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Le koan dans le Zen

jeudi 3 avril 2014 par Phap

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1. Aujourd’hui, nous allons voir un mode de transmission du bouddhisme appelé d’ « esprit à esprit ». Il est pratiqué dans le bouddhisme ésotérique de l’école 禅 Ch’an en chinois (Zen en japonais), dérivé du terme « dhyana  » en sanskrit qui désigne une pratique yogique pour atteindre le samadhi   [1]. Cette école s’est attachée au moyen de passer du régime de la lettre à celui de l’esprit, du savoir discursif à la « gnose », pour reprendre ce que nous avons vu dans le module précédent.

2. Le Ch’an est apparu en Chine à partir du V e siècle de l’ère chrétienne, alors que les écrits bouddhistes en Chine avaient fini par constituer une masse considérable. Or, comme l’aurait dit Xiangyan Zhixian 香嚴智閑 (mort en 898) « de la nourriture en peinture ne nourrit pas »  [2], autrement dit il faut passer du stade de la représentation (les mots, parlés ou écrits) à la réalité : dans l’histoire du bouddhisme du Nord, on voit apparaître des figures de moines érudits qui, à un moment donné, renoncent à trouver la vérité dans l’étude des écrits pour atteindre l’Eveil par des voies autres (Cf. Hônen et Shinran au Japon pour le bouddhisme de la Terre Pure) : on peut interpréter cette rupture comme une faim de vérité qui n’est satisfaite par les lectures.

3. Dans le Ch’an, la transmission se fait « d’esprit à esprit », du maître au disciple, sans support verbal ou scripturaire. La notion de lignée est ici essentielle : que le maître ne trouve pas de disciple qui atteigne son propre niveau de réalisation, et sa lignée s’éteint. La relation maître – disciple s’avère ici fondamentale : les disciples et le maître, après s’être choisis mutuellement, doivent vivre ensemble, travailler ensemble, afin que le disciple vérifie le niveau de réalisation du maître, et réciproquement aussi le maître. La relation passera par des entretiens oraux entre le maître et le disciple, qui s’inscrivent dans un quotidien vécu ensemble, quotidien de travail  [3] et de méditation, en dehors duquel ces entretiens perdraient de leur efficacité.

4. Pour mémoire, le maître se dit en Asie sinisée entre autres manières ainsi : 先生 xian sheng (chinois) sen sei (japonais) : avant – vivre, littéralement. Le maitre est celui qui a vécu avant le disciple quelque chose que le disciple sera lui aussi amené à expérimenter ; parce qu’il l’a vécu avant, le maître peut guider le disciple. On peut représenter cela comme la relation entre le guide de montagne et ses clients : les clients font confiance au guide parce qu’il connaît la montagne, ses passes, ses dangers, et que cette connaissance a été authentifiée par ses pairs selon un protocole légitime ; aussi les clients peuvent confier leur vie au guide de montagne. Et le guide n’est vraiment un bon guide que s’il sait jauger ses clients, et proposer la course qui leur sera adaptée.

5. Je vous propose pour ce dernier module le fil rouge suivant, sous forme d’une question : « Peut-on tout dire ? - Peut-on dire l’absolu, ici l’Éveil ? ». 

Nous verrons comment l’école Zen, et plus particulièrement la lignée Rinzai  [4], s’y prend pour y répondre. Le Rinzai se servira des koans en particulier. Qu’est ce qu’un koan (prononciation japonaise) 公案 gōng’àn (prononciation chinoise) ? littéralement, il s’agit d’un arrêt de jurisprudence, un jugement public. Au sens technique du Zen, il s’agit du récit d’un échange entre un maître et un disciple, échange où il s’agit de renverser brutalement le régime discursif pour qu’advienne l’illumination, la Compréhension 悟 satori (jap.) – l’esprit par delà la lettre dont nous parlions tout à l’heure.

6. Exemple de ce à quoi peut ressembler un koan.

  • (le disciple) : « Maître, peut-on tout dire ? »
  • (le maître) : « oui ! »
  • (le disciple ) : « Alors on peut tout dire ? »
  • (le maître) : « Non ! »

© esperer-isshoni.fr, avril 2010
© esperer-isshoni.info, avril 2014

[3Les moines et moniales zen travaillent, en dépit du précepte contraire du Bouddha Sakyamuni. Cette contradiction n’en est pas une pour les zenistes. « Un jour sans travail, un jour sans manger », 一日不作、一日不食aurait dit le moine Baizhang Huaihai 百丈懷海 (Hyakujo Ekai en jap .) 749–814.

[4Nous ne traiterons pas ici de l’autré école importante, l’école Sôtô 曹洞, de même que nous ne parlerons pas de la branche Ôbaku 黄檗.


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