saint comme Amour de la volonté. Donc, dans les créatures douées de raison, qui ont intelligence et volonté, on trouve une image de la Trinité parce qu’on trouve en elles un verbe qui est conçu et un amour qui procède.
Sed in creaturis omnibus invenitur repraesentatio Trinitatis per modum vestigii, inquantum in qualibet creatura inveniuntur aliqua quae necesse est reducere in divinas Personas sicut in causam. Quaelibet enim creatura subsistit in suo esse, et habet formam per quam determinatur ad speciem, et habet ordinem ad aliquid aliud. Mais en toutes les créatures on trouve une représentation de la Trinité par mode de vestige en ce sens qu’on trouve en elles quelque chose qu’il faut nécessairement rapporter aux Personnes divines comme à leur cause. En effet, toute créature subsiste dans son être, possède une forme qui détermine son espèce et a un ordre à l’égard d’autres êtres.
Secundum igitur quod est quaedam substantia creata, repraesentat causam et principium : et sic demonstrat Personam Patris, qui est principium non de principio. Donc, en tant que substance créée, elle représente sa cause et son principe, et ainsi elle manifeste la personne du Père qui est un principe n’ayant pas de principe.
Secundum autem quod habet quamdam formam et speciem, repraesentat Verbum ; secundum quod forma artificiati est ex conceptione artificis. Secundum autem quod habet ordinem, repraesentat Spiritum Sanctum, inquantum est Amor : quia ordo effectus aliquid alterum est ex voluntate creantis. En tant qu’elle a une certaine forme et espèce, elle représente le Verbe, car la forme de l’oeuvre d’art vient de la conception de l’artiste. En tant qu’ordonné à d’autres, elle représente l’Esprit Saint selon qu’il est Amour, car l’ordre d’un effet à l’égard d’autre chose provient de la volonté du Créateur.
Et ideo dicit Augustinum, in 6 lib. de Trin. (loco cit.), quod vestigium Trinitatis invenitur in unaquaque creatura, secundum quod unum aliquid est, et secundum quod aliqua specie formatur, et secundum quod quemdam ordinem tenet. - Et ad haec etiam reducuntur illa tria : numerus, pondus et mensura, quae ponuntur Sap. II (v.21) : nam mensura refertur ad substantiam rei limitatam suis principiis, numerus ad speciem, pondus ad ordinem. C’est pourquoi S. Augustin dit qu’on trouve un vestige de la Trinité en chaque créature, selon qu’elle est un être doté d’unité, qu’elle est formée par quelque espèce, et qu’elle occupe un certain rang. C’est à cela encore que se ramène cette triade : le nombre, le poids et la mesure, dont parle le livre de la Sagesse (Sg 11,20) ; car la mesure se rapporte à la substance d’une chose limitée par ses principes, le nombre à l’espèce, le poids à l’ordre.
- Et ad haec etiam reducuntur alia tria quae ponit Augustinus (De Nat. Boni, cap. 3) : modus, species et ordo. - Et ea quae ponit in libro Octoginta trium Quaest. (Qu. 18), quid constat, quid discernitur, quid congruit : constat enim aliquid per suam substantiam, discernitur per formam, congruit per ordinem. - Et in idem de facili reduci possunt quaecumque sic dicuntur. A cela encore se ramène une autre triade proposée par S. Augustin : le mode, l’espèce et l’ordre ; et encore cette autre : « Ce qui est constitué, ce qui est distingué, ce qui convient. » En effet, une chose est constituée par sa substance, elle est distinguée par sa forme, elle convient à autre chose par son ordre. C’est ainsi qu’on peut unifier facilement ces différentes catégories.


Les réponses aux objections

AD PRIMUM ergo dicendum quod repraesentatio vestigii attenditur secundum appropriata : per quem modum ex creaturis in Trinitatem Personarum veniri potest, ut supra dictum est (In corpore. Cf. qu. 32, art. 1, ad 1). 1 La représentation par mode de vestige se prend selon les attributs appropriés ; par ce moyen on peut, à partir des créatures, s’élever à la Trinité des Personnes, comme on vient de le dire.
AD SECUNDUM dicendum quod creatura est res proprie subsistens, in qua est praedicta tria invenire. Nec opportet quod in quolibet eorum quae ei insunt, haec tria inveniantur : sed secundum ea vestigium rei subsistenti attribuitur. 2 La créature est au sens propre la réalité subsistante, dans laquelle on peut trouver ces trois caractères. Il n’est pas nécessaire de les trouver dans chacun des élément qui sont en elle, mais, selon cette triple représentation, le vestige est attribué à la réalité subsistante.
AD TERTIUM dicendum quod etiam processiones Personarum sunt causa et ratio creationis aliquo modo, ut dictum est (art. praeced.). 3 Les processions des Personnes sont elles aussi, d’une certaine façon, cause et raison de la création, de la manière qu’on a dite.

[1Infra, qu. 93, art. 6 ; I Sent., dist. 3, qu.2 art. 2 ; 4 Cont. Gent., cap. 26 ; De Pot., qu. 9, art. 9


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 125 / 130179

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Quand le chrétien parle l’homme  Suivre la vie du site Théologie fondamentale   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.0 + AHUNTSIC

Creative Commons License