Franck GUYEN

Catherine de Sienne (1347-1380), tertiaire dominicaine - "L’amour vainc tout obstacle" - "L’amore che vince ogno ostacolo"

vendredi 14 décembre 2018 par Phap

Notre analyse

  • Nous apprécions la force des images liées au sang du Christ, qui lave la figure des hommes ;
  • nous apprécions l’expérience que fait Catherine de Sienne d’un Dieu comme "fou" : "fou d’amour" "fou de sa créature" - en italien, "pazzo" ;
  • nous aimons l’image par laquelle Catherine rend le dogme qui énonce conceptuellement le Verbe fait chair comme personne en deux natures : la divinité dans, sous et à travers l’humanité (image d’un hameçon - la divinité du Christ - et d’un appât - l’humanité du Christ - qui piège le Maître de ce monde) ;
  • nous apprécions la sensibilité de Catherine à l’Eglise comme corps organisé, avec sa valorisation du sacrement de l’Ordre sacerdotal.

Nous n’avons pas repris les notes de bas de page dans les deux éditions ; nous n’avons pas repris le texte latin fourni par Cavallini dans l’édition italienne.
La mise en page et la typographie sont de notre fait.

ITALIEN [1]

FRANÇAIS [2]

ORAZIONE IV - L’AMORE CHE VINCE OGNI OSTACOLO ORAISON IV L ‘amour qui vainc tout obstacle
O alta etterna Trinità, amore inestimabile. E se tu mi dici figliuola, e io dico a te sommo ed etterno Padre. E s’i come tu mi dài te medesimo, comunicandomi del corpo e del sangue dell’unigenito tuo Figliuolo, dove tu mi dài tutto Dio e tutto uomo, cos’i, amore inestimabile, t’adimando che tu mi comunichi del corpo mistico della santa chiesa e del corpo universale della religione cristiana, perchè nel fuoco della carità tua ho cognosciuto che di questo cibo vuoli che l’anima si diletti. Ô haute éternelle Trinité, amour inestimable. Et si tu me dis : ma fille, â toi je dis : suprême et éternel Père. Et de même que tu me donnes toi-même, en me communiant au corps et au sang de ton Fils unique, où tu me donnes tout Dieu et tout homme, je te demande, amour inestimable, de me communier au corps mystique de la sainte Église et au corps universel de la religion chrétienne, parce que j’ai connu dans le feu de ta charité, que de cette nourriture, tu veux que l’âme se délecte.
Tu, Dio etterno, vedesti e cognoscesti me in te, e perchè tu mi vedesti nel lume tuo, perà, innamorato della tua creatura , la traesti di te e creastila a la imagine e similitudine tua ; ma per questo io, creatura tua, non cognoscevo te in me se non in quanto io vedeva in me la tua imagine e similitudine. Ma a cià che io vedesse e cognoscesse te in me e cosi avessimo perfetto cognoscimento di te, tu uniste te in noi, discendendo dalla grande altezza della deità tua in fine alla bassezza del loto della nostra umanità, perchè la bassezza de l’intelletto mio non poteva comprendere nè raguardare l’altezza tua ; perô, a cià che con la mia piccolezza io potesse vedere la grandezza tua, tu ti facesti parvolo, rinchiudendo la grandezza della deità tua nella piccolezza della nostra umanità ; e cosi ti se’ manifestato a foi nel Verbo de l’unigenito tuo Figliuolo. Cos’i ho cognosciuto te, abisso di carità in me, in questo Verbo. Toi, Dieu éternel, tu as vu et connu moi en toi, et parce que tu m’as vue dans ta lumière, énamouré de ta créature, tu m’as tirée de toi et m’as créée à ton image et ressemblance ; mais pour cela moi, ta créature, je ne te connaissais, toi en moi, qu’en tant que je voyais en moi ton image et ressemblance. Mais afin que je te voie et te connaisse toi en moi et que nous ayons ainsi une parfaite connaissance de toi, tu t’es uni toi en nous, en descendant de la grande hauteur de ta déité jusqu’à la bassesse de la boue de notre humanité, parce que la bassesse de mon intellect ne pouvait comprendre ni regarder ta hauteur ; alors afin qu’avec ma petitesse je puisse voir ta grandeur tu t’es fait petit enfant, en renfermant la grandeur de ta déité dans la petitesse de notre humanité, et ainsi tu t’es manifesté à nous dans le Verbe, ton Fils unique. Ainsi je t’ai connu, toi abîme de charité en moi, en ce Verbe.
Alta eterna Trinità, amore inestimabile, manifestasti te e la verità tua a noi col mezzo del sangue sue , perà che allora vedemmo la potencia tua, che ci potesti lavare dalle colpe nostre in esso sangue ; e manifestastici la sapiencia tua, che con l’esca della nostra umanità, con la quale cupristi el lamo della deità, pigliasti el dimonio e tollesteli la signoria che egli aveva sopra di noi. Questo sangue ci mostra anco l’amore e la carità tua, perô che solo per fuoco d’amore ci ricomprasti, con ciô sia cosa die tu non hai bisogno di noi. E cos’i ci è anco manifestata la verità tua, che ci creasti per darci vita etterna. Haute éternelle Trinité, amour inestimable, tu t’es manifestée toi et ta vérité, à nous par son sang, parce que alors nous avons vu ta puissance que tu pouvais laver nos fautes en ce sang même ; et tu nous as manifesté ta sagesse, car avec l’amorce de notre humanité avec laquelle tu couvris l’hameçon de la déité, tu as pris le démon et lui as enlevé la seigneurie qu’il avait sur nous. Ce sang nous montre aussi ton amour et ta charité, parce que par seul feu d’amour tu nous as rachetés, étant donné que tu n’as pas besoin de nous. Et ainsi nous est manifestée encore ta vérité, que tu nous as créés pour nous donner la vie éternelle.
Questa verità aviamo cognosciuta col mezzo del Verbo, corne detto è, che in prima non la potevamo cognoscere perché avevamo obfuscato l’occhio de l’intelletto col velame della colpa. Vergognati, vergognati, cieca creatura tanto exaltata e onorata dallo Dio tue, di non cognoscere Dio per la inestimabile carità sua essere disceso da l’altezza della deità infino alla bassezza del loto de l’umanità tua a ciô che tu cognoscessi lui in te. Cette vérité nous l’avons connue par le moyen du Verbe, comme il est dit, car auparavant nous ne pouvions

la connaître parce que nous avions obscurci l’oeil de l’intellect par le voile de la faute. Honte, honte à toi, aveugle créature tant exaltée et honorée par ton Dieu, de ne pas connaître que Dieu par son inestimable charité est descendu de la hauteur de la déité jusqu’à la bassesse de la boue de ton humanité afin que tu le connaisses, lui en toi.

Peccavi domino, miserere mei. Peccavi Domino, miserere mei.
O ammirabile casa è che, con cià sia casa che tu cagnoscesti la creatura tua innanzi che ella fusse e vedesti che ella doveva commettere la colpa e non seguitare la tua verità, niente mena tu la creasti. Ô l’admirable chose, que, bien que tu connaisses ta créature avant qu’elle soit et que tu voies qu’elle devait commettre le péché et ne pas suivre ta vérité, néanmoins tu l’as créée.
O amore inestimabile, o amore inestimabile ! A cui dici tu, anima mia ? Dico a te, Padre etterno, supplico a te, benignissimo Dio, che tu comunichi noi e tutti e servi tuoi del fuoco della tua carità e dispone le tue creature a ricevere el frutto de l’oracioni e della dottrina, che si spandono e si debbono spandere per tuo lume e carità. La verità tua disse : ‘Cercate e trovarete, chiedete e saravi data, bussate e saravi aperto ‘. Io busso alla porta delia verità tua ; cerco e grido nel conspetto della tua maestà e adimando a l’orecchie della tua clemencia misericordia per tutto el mondo e singularmente per la santa chiesa, perchè nella dottrina del Verbo ho cognasciuto che tu vuogli che io continuo mi pasca di questo cibo ; e poi che tu vuoli cos’i, amore mio, non mi lassare morire di fame. Ô amour inestimable, ô amour inestimable ! A qui le dis-tu, mon âme ? Je le dis à toi Père éternel, je te supplie, Dieu très bon, de nous communiquer, à nous et à tous tes serviteurs, le feu de ta charité, et de disposer tes créatures à recevoir le fruit des oraisons et de la doctrine qui se répandent et doivent se répandre par ta lumière et ta charité. Ta vérité a dit : « Cherchez et vous trouverez, demandez et on vous donnera, frappez et on vous ouvrira . » Je frappe à la porte de ta charité, je cherche et crie face à ta majesté, et je demande à l’oreille de ta clémence miséricorde pour le monde entier, et singulièrement pour la sainte Église, parce que dans la doctrine du Verbe j’ai connu que tu veux que je continue à me repaître de cette nourriture, et puisque tu veux ainsi, mon amour, ne me laisse pas mourir de faim.
O anima mia, e che fai tu ? Non sai tu che continua mente tu se’ veduta da Dio ? Sappi che all’occhio suo mai non ti puoi nascondere, perchè neuna casa gli è occulta ; ben ti puoi alcuna volta nascondere all’occhio del <44>la creatura, ma a quello del creatore non mai. Pone adunque fine e termine alle iniquità tue, e sveglia te medesima.. Ô mon âme, et que fais-tu ? Ne sais-tu que continuellement tu es vue par Dieu ? Sache qu’à son regard tu ne peux te cacher, parce que rien ne lui est caché ; tu peux bien parfois te cacher au regard de la créature, mais à celui du créateur, non, jamais. Mets donc une fin et un terme à tes iniquités, et éveille-toi toi-même.
Peccavi domino, miserere mei. Peccavi Domino, miserere mei.
Tempo è di levarsi dai sonno.Tu, Trinità etterna, vuogli che noi ci destiamo ; e se nel tempo della prosperità noi non ci leviamo tu ci mandi l’adversità ; e, come perfetto medico, col fuoco delle tribulacioni incendi la piaga, quando non giova l’onguento delle consolazioni e prosperità.

Le temps est venu de sortir du sommeil. Toi Trinité éternelle, veuille que nous nous éveillions ; et si dans le temps de la prospérité nous ne nous levons pas, tu nous envoies l’adversité et comme parfait médecin, avec le feu des tribulations tu brûles la plaie, lorsque ne suffit pas l’onguent des consolations et de la prospérité.

O Padre etterno, o carità increata, io so’ piena d’ammirazione perchè nel lume tuo ho cognosciuto che tu vedesti e cognoscesti me e tutte le creature che hanno in loro ragione in generale e in particulare, innanzi che tu ci dessi l’essere. Tu vedesti el primo uomo, Adam, e cognoscesti la colpa che doveva seguire della dissobedienzia sua, in lui particulare e negli aitri generale che dovevano seguire doppo lui. E cognoscesti che la colpa doveva impedire la verità tua ; anco impediva la creatura, ché non s’adempiva in lei, cià è che non poteva pervenire al fine per quale tu la creavi. Vedesti ancora, Padre etterno, la pena che seguitava al tuo Figliuolo per restituire l’umana generacione a gracia e per adempire la verità tua in noi. Nel lume tuo ho cognosciuto che tutte queste cose prevedesti. Ô Père éternel, ô charité incréée, je suis pleine d’admiration parce que dans ta lumière j’ai connu que tu as vu et connu moi et toutes les créatures douées de raison, avant que tu nous aies donné l’être. Tu as vu le premier homme, Adam, et tu as connu la faute qui devait suivre à sa désobéissance, en lui en particulier, et en général en ceux qui devaient suivre après lui. Et tu as connu que la faute devait empêcher ta vérité, et même qu’elle empêchait la créature, car ne se réalisait pas en elle, c’est-à-dire qu’elle ne pouvait parvenir à la fin pour laquelle tu la créais. Tu as vu encore, Père éternel, la peine qui s’ensuivait à ton Fils pour restituer l’humaine génération dans la grâce, et pour accomplir ta vérité en nous. Dans ta lumière j’ai connu que toutes ces choses tu les as prévues.
Adunque, Padre etterno, come creasti questa tua creatura ? Io di questo so’ forte stupefatta ; e veramente io veggo, si come tu mi dimostri, che per neun’altra cagione el facesti se none che col tuo lume ti vedesti constregnere dal fuoco della tua carità a darci l’essere, non ostanti le iniquità che dovevamo commettere contra a te, etter- no Padre. Adunque el fuoco ti constrinse. Aussi donc, Père éternel, comment as-tu créé cette tienne créature ? De cela je suis fort stupéfaite ; et vraiment je vois, comme tu me le montres, que pour aucune autre raison tu l’as fait sinon qu’avec ta lumière, tu t’es vu contraint, par le feu de ta charité, de nous donner l’être, malgré les iniquités qui devaient être commises contre toi, Père éternel. Donc le feu t’a contraint.
O amore ineffabile, ben che nel lume tuo tu vedessi tutte le iniquità che la tua creatura doveva commettere contra la tua infinita bontà, tu facesti vista quasi di non vedere, ma fermasti l’occhio nella bellezza della tua creatura, della quale tu come pazzo ed ebbro d’amore t’inamorasti, e per amore la traesti di te dandole l’essere alla imagine e similitudine tua. O amour ineffable, bien que dans ta lumière tu aies vu toutes les iniquités que ta créature devait commettre contre toi, infinie bonté, tu as fait comme si tu ne le voyais pas, mais tu as posé ton regard sur la « beauté » de ta créature, de laquelle, comme fou et enivré d’amour, tu t’es énamouré — et par amour tu l’as tirée de toi et lui as donné l’être à ton image et ressemblance.
Tu, verità etterna, hai dichiarato a me la verità tua, cioè che l’amore ti constrinse a crearla ; benche tu vedessi che ella ti doveva offendere, non volse la carità tua che tu fermassi l’occhio in questo vedere, anco levasti gli occhi tuoi da questa offesa che doveva essere e solamente il fermasti nella bellezza della creatura, che se tu avessi posto el principale vedere in quella offesa tu averesti dimenticato l’amore che avevi a creare l’uomo. Già non ti fu nascosto questo, ma fermastiti ne l’amore, perchè tu non se’ altro che fuoco d’amore pazzo della fattura tua. Toi, vérité éternelle, tu as éclairé pour moi ta vérité, c’est-à-dire que l’amour t’a contraint à la créer ; bien que tu aies vu qu’elle devait t’offenser ; ta charité n’a pas permis que tu attaches les yeux à cette vue, au contraire tu as éloigné tes yeux de cette offense qui devait être et tu les as arrêtés seulement à la « beauté » de ta créature, car si tu avais vu principalement cette offense, tu aurais oublié l’amour que tu avais à créer l’homme. Non cela ne t’a pas été caché, mais tu t’es fixé dans l’amour, parce que tu n’es que feu d’amour, fou de ta créature.
E io per li miei difetti mai non t’ho cognosciuto, ma concedimi grazia, dolcissimo amore, che ‘l corpo mio spanda el sangue per onore e gloria del nome tuo e che io non stia più vestita di me. Ricevi, Padre etterno, costui che m’ha comunicata del precioso corpo e sangue del Figliuolo tuo ; spoglialo di sé e scioglielo da se medesimo, e vestelo de l’etterna volontà tua e legalo in te con nodo che mai non si sciolga, a cià che egli sia pianta odorifera nel giardino della santa chiesa. Dona, benignissimo Padre, la tua dolce ed etterna benediccione e nel sangue del tuo Figliuolo lava la faccia de l’anime nostre. Et moi, par mes péchés, je ne t’ai pas connu ; mais concède-moi la grâce, très doux amour, que mon corps répande son sang, pour l’honneur et la gloire de ton nom et que je ne sois plus revêtue de moi-même. Reçois, Père éternel, celui qui m’a communiée au précieux corps et sang de ton Fils ; dépouille-le de lui-même, revêts-le de ta volonté éternelle, et lie-le à toi avec un noeud qui ne se défasse jamais, afin qu’il soit plante odoriférante dans le jardin de la sainte Église. Donne, très bon Père, ta douce et éternelle bénédiction, et dans le sang de ton Fils lave la face de nos âmes.
Amore, amore, la morte t’adimando. Amen. Amour, amour, je te demande la mort. Amen.

[1S. Caterina da Siena, Le Orazioni, a cura di G. Cavallini, Edizioni Cateriniane, Roma, 1978, 307 p.

[2Catherine de Sienne, Les Oraisons, traduction de l’italien par Lucienne PORTIER, Sagesses chrétiennes, Cerf, 1992, 116 p.


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