Franck GUYEN

Heidegger - L’être pour la mort dans Sein-und-Zeit

lundi 18 juin 2018 par Phap

Voir aussi : Heidegger (1889-1976) - Habiter la terre, sous le ciel, en homme, avec les divinités


Table des matières


Introduction

[1] Au terme de sa recherche, l’analyse existentiale délimite le « concept ontologico-existential plein de la mort » comme une possibilité « insigne » du Dasein  ; plus précisément, Heidegger détermine la structure ontologico-existentiale de la mort de la manière suivante :

« la mort comme fin du Dasein est la possibilité la plus propre, absolue, certaine et comme telle indéterminée, indépassable du Dasein  ».
« Der Tod als Ende des Daseins ist die eigenste, unbezügliche, gewisse und als solche unbestimmte, unüberholbare Möglichhkeit des Daseins .“ [1]

.
Notre étude s’attachera à commenter cette « dé-finition [2] » de la mort.


I. Rappel du chemin parcouru

[2] Le concept de la « mort » apparaît dans la deuxième section de Sein und Zeit. Celle-ci succède à la première section dédiée à l’ « analyse existentiale préparatoire » du Dasein . L’être du Dasein y a été caractérisé ontologiquement comme souci, avec sa structure triple (qui apparaît plus nettement en allemand que dans sa traduction française) :

« Être-déjà-en-avant-de-soi-dans (le monde) comme être-auprès de l’étant faisant encontre (à l’intérieur du monde) »
„ Sich-vorweg - schon-sein-in (der Welt) als Sein-bei (innerweltlich) begegnenden Seienden“ [§ 50, p. 249]

L’analyse ontologico-existantiale du souci comme être du Dasein a dévoilé les trois caractères fondamentaux « cooriginaires » de l’être du Dasein  : l’existence, la facticité et la déchéance. Heidegger articule la structure du souci et celle du Dasein de la manière suivante :

« Ainsi se trouvent exprimés les caractères fondamentaux de l’être du Dasein  :
dans le en-avant-de-soi, l ’existence , dans l’Être-déjà-dans..., la facticité , dans l’Être-auprès... l’échéance »
„… im Sich-vorweg die Existenz, im Schon-sein-in,… die Faktizität, im Sein bei… das Verfallen“ [§ 50, p. 249-50]

[3] Le souci constitue l’être du Dasein comme être-au-monde Sein-in-der-Welt, être-au-monde qui requiert que le Dasein soit « ouvert » : l’ouverture, ce mode fondamental du Dasein , résulte de ce que le Dasein est constitutivement Souci – Sorge.
Heidegger dit que

« La structure du souci comme être-déjà-en-avant-de-soi-dans-un-monde-comme-être-auprès-de-l’étant-intramondain abrite en soi l’ouverture du Dasein  »
Die Struktur der Sorge als Sichvorweg – schon sein in einer Welt – als Sein bei innerweltlichem Seienden birgt in sich Erschlossenheit des Daseins [§ 44 p . 220].

Heidegger a déterminé ainsi l’ouverture :

« L’ouverture est constituée par l’affection, le comprendre et le parler, et elle concerne cooriginairement le monde, l’être-à et le Soi-même. »
Erschlossenheit wird durch Befindlichkeitn Verstehen und Rede konstituiert und betrifft gleichursprünglich die Welt, das In-Sein und das Selbst. [§ 44 p . 220].

Nous pouvons dresser le tableau récapitulatif suivant, en soulignant qu’il ne faut pas lire ce tableau horizontalement mais verticalement : le fait que la case « Comprendre » soit sur le même niveau horizontal que la case « L’être-à » ne signifie pas qu’il y ait un lien structurel privilégié entre eux.
L’ouverture - Eschlossenheit

Constituée par Concerne cooriginairement
Affection - Befindlichkeit [3] Le monde
Comprendre – Verstehen L’être-à – In-Sein
Parler - Reden Le Soi-même

[4] La structure triplice de l’ouverture est à relier avec la structure triplice du Souci et de celle du Dasein .On obtient alors le tableau récapitulatif suivant, où la lecture horizontale fait sens ici :

Souci Ouverture Dasein
En avant de soi - Sich-vorweg Soi-même – Sich selbst Existence
Être-déjà-dans - Schon-sein-in (der Welt) L’être-à – In Sein Facticité
Être-auprès - Sein bei (innerweltlich) Le monde – die Welt Échéance -

[5] L’ouverture est ce qui permet au Dasein d’ « être là » - sein da . Encore convient-il de distinguer le sens existential de ce Da de son sens existentiel : c’est parce que le Dasein est ontologiquement ouvert qu’il ouvre ontiquement de la spatialité, autrement dit il n’y a du « ici » - hier –(Moi-ici) et « là bas » - Dort – (étant-à-portée-de-la-main « préoccupé » - besorgt, au sens de « dont je me préoccupe », « pré-occupé par moi » -) que parce que le Dasein est ontologiquement un « Là » – Da –, autrement dit parce que le Dasein est ontologiquement ouvert [4].

Signalons ici, à titre d’incidente, une considération d’ordre linguistique : la langue japonaise distingue trois adverbes de lieu : « koko » - ここ- pour désigner ce qui se tient dans la sphère du locuteur, « soko » - そこ- pour désigner ce qui se tient dans la sphère de l’interlocuteur et « asoko » - あそこ- pour désigner ce qui se tient dans la sphère qui n’est ni celle du locuteur ni celle de l’interlocuteur. Autrement dit, la langue japonaise précise la spatialité en tenant compte de la position spatiale de l’interlocuteur, en plus de celle du locuteur et de celle de l’objet à situer.
Cette incidente ne remet pas en question l’analyse faite par Heidegger, dans la mesure où la spatialité relève de l’ontico-existentiel [5].

[6] La première section s’est occupée d’interpréter l’existence du Dasein comme quotidien « moyen », c’est à-dire comme cette existence qui est sur le mode inauthentique ou indifférent d’une part, et qui ne se tient pas devant sa fin, sa mort. Aussi n’a-t-elle pas atteint le Dasein , ni comme Dasein authentique [6] ni comme Dasein total.
La deuxième section s’attache maintenant à concevoir l’être du Dasein dans sa « totalité » et son « authenticité ».

[7] Au sens ontologique, la mort ne peut pas être dite l’accomplissement du Dasein , en ce qu’il serait achevé, qu’il aurait épuisé toutes ses possibilités (« « finir » comme est fini un puzzle, la mort en étant la dernière pièce). Le Dasein ne peut pas être total, dans la mesure où la totalité qu’il serait ferait qu’il ne pourrait plus être encore – ce qui contredirait son essence comme existence, comme être de possibilités qu’il est toujours… tant qu’il est.

De plus, Heidegger récuse la mort dans son acceptation ontico-existentielle « vulgaire » d’évènement extérieur qui sur-viendrait au Dasein , ce qui induirait la compréhension du Dasein comme n’ayant rien à voir avec la mort.

[8] Pour Heidegger, il s’agit de fausses pistes qui obstruent, qui recouvrent le sens existential de la mort : le Dasein , comme étant dont l’être est de pouvoir-être, porte constitutivement en lui la possibilité extrême, indépassable, de ne-plus-pouvoir-être, la mort [7]. Cette possibilité ne se laisse pas compter à côté des pouvoir-êtres, elle n’est pas une possibilité parmi d’autres possibilités : le Dasein ne choisit pas d’être mort comme il choisit d’être occupé par ceci ou d’entrer en amitié avec celui-ci ; mort, il n’est plus existentiellement ni ici ni là, comme existentialement il n’est plus Là ou plus exactement : de « Là », il n’y a plus.

[9] Pour le dire autrement, sur le plan ontologico-existential, la mort comme être-à-la-fin est un mourir, un être-pour-la-fin [8] (avec son synonyme d’être-pour-la-mort). Autrement dit, je porte toujours avec moi la mort comme possibilité, et celle-ci ne se réduit pas au décéder [9] :

De même que le Dasein , aussi longtemps qu’il est, est au contraire constamment déjà son ne-pas-encore, de même il est aussi déjà sa fin. Le finir désigné par la mort ne signifie pas un être-à-la-fin du Dasein , mais un être pour la fin de cet étant. La mort est une guise d’être que le Dasein assume dès qu’il est. « Dès qu’un homme vient à la vie, il est assez vieux pour mourir » § 48
So wie das Dasein vielmehr ständig, solange es ist, schon sein Nochnicht ist, so ist es auch schon immer sein Ende. Das mit dem Tod gemeinte Enden bedeutet kein Zu-Ende-sein des Daseins, sondern ein Sein Zum Ende dieses Seienden. Der Tod ist eine Weise zu sein, die das Dasein> übernimmt, sobald es ist . „Sobald ein Mensch zum Leben kommt, sogleich ist er alt genug zu sterben.“ § 48 p. 245


II Concept de la mort à partir des modalités inauthentique et indifférente du Dasein


II-a La possibilité la plus propre, absolue, indépassable
[10] Les § 50 et 51 dessinent une « pré-esquisse existentiale » (existenzialer Vorzeichnung §52 p.255) de la mort, comprise à partir de la structure du Souci. La mort, comme possibilité du Dasein , reçoit maintenant les déterminations caractéristiques [10] de « la plus propre », « absolue » et « indépassable ».

[11] La structure triple du souci se retrouvant dans le phénomène de la mort, le « mourir », ce dernier est fondé ontologiquement dans le souci, constitutif du Dasein .
Le § 50 montre comment la structure triple du souci se dévoile dans le phénomène de la mort :

La mort est dévoilée dans l’existence comme la possibilité de ne plus être là
Sein Tod ist die Möglichkeit des Nicht-mehr-Dasein -könnens. § 50 p. 250

Dans la facticité, elle est dévoilée comme « angoisse » ; l’affection de l’angoisse n’est pas la peur de tel ou tel événement mortel (ontico-existentiel), elle révèle au Dasein son être-jeté-pour-la-fin (existential) ;

Dans l’échéance, elle est dévoilée comme ce qui est fuit par le Dasein « préoccupé » et « sollicité [11] ».

[12] Sous ces trois aspects (existence, facticité, échéance), la mort joue comme possibilité caractérisée de trois manières : comme « la plus propre », « absolue », et « indépassable » (avec son synonyme, « extrême » -äußerste § 50 p. 250).
Heidegger établit son propos dans le passage suivant du § 50 [12] :

1. Caractérisation de la mort comme possibilité « la plus propre » du Dasein  : en elle il y va de l’être-au-monde du Dasein qui lui est propre ; aussi personne ne peut prendre la mort du Dasein à sa place, personne ne peut « représenter » le Dasein face à cette possibilité qui est toujours la sienne et qu’il a « à assumer », c’est-à-dire littéralement à prendre sur lui :

La mort, elle, est une possibilité d’être que le Dasein a lui-même à chaque fois à assumer. Avec la mort, le Dasein se pré-cède lui-même en son pouvoir-Être le plus propre. Dans cette possibilité, il y va pour le Dasein purement et simplement de son être-au-monde.
Der Tod ist eine Seinsmöglichkeit, die je das Dasein selbst zu übernehmen hat. Mit dem Tod steht sich das Dasein selbst in seinem eigensten Seinkönnen bevor. In dieser Möglichkeit geht es dem Dasein um sein In-der-Welt-sein schlechthin.

2. Caractérisation de la mort comme possibilité « absolue » du Dasein  : l’allemand «  unbezüglich » renvoie aux «  Bezüge zu anderen », les concrétions existentielles de l’être-avec du Dasein . L’absoluité signifie que le Dasein se retrouve isolé (des autres) quand il comprend authentiquement son être-pour-la-mort].

Sa mort est la possibilité du pouvoir-ne-plus-être-Là. Tandis qu’il se pré-cède comme cette possibilité de lui-même, le Dasein est complètement assigné à son pouvoir-être le plus propre. Par cette pré-cédence, tous les rapports à d’autres Dasein sont pour lui dissous.
Sein Tod ist die Möglichkeit des Nicht-Mehr-Dasein-könnens. Wenn das Dasein als diese Möglichkeit seiner selbst sich bevorsteht, ist es völlig auf sein eigenstes Seinkönnen verwiesen. So sich bevorstehend sind in ihm alle Bezüge zu anderen verwiesen. p.250

3. Caractérisation de la mort comme possibilité « indépassable » du Dasein  : Heidegger écrit que le Dasein , en tant que pouvoir-Être, ne peut dépasser überholen la possibilité de la mort ; il donne le mot aüßerste comme synonyme de unüberholbare, qui désigne ce qui est la plus éloignée (sens spatial), ce qui est extrême (sens figuré) [13] : il s’agit pour Heidegger de signifier qu’il n’y a pas de possibilité « au-delà » de la mort, du fait que le Dasein est l’étant pour qui il y va en son être de son être même, ce « en aller » se fondant sur un Là (Da) : or la mort est justement cette possibilité du « pouvoir ne plus être là » Nicht-Mehr-Dasein-könnens .

Cette possibilité la plus propre, absolue, est en même temps la possibilité extrême. En tant que pouvoir-Être, le Dasein ne peut jamais dépasser la possibilité de la mort. La mort est la possibilité de la pure et simple impossibilité du Dasein .
Diese eigenste, unbezügliche Môglichkeit ist zugleich die aüßerste. Als Seinkönnen vermag das Dasein die Môglichkeit des Todes nicht zu überholen. Der Tod ist die Möglichkeit der schlechthinnigen Dasein unmöglichkeit . § 50 p.250

Enfin, Heidegger récapitule en une phrase le chemin parcouru :

Ainsi la mort se dévoile-t-elle comme la possibilité la plus propre, absolue, indépassable.
So enthüllt sich der Tod als die eigenste, unbezügliche, unüberholbare Möglichkeit.
§ 50.– p. 250

[13] Si la mort, dans son sens ontologico-existential de être-pour-la-fin, est constitutive de l’être du Dasein , alors elle doit jouer selon les deux modalités d’être du Dasein , la modalité de l’authenticité et celle de l’inauthenticité. C’est ce que montrent respectivement les § 51- 52 et § 53.
[14] Le § 51 montre comment le Dasein inauthentique – le On-même – fuit l’être-pour-la-fin.
Par le bavardage, le caractère de la mort comme la possibilité la plus propre est recouvert, occulté comme un événement intra-mondain qui survient au On :

« Le mourir, qui est essentiellement et ir-représentablement mien, est perverti en un événement publiquement survenant, qui fait encontre au On. »

„Das Sterben, das wesenhaft unvertretbar das meine ist, wird in ein öffentlich vorkommendes Ereignis verkehrt, das dem Man begegnet.“ p.253

Ce qui est occulté, recouvert, c’est l’être pour la mort du Dasein (ou son synonyme, l’être-pour-la-fin) comme sa possibilité la plus propre, absolue et indépassable.

  • la mort est toujours la mienne, et personne ne peut mourir à ma place, personne ne peut me représenter (définition du caractère « la plus propre »). Le bavardage fait croire qu’il s’agit d’un évènement public, dont On concerte et qui concerne On, c’est-à-dire personne et pas Soi-même.
  • la mort dissout les relations avec les autres et isole le Dasein (caractère d’absoluïté) ; or la perversion de la mort la recouvre comme événement public, dont On parle et qui concerne les autres avec qui je suis.

-* la mort est cette possibilité indépassable ; or la perversion de la mort fait de celle-ci un événement (intra-mondain), que l’On peut situer parmi d’autres – que l’on peut éviter aussi.

II-b. La possibilité … certaine et indéterminée

[15] Le § 52 donne le concept intégral de la mort (concept existential) : ce paragraphe ajoute les caractères de « certaine et comme telle indéterminée » à la mort comme possibilité du Dasein .
On peut se demander comment il se fait que le concept intégral de la mort puisse être déterminé à partir de la modalité inauthentique du quotidien.

[16] Il convient d’abord de ne pas se laisser abuser par la connotation péjorative du terme « inauthentique » : Heidegger se situe sur le terrain ontologique, sa démarche est une démarche interprétative et non moralisante [14] : l’analyse existentiale met à jour les conditions existentiales de possibilité de la moralité, elle lui est donc antérieure car elle est plus « originaire ».

[17] Il convient ensuite de rappeler avec Heidegger que l’inauthenticité, comme refus du Dasein de se ramener à soi-même, révèle « en creux », « en négatif », les possibilités propres – authentiques – du Dasein . Il en va bien ainsi de la mort comme être-pour-la-fin du Dasein , comme possibilité authentique – eigentilich - :

  • le Dasein quotidien pervertit la mort en événement banal, qui concerne On.
  • « On meurt », dit le Dasein quotidien, manifestant ainsi sa certitude de la mort.
  • Mais cette certitude ne se laisse pas réduire à une simple certitude « empirique », qui ne permet pas de rendre compte de la certitude propre de chaque homme comme quoi lui aussi mourra.
  • Il y a donc un existential, un être-certain-d’être-pour-la fin, que « trahit » (au sens de « dévoiler négativement ») la certitude quotidienne de la mort [15].

[18] La même stratégie de la fuite permet aussi d’établir la spécificité de la certitude de la mort : quand le Dasein dit que sa mort n’est pas pour maintenant, quand il lui donne une date déterminée par des considérations statistiques, cela signifie que la mort est à chaque instant, comme possibilité, autrement qu’elle est indéterminée quant à son « quand » [16]. Aussi peut il conclure par l’exposé intégral de la mort comme possibilité :

« la mort comme fin du Dasein est la possibilité la plus propre, absolue, certaine et comme telle indéterminée, indépassable du Dasein  ». § 52


III Concept de la mort à partir de la modalité authentique du Dasein

[19] Le § 53 permet de traiter le Dasein selon la modalité de l’authenticité, alors que jusqu’à présent il s’agissait du Dasein inauthentique, dans sa quotidienneté échéante.
Heidegger introduit le concept de « devancement », qui rend possible la compréhension authentique de la mort [17] (la mort comme possibilité de l’impossibilité de l’existence).

[20] Le § 53 reprend un par un les caractères de la mort établis dans les paragraphes précédents, en les agrégeant successivement et en les articulant à partir de la structure de « devancement » qu’il a dégagée.
Suivons Heidegger dans son ordre d’exposition.

[21] « La mort est la possibilité la plus propre du Dasein  ».
Comme comprendre, le devancement « ouvre » au Dasein sa possibilité d’être la plus propre, puisque dans la mort il en va du Dasein dans son être même.
Devançant sa mort, le Dasein a la révélation qu’il est arraché au On - et pour la première fois, le Dasein comprend qu’il se perdait dans le quotidien.

[22] « La possibilité la plus propre est absolue ».
Comme comprendre de la possibilité la plus propre du Dasein , le devancement (re)met le Dasein en face de lui-même et il lui fait comprendre son isolement (au sens où le Dasein est seul devant la possibilité de la mort – monos en grec) [18] :

« Le devancement fait comprendre au Dasein qu’il a à assumer uniquement à partir de lui-même – einzig von ihm selbst - le pouvoir-être où il y va purement et simplement de son être le plus propre. La mort n’« appartient » pas seulement indifféremment au Dasein propre, mais elle interpelle celui-ci en tant que singulier – als einzelnes. L’absoluité de la mort comprise dans le devancement isole – vereinzelt - le Dasein vers lui-même. » [19].

L’absoluïté de la mort résulte de ce que, comprise authentiquement dans le devancement, elle ne permet aucun rapport de sollicitude (avec d’autres) ou de préoccupation (avec de l’étant sous la main) : le Dasein se retrouve devant la tâche d’assumer son être le plus propre « de lui-même et à partir de lui-même ». – von ihm selbst her aus ihm selbst – p. 264.

[23] « La possibilité la plus propre, absolue, est indépassable ».
Le devancement confronte le Dasein à la possibilité « extrême », indépassable de ce que Martineau traduit par « sacrifice de soi » (sich aufgeben – die Selbstaufgabe p.264), que l’on pourrait tout aussi bien traduire par « remise de soi ». Dans cette « remise de soi », le Dasein pour la première fois se trouve devant la possibilité d’un pouvoir-être-total (ganz, au sens d’entier, de plénier), autrement dit un pouvoir-être dans lequel il va de l’être en totalité (ganzheit).

Le devancement libère le Dasein du faux infini, en lui montrant la finitude de son existence. Toutes les possibilités, qui « se bousculaient au portillon » dans la quotidienneté, se trouvent alors situées « en deça » de cette possibilité extrême, comme contingentes («  zufällig ») et dépassables. Le Dasein comprend que toutes les possibilités ne lui sont pas ouvertes, qu’une possibilité peut être ouverte à un autre que lui mais pas à lui, et aussi que les autres peuvent lui ouvrir des possibilités (cf. le « héros » que le Dasein peut se donner).

[24] « La possibilité la plus propre, absolue et indépassable est certaine. »
La certitude de la mort comme (main)-tenir-pour-vrai de la mort est un existential, et à ce titre elle tire sa force de plus originaire que la simple évidence apodictique de l’intra-mondain. Ce plus originaire est le devancement, qui porte en lui la certitude de la mort.

[25] « La possibilité la plus propre, absolue, indépassable et certaine est indéterminée en sa certitude »
Heidegger rappelle que tout comprendre est affecté, et il précise que le devancement, comme comprendre, est affecté par l’angoisse : c’est l’angoisse qui ouvre le Dasein à la menace indéterminée.

[26] Heidegger récapitule de la manière suivante :

« Il est maintenant possible de résumer ainsi notre caractérisation de l’être pour la mort authentique existentialement projeté : le devancement dévoile au Dasein sa perte dans le On-même et le transporte devant la possibilité,

primairement dépourvue de la protection de la sollicitude préoccupée, d’être lui-même [la possibilité la plus propre, absolue]

mais lui-même dans la LIBERTÉ POUR LA MORT passionnée, déliée des illusions du On, factice, [la possibilité la plus propre, absolue, indépassable]

certaine d’elle-même [la possibilité la plus propre, absolue, indépassable, certaine]

et angoissée [la possibilité la plus propre, absolue, indépassable, certaine et indéterminée en tant que telle]. »
Die Charakteristik des existenzial eigentlichen Seins zum Töde läßt sich dergestalt zusammenfassen : Das Vorlaufen enthüllt dem Dasein die Verlorenheit in das Man-selbst und bringt es vor die Möglichkeit, auf die besorgende Fürsorge primär ungestützt, es selbst zu sein, selbst aber in der leidenschaftlichen, von den Illusionen des Man gelösten, ihrer selbst gewissen und sich ängstenden Freiheit zum Tode. (§ 53 p. 266)

[27] A titre d’incidente, rappelons que Heidegger avait analysé le « vorausspringen  » de la sollicitude authentique, qui entretient de fortes analogies avec le « Vorlaufen  », la compréhension authentique de la fin : nous laissons au lecteur la tâche de les établir [20].


Conclusion : être son destin ou la finitude bienvenue

[28] Heidegger assigne une fonction positive à la mort. Comme possibilité authentiquement comprise (dans le devancement), elle arrache au monde du On, à ce qui est « de prime abord et le plus souvent », au quotidien, selon le mode inauthentique du Dasein – inauthentique au sens littéral de ce qui n’est pas proprement soi du non-en-propre – uneigentlich - ; cet arrachement au terminus a quo du non-en-propre ramène au terminus ad quem du en-propre.
Là, le Dasein se trouve face à ce qu’il est, cet étant pour lequel il y va en son être de son être – étant qui comprend les possibilités finies (parce que en deça de la possibilité extrême de la mort) qu’il peut être comme le constituant comme pouvoir-être : là, il peut se résoudre existentiellement et avoir un destin – être son destin [21].

La finitude saisie de l’existence arrache à la multiplicité sans fin des possibilités immédiatement offertes de la complaisance, de la légèreté, de la dérobade et transporte le Dasein dans la simplicité de son destin.
Die ergriffene Endlichkeit der Existenz reißt aus der endlosen Mannigfaltigkeit der sich anbietenden nächsten Möglichkeiten des Behagens, Leichtnehmens, Sichdrückens zurück und bringt das Dasein in die Einfachheit seines Schicksal. § 74 p. 384

[29] Ce destin, c’est la « remise de soi » que le Dasein décide résolument dans la compréhension de son être-pour-la mort [22]. Paradoxalement, c’est la prise en compte en-propre (authentique) de la mort qui rend possible la saisie la plus pleine de soi par soi dans le monde et avec les autres. Pour le dire autrement, je ne suis jamais plus présent à moi-même et au monde et aux autres que quand je me saisis comme pouvant ne plus être présent !

[30] Inversement, la prise en compte inauthentique (non-en-propre) de la mort fait que je ne puis pas entrer dans mon propre bien, ou, pour le dire autrement, le Dasein n’assume pas son être en-propre, il en va de lui-même sur un mode inauthentique.
Sans la compréhension authentique, pas de résolution ; et sans la résolution, pas de destin ni de coups du destin (favorables ou défavorables).

[31] « Pour le navigateur qui ne sait où il va, il n’y a pas de vent favorable » (ni de vent défavorable, d’ailleurs).
Bienvenue possibilité de la mort, qui me permet de comprendre en propre où je me tiens et de quoi il retourne : le Dasein est cet étant pour lequel en son être IL Y VA de son être, ou, pour le dire autrement, l’essence du Dasein est son existence.

[32] Le présent travail a délimité la totalité du Dasein par rapport à sa fin qu’est la mort. Le Dasein n’est pas cependant encore totalement « circonscrit », puisque manque une autre fin, celle de la naissance. Autrement dit, après avoir étudié l’existential de l’ «  être-pour-la-fin  », l’analyse existentiale doit s’attacher maintenant à l’ «  être-pour-le-commencement  » [23].


Bibliographie

Martin HEIDEGGER – Sein und Zeit – Max Niemeyer Verlag Tübingen – Siebzehnte Auflage – 1993
Martin HEIDEGGER – Sein und Zeit – traduction française de Emmanuel MARTINEAU – Authentica - 1985
Jean GREISCH – Ontologie et temporalité – esquisse d’une interprétation intégrale de Sein und Zeit – Epiméthée – PUF - 1994
Françoise DASTUR – Husserl – Des mathématiques à l’histoire –P.U.F. – 2° édition 1999.


© esperer-isshoni.fr, avril 2007
© fr. Franck Guyen op, juin 2018

[1§ 52 p. 258-9
Les citations allemandes proviennent de l’ouvrage suivant : Martin HEIDEGGER – Sein und Zeit – Max Niemeyer Verlag Tübingen – Siebzehnte Auflage – 1993
Pour les citations en français, nous nous sommes servis de la traduction française d’Emmanuel MARTINEAU : Martin HEIDEGGER – Sein und Zeit – traduction française de Emmanuel MARTINEAU – Authentica - 1985

[2A la suite de Heidegger (cf. les § 1, 6, 44, 50) nous mettons entre guillemets le terme de « définition ». La démarche de Heidegger n’est pas une démarche « essentialiste » (Heidegger dirait une analyse ontico-existentielle) : il ne s’agit pas de déterminer la quiddité d’une chose en lui attribuant des propriétés, des attributs qui viendraient déterminer la chose, laquelle par ailleurs (mais où serait cet ailleurs ?) se tiendrait séparée, isolée, « flottant dans les airs ».
La question n’est pas de déterminer le quid, mais le qui : l’analyse existentiale que pratique Heidegger porte sur cet étant unique qu’est le Dasein , (et non pas sur les étants sous-la-main qui ne sont pas « à la mesure du Dasein  »), c’est-à-dire cet étant pour lequel « il y va en son être de cet être »
Par là, le Dasein fait la percée de l’étant vers l’être dans la mesure où il a « toujours » - je - la précompréhension de son être, ou plutôt dans la mesure où vient toujours avec lui la précompréhension de son être ; cette précompréhension se fonde dans le « y aller de » es geht um constitutif du Dasein .
Heidegger parlera du « privilège ontique » du Dasein

§ 4 : « Le privilège ontique du Dasein consiste en ce qu’il est ontologique » -
Die ontische Auszeichnung des Daseins liegt darin, daß es ontologisch ist - p. 12

le Dasein est celui qui permet l’ « amorçage » à partir du plan de l’étant de la question du sens de l’être, cette question qui fait l’objet central de l’essai Sein und Zeit.
Du fait de la particularité unique de cet étant qu’est le Dasein , l’analyse existentiale du Dasein ne dévoilera pas des « données », des propriétés ontiques, mais des possibilités d’être dans lesquelles le Dasein se comprend et qu’il est : cette analyse n’est pas une description mais une interprétation, une herméneutique.
Heidegger donne le sens profond du « y aller de » dans le passage suivant :

Le Dasein est un étant pour lequel, en son être, il y va de cet être même. Le « aller de... » s’est clarifié dans la constitution d’être du comprendre comme être qui se projette vers le pouvoir-être le plus propre.
Das Dasein ist Seiendes, dem es in seinem Sein um dieses Sein selbst geht. Das „es geht um..“ hat sich verdeutlich in der Seinsverfassung des Verstehens als des sichentwerfenden Seins zum eigensgten Seinkönnen. § 41. p. 191)

.

[3L’allemand entend « se trouver » dans «  sich befinden ». La traduction « affection » renvoie au verbe « affecter », qui peut s’entendre dans ce sens lorsque l’on dit de quelqu’un qu’il est « affecté » à un poste d’encadrement, par exemple.

[4

« Ici » et « là-bas » ne sont possibles qu’en un « Là », c’est-à-dire pour autant que soit un étant qui, en tant qu’être du « Là », a ouvert de la spatialité. (…) L’expression « Là » désigne cette ouverture essentielle. Par celle-ci, cet étant (le Dasein ) est « là » pour lui-même tout uniment avec l’être-là du monde. »
« Hier“ und « dort » sind nur möglich in einem „Da“, das heißt wenn ein Seiendes ist, das als Sein des „Da“ Räumlichkeit erschlossen hat. … Der Ausdruck „Da“ meint diese wesenhafte Erschlossenheit. Durch sie ist dieses Seiende (das Dasein) in eins mit dem Da-sein von Welt für es selbst „da“. . § 28 p.152

.

[5Heidegger a traité indirectement au § 26 cette question à propos d’un fait linguistique rapporté à W.v. Humbodlt : « W. v. Humboldt a attiré l’attention sur des langues qui expriment le « Je » par « ici » - hier  -, le « tu » par « là » - da - et le « il » par « là-bas » - dort , c’est-à-dire, en terme grammaticaux, qui restituent les pronoms personnels par des adverbes de lieu. ».
Ce fait linguistique recoupe celui signalé pour la langue japonaise, si l’on établit les correspondances suivantes : ici = ここ, là = そこ, là bas = あそこ.
A la question de savoir si ces expressions de lieu ont une valeur adverbiale ou pronominale, Heidegger répond que « leur signification primaire n’est pas catégoriale, mais existentiale », autrement dit que la question est sans fondement. Le Dasein spatialise son monde en lequel il se trouve comme être spatial :

« Dans le « ici », le Dasein identifié à son monde ne s’adresse pas à soi, mais se détourne de soi vers le « là-bas » d’un étant à-portée-de-la-main pour la circon-spection, sans laisser pourtant de se viser dans la spatialité existentiale ».
Im « hier » spricht das in seiner Welt aufgehende Dasein nicht auf sich, sondern von sich weg auf das « dort » eines umsichtig Zuhandenen und meint doch sich in der existenzialen Räumlichkiet. § 26 p. 120.

.

[6

« L’interprétation antérieure, qui prenait son point de départ dans la quotidienneté médiocre, s’en est tenue à l’analyse de l’exister indifférent ou inauthentique »
Die bisherig Interpretation beschränkte sich, ansetzend bei der durchschnittlichen Alltäglichkeit, auf die Analyse des indifferenten bzw. uneigentlichen Existierens. p. 232 §45

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[7

La mort est la possibilité de la pure et simple impossibilité du Dasein .
Der Tod ist die Möglichkeit der schlechthinnigen Dasein unmöglichkeit. § 50 p.250

[citation reprise plus bas]

[8Cf. l’affirmation :

« L’être-à-la-fin signifie existentialement : être pour la fin ».
« Das Zu-Ende-sein besagt existenzial : Sein zum Ende“. § 50 p. 250

.

[9L’étant qu’est le Dasein décède, alors que les étants qui ne sont pas à la mesure du Dasein périssent : la différence entre décéder et périr tient au fait que le Dasein se définit comme être-là, et que la mort est la possibilité pour le Dasein de ne-plus-être-là : le décès est ce passage au ne-plus-être-là, passage qui ne concerne que le Dasein , à l’exclusion des autres étants.

[10« Charaktere » § 52 p. 258

[11Cf. le portrait, hélas réaliste – j’en ai vu de vivants exemples en hôpital – de consolateurs à bon compte :

« L’esquive recouvrante de la mort gouverne si tenacement la quotidienneté que, dans l’être-l’un-avec-l’autre, les « proches » suggèrent encore souvent justement au « mourant » qu’il échappera à la mort et, par suite, qu’il retournera vers la quotidienneté rassurée du monde de la préoccupation. Une telle « sollicitude » s’imagine même « consoler » ainsi le « mourant ». Elle veut le ramener au Dasein en l’aidant à voiler encore totalement sa possibilité la plus propre, absolue, d’être. Le On se préoccupe ainsi d’un constant rassurement sur la mort - d’un rassurement qui, au fond, s’adresse non seulement au « mourant », mais tout aussi bien aux « consolateurs ».
Das verdeckende Ausweichen vor dem Tode beherrscht die Alltäglichkeit so hartnäckig, daß im Miteinandersein die „Nächsten“ gerade dem „Sterbenden“ oft noch einreden, er werde dem Tod entgehen und demnächst wieder in die beruhigte Alltäglichkeit seiner besorgten Welt zurückkehren. Solche „Fürsorge“ meint sogar, den „Strebenden“ dadurch zu „trösten“. Sie will ihn ins Dasein zurückbringen, indem sie ihm dazu verhilft, seine eigenste, unbezügliche Seinsmöglichkeit noch vollends zu verhüllen. Das Man besorgt dergestalt eine ständige Beruhigung über den Tod. Sie gilt aber im Gründe nicht nur dem Sterbenden“, sondern ebenso sehr den „Tröstenden“. p. 253-4 § 51

.

[12Le découpage en alinéa résulte de notre interprétation personnelle de ce passage

[13Cf. dictionnaire allemand – français Harrap – Weismattütat - 1981

[14« Par rapport à ces phénomènes [quotidiens], il ne sera peut-être pas superflu d’observer que leur interprétation a une intention purement ontologique, et qu’elle se tient à cent lieues d’une critique moralisante du Dasein quotidien, ainsi que de toute entreprise de « philosophie de la culture ». § 34

[15

« Mais cette esquive atteste phénoménalement par ce devant quoi elle recule que la mort doit être conçue comme la possibilité la plus propre, absolue, indépassable, certaine.…
Aber dieses Ausweichen bezeugt phänomenal aus dem, wovor es ausweicht, daß der Tod als eigenste, unbezügliche, unüberholbare, gewisse Möglichkeit begriffe werden muß. p. 258 § 52

.

[16

« Le On recouvre ainsi cette spécificité de la certitude de la mort : être possible à tout instant. Avec la certitude de la mort se concilie l’indétermination de son quand. »
So verdeckt Man das Eigentümliche der Gewissheit des Todes, daß er jeden Augenblick möglich ist. Mit der Gewissheit des Todes geht die Unbestimmheit seines Wann zusammen. p. 258 § 52

.

[17« Le devancement se manifeste comme possibilité du comprendre du pouvoir-être extrême le plus propre, c’est-à-dire comme possibilité d’existence authentique ».
Das Vorlaufen erweist sich als Möglichkeit des Verstehens des eigensten äußersten Seinkönnens, das heißt als Möglichkeit eigentlicher Existenz. (p.263 § 53).

[18Heidegger joue sur la communauté de racine des mots : « einzeln » et «  einzig ». einzig » renvoie à ce qui est unique de telle sorte qu’en dehors de l’unique, il n’y a rien ; « einzeln » renvoie à ce qui est un parmi d’autres : ce un est détaché, « isolé » du reste des autres : en dehors de cet un, il y en a d’autres dont cet un se détache, se distingue

[19voir p. 236 pour le texte allemand

[20

« En face d’elle [la sollicitude inauthentique] existe la possibilité d’une sollicitude qui ne se substitue pas tant à l’autre qu’elle ne le devance en son pouvoir-être existentiel, non point pour lui ôter le « souci », mais au contraire et proprement pour le lui restituer. Cette sollicitude, qui concerne essentiellement le souci authentique, c’est-à-dire l’existence de l’autre, et non pas quelque chose dont il se préoccupe, aide l’autre à se rendre transparent dans son souci et à devenir libre pour lui. »
Ihr gegenüber besteht die Möglichkeit einer Fürsorge, die für den Anderen nicht so sehr einspringt, als daß sie ihm in seinem existenziellen Seinkönnen vorausspringt, nicht um ihm die „Sorge“ abzunehmen, sondern erst eigentlich als solche zurückzugeben. Diese Fürsorge, die wesentlich die eigentliche Sorge – das heißt die Existenz des Anderen betrifft und nicht ein Was, das er besorgt, verhilft dem Anderen dazu, in seiner Sorge sich durchsichtig und für sie frei zu werden. § 26 p. 122.

.

[21Sachant que tous les destins ne sont pas possibles au Dasein , du fait qu’il est avec d’autres constitutivement dans un monde qu’il fait et qui le fait aussi. Voir le concept de l’ « héritage » chez Heidegger, à mettre en lien avec la tradition. Nous ne développons pas.

[22

L’auto-délivrance devançante, contenue dans la résolution, au Là de l’instant, nous la nommons le destin.
Das in der Entschlossenheit liegende vorlaufende sichüberliefern an das Da des Augenblicks nennen wir Schiksal p. 386 § 74

.

[23Heidegger développera cet aspect au § 72, dans son analyse de la temporalité. Pour éviter toute équivoque, rappelons simplement que, comme la mort, la naissance au sens existential ne se réduit pas au simple événement « temporel » qui porte le même nom

« En revanche, le Dasein n’« est » nullement effectif en un point temporel, ni, de surcroît, « entouré » par la non-effectivité de sa naissance et de sa mort. Entendue existentialement, la naissance n’est pas, n’est jamais du passé au sens d’un étant qui n’est plus sous-la-main, et pas davantage la mort n’a-t-elle le mode d’être d’un « reste » non encore sous-la-main et seulement à venir. Le Dasein factice existe nativement, et c’est nativement encore qu’il meurt au sens de l’être pour la mort. »
Keineswegs dagegen « ist » das Dasein in einem Zeitpunkt wirklich und außerdem noch von dem Nichtwirklichen seiner Geburt und seines Todes « umgeben ». Existenzial verstanden ist die Geburt nicht und nie ein Vergangenes im Sinne des Nichtmehrvorhandenen, so wenig wie dem Tod die Seinart des noch nicht vorhandenen, aber ankommenden Ausstandes eignet. Das faktische Dasein existiert gebürstig, und gebürstig stirbt es auch schon im Sinne des Seins zum Tode. (§ 72 p. 374).

[Voir la critique de Jean Greisch concernant la brièveté de Heidegger concernant l’ « être-pour-le-commencement » in Jean GREISCH – Ontologie et temporalité – esquisse d’une interprétation intégrale de Sein und Zeit – Epiméthée – PUF – 1994 p. 355]


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