Franck GUYEN

Quand les religions font mal - Essai sur la violence religieuse - Avertissements préliminaires

samedi 24 novembre 2018 par Phap

Table des matières


Quand les religions font mal, Franck Guyen, éditions du Cerf, septembre 2018, 183 p., 14 €


Pourquoi ce livre ?

J’ai écrit ce livre pour répondre à un étonnement. Alors que les religieux dominicains viennent de célébrer les 800 ans de leur fondation, je me suis interrogé sur le fait historique qu’ils ont constitué la majorité des fonctionnaires de l’Inquisition pontificale au Moyen-Âge. Comment des disciples d’un maître torturé et mis à mort de manière cruelle sur une croix ont pu faire torturer et mourir par le feu des « hérétiques » ?

Mon étonnement se redouble quand je constate comment le rapport du fondateur de l’Ordre des prêcheurs, Dominique de Guzman, à l’Inquisition a évolué dans le temps : les frères dominicains actuels soulignent que Dominique n’a pas pu participer à l’Inquisition instituée dix ans après sa mort. Or au quinzième siècle l’Ordre des prêcheurs n’avait pas dénoncé l’anachronisme quand l’artiste peintre Pedro Berruguete représentait Dominique présidant à un auto-da-fe ; il n’avait pas non plus protesté au treizième siècle quand un évêque dominicain, Jacques de Voragine, décrivait dans la Légende Dorée saint Dominique arrêtant une charrette d’hérétiques promis au feu pour en extirper un condamné dont il avait perçu divinement la future conversion.

Voilà ce qui m’a personnellement motivé à écrire cet essai.


Contre quoi et pour quoi ?

Cet essai sans prétention académique ne cite pas ses sources et ne contient pas de bibliographie [1]. Il prend position face à des positions qu’il entend combattre.

L’essai s’inscrit contre une perception idéologique de la religion qui voit en elle une réalité intrinsèquement violente, à l’origine des pires divisions et des guerres les plus terribles entre les hommes. L’essai combat aussi la perception inverse qui considère que la religion est étanche à la violence : les violences commises au nom de la religion relèvent en fait d’une instrumentalisation du religieux par le politique.

Contre ces deux positions idéalisant la religion dans un sens ou dans l’autre, l’essai propose une vision réaliste de la religion comme une réalité ambivalente à l’instar de toute réalité d’ordre humain [2] : à ce titre, la religion est traversée par le désir de communion, de paix entre les hommes et en même temps par des pulsions d’agressivité, de mort, pour reprendre le vocabulaire freudien.

L’essai combat aussi la position relativiste qui veut interdire le jugement moral à propos des violences du passé, au motif que ce serait projeter nos valeurs présentes sur une époque qui en avait d’autres : selon la position relativiste, la torture, actuellement réprouvée, était un fait banal au Moyen-âge et condamner l’inquisiteur à partir de nos valeurs modernes constitue un anachronisme.

Contre cela, je soutiens qu’il y a des lois morales universelles, autrement dit des lois qui valent en tout lieu et en tout temps et auxquelles nul n’a le droit d’attenter.
La règle d’or en est une, qui dit que tu ne dois pas faire à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse.

Contre le relativiste, je pose qu’il y a une solidarité universelle entre les hommes.
Je suis ici les traces du dramaturge latin Térence du deuxième siècle avant Jésus-Christ qui fait dire à un de ses personnages : Homo sum ; humani nihil a me alienum puto - "je suis un être humain et j’estime que rien de ce qui est humain ne m’est étranger" - ou plus tard au vingtième siècle celles de Martin Luther King, un pasteur chrétien baptiste afro-américain, qui écrivait de sa cellule dans la prison de Birmingham (Alabama, USA) : « Injustice somewhere is a threat to justice everywhere. » soit, en français : « Une injustice commise quelque part menace la justice partout ».

Cette solidarité, que je pose au fondement de toute morale ; fait qu’une atteinte à la dignité d’une personne, où qu’elle se produise, rejaillit négativement sur l’ensemble de l’humanité.

Si l’essai se définit négativement par rapport à ses adversaires, il conclut positivement en confessant la bonté inaliénable de la création. La confession religieuse vient conclure un essai empruntant surtout aux sciences humaines (histoire, sociologie, psychologie, anthropologie).

10§ Pour le croyant de la Bible, celui qu’il appelle Dieu a tellement confiance dans la bonté de sa Parole qu’il accepte de l’engager dans le monde en prenant le risque que celle-ci soit travestie – et c’est ce qui se passe effectivement au début de la Bible quand le serpent déforme la parole divine sur ce qu’il convient de manger au jardin d’Eden : le serpent attribue à Dieu sa propre jalousie et sa propre duplicité.
C’est ce qui se passe aussi à la fin de la Bible quand la Parole faite chair, Jésus Christ, est insultée, bafouée, accusée de lèse-majesté envers Dieu et envers César et pour finir est mise à mort sur une croix.

11§ Dieu fait confiance à la bonté de sa Parole capable de traverser la nuit de la violence, il fait aussi confiance à la bonté de l’homme capable du pire, mais aussi du meilleur.

On trouve cela là encore au début de la Bible, quand Dieu dit à Caïn : « Fais attention, la bête féroce est là, tapie à ta porte. Maîtrise la ». Si Dieu dit cela, cela signifie que Cain a la possibilité de ne pas se laisser emporter par la pulsion de violence, par la jalousie, il peut choisir de ne pas tuer son frère.

Autrement dit, s’il y a une inclinaison à la violence dans le cœur de l’homme qui le pousse à nuire à son frère, elle ne détermine pas à elle seule les actes de l’homme qui peut être plus grand que la sauvagerie et la férocité qu’il porte en lui.


Les limites de l’essai

12§ - Nous ne prétendons pas traiter exhaustivement de la violence religieuse ni lui apporter des réponses définitives. Si prétention il y a, elle est de poser des repères anthropologiques, sociologiques, historiques et religieux sur une question qui noue deux domaines sensibles, celui de la violence et celui de la religion.

13§ - La question de la violence religieuse, hautement sensible, peut déclencher des émotions primaires fortes – peur, haine, colère -. Cet essai n’entend pas jouer sur le système reptilien dans notre cerveau, à l’origine de ces émotions : nous laissons ces procédés rhétoriques aux tribuns et à ceux qui veulent les entendre.
Nous privilégierons plutôt la prise de distance par rapport à l’affectivité, même si nous sollicitons cette dernière dans la seconde moitié de l’ouvrage, nous l’espérons avec discrétion. C’est à cette condition nous semble-t-il qu’un échange pourra se nouer, qui ne se réduise pas à l’étalage de convictions d’autant plus fortement affirmées qu’elles sont objectivement peu fondées.

14§ - Nous aborderons le terrain familier du monothéisme occidental dans sa variante chrétienne, en faisant jouer en regard les traditions religieuses asiatiques de l’hindouisme et du bouddhisme qui nous permettront d’élargir notre horizon et de prendre du recul par rapport à notre univers occidental.

15§ - Pour aider les musulmans à surmonter leur crise actuelle, il nous semble plus pertinent de montrer comment d’autres religions s’affrontent à la question de la violence religieuse et essaient d’y répondre, plutôt que de prétendre dire de l’extérieur aux musulmans pourquoi ils n’ont pas compris leur religion et ce qu’ils doivent faire pour y remédier.
Nous n’aborderons donc pas la religion musulmane dans ce livre.


Merci de votre attention


© fr. Franck Guyen op, novembre 2018

[1le lecteur intéressé trouvera les sources principales du livre dans l’article Quand les religions font mal - Les sources principales

[2Précision : soutenir que la religion est une réalité humaine n’interdit pas de croire qu’un autre ordre trouve à se dire dans, à travers et sous cette réalité.


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 14 / 130545

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Quand le moderne parle l’homme  Suivre la vie du site Généralités   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.0 + AHUNTSIC

Creative Commons License